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Politique

Les retraités battent le pavé

Macron n’a pas senti la colère des retraités

Macron affirme n’avoir senti aucune colère de la part des retraités, qui jeudi 15 mars, se sont réunis en masse dans toute la France pour signifier leur opposition à la hausse de la CSG. Pourtant la colère est bel et bien là.

Crédit photo : François Mori/AP/SIPA

Jeudi 15 mars, les retraités battaient le pavé aux côtés des EHPAD et des étudiants afin de défendre leurs droits. Soutenus par 9 syndicats, tous descendaient dans la rue afin de protester contre la hausse du taux de prélèvement de la CSG de 1,7 point qui mine leurs retraites.
Des manifestations ont eu lieux un peu partout en France, réunissant les retraités qui ont vu leurs revenus mensuels diminuer à la suite de cette nouvelle mesure . « J’ai cotisé 40 ans et on vient me ponctionner », s’est indignée Maryse dans le journal La Tribune. Ex-enseignante de 66 ans Maryse voit aujourd’hui sa retraite se délester de 62 euros.
Fabrice Danon, 65 ans, retraité de l’enseignement à Lille, a expliqué qu’« on est ponctionné assez durement », lui il perd « 400 euros par an ».
Les retraités qui s’étaient déjà réunis en 2017 , ont fait face à un Macron plus cynique que jamais, affirmant qu’il « n’a sentis aucune colère », ce qui n’est pas sans rappeler la morgue de Sarkozy qui en 2009 avait dit que « Désormais, quand il y a une grève en France personne ne s’en aperçoit ».

Si Macron dans son palais doré n’a pas senti de colère, ce ne sont pas les raisons qui manquent aux retraités pour être en colère. C’est une véritable politique d’austérité qui est menée à l’encontre des retraités, frange de la population déjà précarisée. Nos aînés ont dû subir au fil des années le gel des pensions, la suppression de la demi-part des veuves, la fin de l’exonération d’impôt pour la majoration de 10% accordée à ceux qui ont eu trois enfants et la création d’une taxe sur les pensions (la Casa) pour financer la prise en charge des personnes âgées. Lorsque l’on voit l’état des EHPAD qui ont défilé aux côtés des retraités, on voit que le problème est le manque d’investissement de l’Etat. Ce n’est pas aux retraités de combler les manques de l’Etat.

Face à ça, la réponse de Macron est sans équivoque. « Je ne fais pas ça pour le plaisir j’assume ». Derrière ces mots, un aplomb hors du commun du président, expliquant aux retraités, que le prélèvement d’une partie de leur revenus, est un sacrifice nécessaire à la relance de l’économie. Le Figaro site Macron : « Nos retraités, je les respecte et j’ai envie qu’ils soient bien dans notre société, mais je suis aussi responsable de l’ensemble de la Nation, et si on veut que les retraites soient payées, ce sont les actifs qui les paient ». « Il faut remettre la France dans le travail, par la réforme du marché du travail, de l’apprentissage mais aussi par ce transfert que nous avons fait qui permet que le travail paie mieux, pour payer les retraites de nos aînés », a-t-il poursuivi, en faisant allusion à la baisse des cotisations sociales pour les salariés.

Derrière cette mesure et ce discours, on voit une certaine idée de ce qu’est la retraite ( une charge sociale de plus ) et des retraités ( inactifs , inutiles dans le système de production).
Paternaliste, Macron n’en manque pas une et explique en quoi sa mesure est une chose nécessaire, à l’heure où l’évasion fiscale coûte près de 80 milliard à l’Etat. Interrogé sur le mécontentement des retraités qui subissent sa réforme, il a répondu qu’il fallait "expliquer calmement, avec beaucoup de méthode", rapporte La Tribune. Le gouvernement, habile dans sa propagande, n’hésite pas à brandir force chiffres et statistiques, « démontrant » par de savants enfumages comment en déshabillant Pierre il peut rhabiller Paul : ainsi il en va de la hausse de la CSG qui serait compensée par une diminution de la taxe d’habitation ou une diminution des cotisations sociales.

Pourtant, comme l’explique l’intersyndicale, « la pension du retraité n’est pas une allocation sociale ni une variable d’ajustement mais un droit acquis par le travail ». Jean-Caude Maily, premier secrétaire de Force Ouvrière, expliquait, ce jeudi, sur LCI que « le président de la République parle de solidarité intergénérationnelle, mais il ne s’agit pas de cela. La solidarité intergénérationnelle ce sont les actifs qui cotisent pour payer les pensions des retraités et acquérir des droits pour leur retraite ».
Si cette semaine Macron n’a pas senti de colère, le 22 s’annonce différemment. Cette journée, où cheminots, fonctionnaires, étudiants, travailleurs de EHPAD, retraités et encore d’autres secteurs vont descendre dans la rue, les cris et les chants de colère feront vibrer les fenêtres de l’Elysée puisque c’est ce que Macron veut, rendons lui la monnaie de sa pièce.




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