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Monde

Aytozinapa. Le rapport de la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme contredit la version officielle du gouvernement

Mexique. Le gouvernement mis en accusation dans l’affaire des 43 disparitions

Dimanche 6 septembre, les experts de la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme ont rendu leur rapport concernant la disparition des 43 étudiants de l’Ecole Normale d’Ayotzinapa le 26 septembre 2014. Un rapport qui contredit la version officielle du gouvernement mexicain. Alexandra Dupont

Le groupe d’enquêteurs indépendants de la Commission Inter-américaine des Droits de l’Homme (CIDH) a présenté un rapport de 500 pages. Ils y assurent n’avoir trouvé aucune preuve scientifique que les 43 élèves-instituteurs enlevés l’an dernier ont été incinérés dans une décharge, contredisant ainsi la version officielle du gouvernement mexicain.Dans la nuit du 26 au 27 septembre 2014, des dizaines d’étudiants de l’école normale d’Ayotzinapa, dans l’État de Guerrero, au sud de la capitale, qui s’étaient emparés de plusieurs bus pour manifester, avaient été attaqués par des policiers de la commune d’Iguala en lien avec le crime organisé. Voilà la « vérité historique » dont s’était fait l’écho le Parquet mexicain pour clore l’affaire et dédouaner l’État. Dans la version officielle, les étudiants auraient ensuite été livrés par ces mêmes policiers au cartel des Guerreros Unidos, qui les suspectaient d’appartenir à un groupe rival. Puis, toujours selon le procureur citant les confessions d’un membre du cartel, les étudiants auraient été tués puis brûlés durant quatorze heures avant que leurs cendres ne soient dispersées dans une rivière.

Une « vérité » officielle émaillée d’incohérences

Les experts internationaux ont souligné plusieurs incohérences dans cette version officielle, l’horreur côtoyant l’infamie dans cette affaire. L’incinération de 43 corps aurait brûlé la végétation alentour, selon le parquet. Après six mois d’enquête, les experts n’ont pas trouvé de trace de feu correspondant « ne serait-ce qu’à l’incinération d’un seul corps ». Par ailleurs, pour brûler autant de corps, soixante heures auraient été nécessaires, selon les experts, et non quatorze.

Les membres de la CIDH ont demandé qu’une enquête soit menée sur l’attitude de la police fédérale et de l’armée lors de cette nuit du 26 au 27 septembre 2014 au cours de laquelle la police municipale d’Iguala a ouvert le feu sur les bus à bord desquels circulaient les étudiants. Concernant les bus, les enquêteurs ont découvert l’existence d’un cinquième véhicule, tout en pointant les déclarations contradictoires des chauffeurs, cités en tant que témoins. Les experts ont ainsi évoqué la piste d’un trafic d’héroïne entre l’État de Guerrero et Chicago, aux États-Unis, où une enquête a été ouverte : sans le savoir, les élèves instituteurs auraient réquisitionné un bus chargé de stupéfiants, ce qui aurait généré la violence de la réaction du cartel et de la police lui étant liée.

L’État mexicain responsable

Le rapport révèle par ailleurs que la police fédérale et l’armée surveillaient les agissements de ces étudiants provenant d’une école normale de campagne classée à gauche et ayant une longue tradition militante. Les enquêteurs indépendants ont regretté « de ne pouvoir apporter aux familles, au gouvernement, à la société mexicaine et au monde entier, une conclusion définitive sur ce qui est arrivé aux 43 étudiants disparus ». C’est bien l’État mexicain qui est responsable, dans cette affaire qui témoigne de la guerre civile de basse intensité que livre le gouvernement contre la population depuis 2006 au nom de la lutte contre le trafic de drogue. La lutte pour la vérité, elle, continue.




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