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Politique

« Massive attack » en vue

Macron nous déclare la guerre. Pourquoi les syndicats restent l’arme au pied ?

Le suspense n’aura été que de courte durée. Les grandes lignes du plan étaient déjà connues, de toutes façons, avant même le discours d’Edouard Philippe, ce mardi. Désormais, c’est officiel : Macron veut frapper un grand coup dès avant la fin de l’été, à travers une Loi El Khomri puissance 10. En attendant, les syndicats geignent, plutôt que d’organiser la riposte.

C’est pourtant bien tout le contraire qu’il faudrait faire, à commencer par renverser cette logique. Le discours de Philippe et de sa ministre du Travail, ancienne DRH de Danone, Muriel Pénicaut, cherche à faire illusion. Reste à savoir, néanmoins, qui ils vont véritablement convaincre.

Si on suit le gouvernement, tout le monde trouverait son compte à la destruction du Code du Travail. Les salariés et les entreprises seraient « gagnants-gagnants » à voir les accords d’entreprise prévaloir systématiquement sur les accords de branche, les motifs de licenciement être fixés au niveau local et les indemnités prud’homales systématiquement plafonnées. Au final, donc, pour celles et ceux qui sont en CDI, on aurait des conditions de travail revues à la baisse, l’épée de Damoclès du licenciement suspendue en permanence et interdiction de chouiner si on se fait jeter.

Même les directions syndicales les mieux disposées à l’égard de Macron comme la CFE-CGC et la CFDT trouvent que la procédure est un peu cavalière. Elle l’est d’autant plus que l’Elysée souhaite également arracher une refonte radicale du paysage syndical d’entreprise, au niveau des instances représentatives (CE, CHSCT, Délégués du personnel et Délégués syndicaux). Cela reviendrait à simplifier considérablement le panorama syndical d’entreprise mais serait également une façon de réduire le poids des syndicats, quels qu’ils soient. Si à tout cela on rajoute le fait que l’exécutif a bien confirmer qu’il souhaitait procéder par ordonnances et que ces dernières devraient être ratifiées avant la fin de l’été, alors donc on comprend pourquoi la coupe est pleine.

Loin d’être stupide et de reproduire les mêmes erreurs que sous Hollande avec la Loi Travail, Macron essaye de donner à son projet « un grand souffle modernisateur » et il prévoit, par ailleurs, plus de soixante réunions entre le gouvernement et les syndicats patronaux et de salariés d’ici au mois d’août. Tout cet enrobage est d’autant plus important qu’à l’avant-veille des premier et second tours des législatives, Macron ne saurait se permettre un faux pas en plus de celui que représente pour lui l’affaire Ferrand. Il souhaite par ailleurs bénéficier au maximum de l’aura de cet espèce de « bon sens » réactionnaire-néo-libéral selon lequel ce qui est bénéfique pour l’entreprise le serait pour les salariés de même qu’il faudrait « libérer » l’économie, à commencer par le marché du travail, de ses « apesanteurs ».

L’Exécutif pèse l’ensemble de ses mots dans cette bataille qu’il s’apprête à nous mener. Ce qui semble le plus inquiétant, néanmoins, c’est que face à une telle offensive pensée dans les moindres détails dont Libération a publié, mardi, les bases de travail, les directions syndicales soient étrangement silencieuses ou alors se contentent de pleurnicher. On a tout juste un Martinez, pour la CGT, qui promet des mobilisations lors de la seconde partie de juin, mais tout cela reste absolument en inadéquation avec la gravité de l’attaque qui pèse sur nous.

Il y a d’abord ceux qui aimeraient signer une telle réforme mais ne peuvent pas le faire dans le cadre actuel du texte qui est faussement soumis à la « discussion » car il sera, en tout état de cause, suivi d’un passage en force, ordonnances « obligent ». Et puis il y a ceux qui, comme à la CGT, ont été traumatisés par l’expérience du printemps dernier au cours de laquelle c’est bien la base qui a forcé la main de sa direction qui aurait préféré procéder comme à son habitude : en bougonnant, en mobilisant à la marge avant de finir d’avaliser la contre-réforme. C’est ce qui s’est passé lors de l’ANI, pendant le quinquennat dernier.

C’est bien pourtant le chemin du printemps dernier qu’il nous faut reprendre, à partir de l’ensemble des structures existantes contre le projet Macron, à commencer par le Front Social. C’est sur cette base qu’il faut interpeller les directions syndicales, exiger d’elles qu’elles sortent de leur silence et qu’elles mettent en place un plan d’action concret pour faire reculer, par la grève, et sans stratégie de saute-mouton, l’offensive gouvernementale.

Cette bataille, il va falloir la mener. Si l’offensive macroniste passe, en effet, c’est la réforme de l’assurance chômage, de la formation et de l’apprentissage qui attendent derrière et c’est, par ailleurs, un blanc-seing pour que Macron continue à jouer les chefs-de-guerre (impérialiste et social) en interne comme à l’étranger. Enrayer « la marche », voilà la perspective du moment, à tous les niveaux, tant à partir des cadres existants qu’en travaillant à relier les unes aux autres les équipes combatives dans et entre les boites, en régions et en Ile-de-France, et faire entendre à nos directions que nous ne ferons pas l’économie d’un affrontement majeur.

Photo : REUTERS Ruben Sprich




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