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Notre classe

Licencié un 26 décembre

Licencié pour fait de grève, il est l’un des premiers à voir ses indemnités réduites par la loi travail XXL

Il a été licencié le lendemain de Noël. Triste cadeau de sa direction, Sébastien Hiriart a été viré car il était le dernier à avoir eu son CDI car avec le plafonnement des indemnités prud'homales des ordonnances de Macron, il ne touchera que 3,5mois d'indemnité maximum contre 6 minimum précédemment. Derrière cette décision il y a également la question de la répression syndicale.

Nominée pour les prix de l’éco néo-aquitains, la société basque Sokoa,leader français de construction de siège de bureau, va dépasser cette année un taux de croissance de plus de 11 %. Elle emploie 250 salariés et s’attaque au marché des États-Unis et du Moyen-Orient. Malgré cette réussite économique, la direction de la boite a décidé de licencier Sébastien Hiriart sous le motif officiel de manque de productivité, une première pour l’entreprise basque. Un licenciement qui passe mal pour l’ensemble des salariés. D’autant plus que, comble de l’ignominie, « il faut savoir que la notification de licenciement a été reçue alors que l’entreprise est fermée toute la semaine de Noël ».

En effet, selon Heren Muruaga, délégué syndical LAB à Sokoa, « le conflit est latent depuis l’ouverture des négociations annuelles obligatoires. Pour nous, avec ce licenciement, on entend faire peur à tout salarié susceptible de contester ou perturber les décisions prises par la direction. » Le syndicat, depuis fin décembre, se mobilise avec des salariés contre le licenciement abusif de l’ouvrier de production. « On reproche à Sébastien Hiriart de ne pas atteindre les objectifs fixés. En quarante-six ans d’existence, c’est la première fois que cette entreprise procède à un licenciement pour manque de productivité. Alors qu’un rapport réalisé en 2015 par des experts nommés par le CHSCT remet en cause la méthodologie utilisée par la direction pour le calcul des temps de production et met en évidence les effets négatifs que ces nouveaux temps de production peuvent engendrer sur la santé. ».

En 2008, Sokoa plutôt habitué à surfer des vagues de croissance à deux chiffres, a vu son chiffre d’affaires fondre de 20 %. « Oubliés les 40 millions d’euros de chiffre d’affaires, explique Jean-Michel Berra, directeur général. Du jour au lendemain, à cause de la crise économique et de son impact sur notre marché, notre activité a connu un sérieux trou d’air. L’export, qui pesait jusqu’à 25 % de notre chiffre d’affaires, est passé à 15 %». En 10 ans, la boite a remonté la pente pour retrouver sa croissance. Pour se faire, ils ont mis en place de nouveaux modes de management de la performance, des lignes de production semi-automatisées. Et ça au détriment des ouvriers qui ont vu croître leur obligation de rendement qui, selon le CHSCT, est « souvent irréalisable ». L’exemple de Sébastien Hirirart est parlant « les taux qui lui étaient imposés étaient bien trop élevés pour les atteindre » s’insurge Heren Muruaga.

Un licenciement qui a deux intérêts

Ce licenciement est un coup double pour la société Sokoa qui licencie à moindre frais et qui surtout envoie un message au reste des employés chez qui la grogne monte. Pour Heren Muruaga, les coïncidences entre la situation de Sébastien Hiriart et les mesures prises par le nouveau gouvernement, notamment le plafonnement des indemnités prud’homales, ne sont pas le fruit du hasard.
« Il travaille à Sokoa depuis sept ans, dont cinq en intérim. C’est l’un des employés avec le moins d’ancienneté. Pour nous, le calcul quant aux indemnités à verser est évident. Avant les ordonnances sur le Code du travail, il aurait pu toucher jusqu’à six mois de salaire minimum, pour un licenciement abusif. Désormais, c’est seulement 3,5 mois maximum. »

Une lutte qui commence

Les ouvriers se sont organisés en assemblée générale ce mercredi matin et ont décidé de créer une caisse afin d’aider leur collègue à aller aux prud’hommes. Heren Muruaga explique qu’ « Il hésitait à s’engager. Ce n’est d’ailleurs pas étonnant puisqu’on constate une forte baisse des saisines aux prud’hommes. Mais nous lui avons signifié que ce n’est pas son seul procès, mais notre procès à tous. Au vu de la situation, nous pensons même requalifier le terme de licenciement abusif en licenciement discriminatoire ». Pour les salariés, ce licenciement est une attaque collective et la réponse doit l’être tout autant.
Étant donné que Sokoa reproche à Sébastien Hiriart d’avoir pris part à un mouvement de grève en 2017 dans le cadre des négociations annuelles obligatoires, « d’autres ouvriers peuvent potentiellement être menacés ».
C’est pour cela que des actions sont également faites par les ouvriers. Ils ont interpellé les élus lors d’un conseil municipal.
En soutien à leur ancien collègue, les ouvriers de Sokoa, ont déposé un tas de charbon devant l’entreprise accompagnés d’Olentzero, personnage de la culture et la tradition basque. Le charbon est signe d’une vie latente et symbolise le soleil qui va recommencer à chauffer la terre après l’hiver. Olentzero, c’est la certitude que jamais le Soleil ne s’éteindra. Deux symboles qui montre la détermination des ouvriers qui promettent à la direction le réveil de la lutte et que ça pourrait bien chauffer prochainement.

Crédits photo : LAB




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