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Politique

Annonces de façade

Macron en tournée électorale aux Antilles

Alors que Macron est en chute libre dans les sondages, il s'est rendu en Outre-Mer, bien décidé à faire une petite montée dans l'opinion publique en époussetant des dossiers que les présidences précédentes ont - comme lui jusqu'à sa récente chute - au fil des années relégués au fin fond du tiroir.

C’est la deuxième fois depuis le début du quinquennat que Macron et la ministre d’Outre Mer Annick Girardin se rendent aux Antilles, la première fois étant à la suite de l’ouragan de catégorie 5 Irma, qui a causé la mort et la disparition de nombreux Antillais. L’État français avait alors totalement laissé pour compte les habitants de St Martin et de Saint Barthélemy qui se sont retrouvés sinistrés pendant plusieurs mois après la catastrophe. Et encore aujourd’hui, beaucoup d’infrastructures détruites par l’ouragan n’ont toujours pas été prises en charge par l’administration française.

Lorsque Macron était venu l’année dernière à St Martin et St Barthélemy, il avait essuyé les critiques d’habitants condamnant la gestion coloniale de la France qui n’avait pas prévu de moyen d’évacuation pour la population alors que le centre d’études météorologique avait déjà annoncé l’arrivée d’un ouragan qui aurait une ampleur historique.

Cette année, Macron débarque accompagné de pas moins de cinq de ses ministres, dans une période où chaque jour de nouvelles informations alourdissent l’impopularité du locataire de l’Élysée. La raison de sa venue aux Antilles est donc facilement identifiable, retrouver sa base sociale en déclin en donnant d’autres promesses factices et en prenant des bains de foules pour montrer une proximité de façade avec les habitants. Bains de foules qui ont par ailleurs dû être annulés en raison de l’alerte vigilance orange cyclonique.

Le « Champion de la terre » et le pesticide ultra-toxique

Fidèle à l’image qu’il cherche à se donner de « champion de la Terre », Macron a affirmé que le scandale du chlordécone est « le fruit d’une époque révolue », d’un « aveuglement collectif ». Ce pesticide ultra-toxique utilisé par les patrons antillais dans les cultures de bananeraies afin de tuer le charançon de la banane, un insecte nocif pour les récoltes, a été utilisé pendant plus de vingt ans en Guadeloupe et en Martinique avec la complicité totale de l’État français. Il a empoisonné les sols causant une altération de la faune, de la flore, des cours d’eau et a gravement affecté la santé des habitants. En effet, lors de son développement en Virginie dans les années 70, les ouvriers qui le manipulaient ont développé des troubles de la motricité, de l’humeur, de l’élocution et de la mémoire immédiate. Il serait aussi à l’origine de la recrudescence des cancers de la prostate, un des plus répandus en Martinique. Le Chlordécone a aussi la particularité d’être une molécule très résistante, pouvant perdurer plusieurs centaines d’années. Bien que ce produit ait été officiellement classé comme cancérigène possible dès 1979, il continuera d’être utilisé aux Antilles jusqu’en 1993. Malgré l’effet d’annonce, la réparation de la responsabilité de l’État français dans ce drame humain et environnemental sera loin du compte tant les dommages sont profonds. Une déclaration qui paraît par ailleurs bien hypocrite après que le gouvernement ait refusé l’interdiction du glyphosate.

Au-delà des annonces de façades, les habitants de ces colonies qui n’en ont plus le nom commencent à connaître la musique des dirigeants de l’État français qui se succèdent. Pour mettre fin à la misère et la vie chère qui avaient poussé les travailleurs de Guadeloupe et de Martinique à se lancer dans une grève générale en 2009, ils n’ont pas grand chose à attendre de la part d’une métropole qui encore aujourd’hui continue de les exploiter.

Photo : AFP CHRISTOPHE ENA




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