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Jeunesse

Où est passé le droit de manifester ?

« Mardi noir » à Paris : contre l’élan de la jeunesse, la répression

Ce mardi 11 décembre, ce sont des milliers de lycéens, d’étudiants et d’enseignants qui sont descendus dans les rues parisiennes, et malgré la répression, la détermination reste bien présente.

Depuis maintenant trois semaines, les plus grosses universités parisiennes sont mobilisées contre l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants étrangers hors Union Européenne. En plus des Assemblées Générales massives, avec encore récemment 3000 personnes sur la fac de Nanterre, les étudiants étaient déjà descendus jeudi dernier dans les rues parisiennes, du siège Campus France à la Gare de Lyon, et samedi aux côtés des gilets jaunes. Ce mardi, les étudiants sont encore descendus dans les rues de Paris aux côtés des lycéens, également en lutte contre la sélection, pour exprimer un ras-le-bol général de la jeunesse. Ils n’étaient pas moins de 3500 à donner de la voix à leurs revendications dans les rues de Paris, et cela malgré les partiels et examens de fin de semestre. Beaucoup de professeurs avaient choisi de les accompagner pour s’opposer à la casse du service public, mais également pour ne pas laisser seuls leurs élèves face à une police particulièrement décomplexée qui n’hésite pas à user de son arsenal contre la jeunesse, comme l’ont montré les différents épisodes répressifs de la semaines dernière.

La manifestation était donc dynamique et bon enfant cet après-midi, avec les cortèges des différentes facs et lycées mobilisés. Jusqu’au moment où les forces de police ont bloqué le cortège afin d’imposer la fin du parcours au milieu de la rue de Grenelle, et d’empêcher ainsi les manifestants de passer devant le Ministère de l’Éducation Nationale. Ce dispositif policier avait été pensé pour obliger les manifestants à se retirer sur une place près du métro Rue du Bac, où des camions de CRS avaient été spécialement disposés pour encercler la foule. C’est alors toute une opération de démoralisation qui a été mise en place, avec la pratique de la nasse qui consiste pour les CRS à empêcher les manifestants de circuler. Voilà comment le gouvernement Macron entend s’adresser à cette jeunesse qui donne de sa voix pour un avenir meilleur. « Ils ont arrêté la manif Rue du Bac, ils ont refermé la nasse sur nous, ça a duré un certain temps et ils nous ont déplacé de nasse en nasse. On ne savait pas si on finirait en garde à vue ou s’ils nous libéreraient. », raconte Paul, étudiant à Paris 8.

En somme, une opération de démoralisation et d’intimidation, comme témoigne Clara, lycéenne : « avec mes amies, à chaque fois que l’on cherchait à sortir par une des rues, on se faisait nasser et on a cherché à se réfugier dans un bar parce qu’on avait peur. On est rentrées dans le bar, les CRS nous ont suivi en hurlant de dégager, on s’est réfugiées dans les toilettes du sous-sol. Il y avait de toutes petites marches, on a fermé la porte et on a vu les bottes des CRS descendre petit à petit ces marches. Le CRS a entré sa matraque dans la porte et il a enfoncé la porte, il a failli nous défoncer la tête avec la matraque. Mon amie était en train de pleurer et on hurlait toutes après quand on est sorties. Il disait « elles sont où les meufs des toilettes », un grand CRS avec une tête de nazi qui nous a pointé sa matraque pour nous faire sortir des toilettes ».

La colère de la jeunesse contre ce gouvernement qui n’offre que la précarité n’est pas prête de s’éteindre, malgré ces scènes d’intimidation, d’humiliation et de violences. Mais il en faudra plus pour décourager les lycéens et étudiants, bien décidés à s’organiser pour lutter contre l’appareil répressif.




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