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Politique

L’extrême droite en embuscade

Non, Salvini et Di Maio ne sont pas des soutiens pour les Gilets Jaunes !

Les deux vice-premiers ministres italiens que sont Salivini et Di Maio, respectivement dirigeants de la Ligue et du Mouvement 5 Étoiles, ont déclaré leur soutien au mouvement des Gilets Jaunes. Les populistes et l’extrême droite tentent de se faire passer, et avec eux leur alliée en France, comme les défenseurs de la démocratie face à l’establishment européen et contre Macron.

Crédit photo : Alberto Pizzoli / AFP

« Je soutiens les citoyens honnêtes qui protestent contre un président gouvernant contre son peuple » a déclaré Matteo Salvini, affirmant son soutien aux Gilets Jaunes en France. Le deuxième vice-Premier ministre, du Mouvement 5 Étoiles (M5S) est encore allé plus loin que son partenaire : « Gilets jaunes, ne faiblissez pas ! » et a proposé l’aide de son mouvement grâce à la plate-forme internet, pour « organiser des événements sur le territoire », « choisir des candidats » ou encore « définir le programme électoral ».

Derrière ces annonces, il y a clairement une tentative de récupération du mouvement par l’extrême droite, indirectement Salvini et Di Maio font le travail pour leur alliée française qu’est Marine Le Pen. Mais comme l’a montré la présidente du RN, en s’opposant à l’augmentation du SMIC, la politique de ces partis ne vont pas dans le sens des Gilets Jaunes, tout comme leurs dénonciations des « violences » des Gilets Jaunes.

7 Mois de gouvernance de la coalition M5S et de la ligue, 7 mois de gouvernance anti féministe, anti sociale, anti jeune et xénophobe

Si la coalition M5S et la Ligue ont pu arriver au pouvoir, c’est avant tout avec des promesses électorales populaires dans l’Italie exsangue par les gouvernements d’austérité. La mise en place d’un revenu universel en étant le fer de lance. Ils expliquaient vouloir mener une politique « mettant fin à l’austérité ». Le revenu universel devait s’élever à 780 euros et soumis à plusieurs conditions en plus de la nationalité italienne, les chômeurs ne pouvaient en bénéficier que pour deux ans et à condition d’accepter l’une des trois propositions d’emploi qu’on lui formulera.
Les retraités pauvres auraient pu également bénéficier de ce revenu en tant que complément de leurs retraites. Cette mesure a permis au M5E de gagner beaucoup de voix parmi les classes populaires, notamment dans le sud du pays.

Mais voilà, une fois au pouvoir adieu ces belles promesses ! Comme le montre l’accord sur le budget italien, la coalition a décidé de faire l’austérité. Ils ont beau jeu de dénoncer le projet néolibéral de l’Union Européenne, la politique qu’ils mènent en Italie s’inscrit de fait dans la continuité de l’austérité et de la flexibilisation du travail portée par Bruxelles. Le gouvernement italien s’est engagé à présenter un déficit à 2,04% pour l’année 2019, plus proche des exigences de l’UE que ce sur quoi il s’était engagé. Le gouvernement a annoncé des coupes budgétaires à hauteur de 7,5 milliards d’euros, le tout assorti depuis 7 mois d’une politique réactionnaire. Cela ne se fait pas sans réaction dans la rue.

En effet, milieu novembre, il y a eu des manifestations contre le projet de réforme du Droit de la Famille, contre le racisme d’État avec le décret Salvini. Que ce soit à Rome, Milan ou Naples, des milliers de personnes ont défilé, brûlant de nombreux drapeaux du M5S et de la Ligue. Les étudiants ont également battu le pavé. Ce sont 100 000 étudiants qui ont défilé en mettant en avant les problématiques étudiantes, notamment en lien avec les coupes budgétaires à la fac et les difficultés spécifiques des étudiants salariés, mais ils ont également montré une colère plus globale contre le gouvernement et sa politique anti-migrants.

Et lorsqu’il s’agit de grève, le gouvernement italien n’a rien à envier au gouvernement français. En effet, le 29 juin, des travailleurs de l’entreprise de logistique Logista, à Bologne, se sont réunis devant le Tribunal pour protester contre les licenciements de 24 d’entre eux. En réponse, le Ministre d’extrême droite Matteo Salvini a envoyé la police et l’armée. Rien que ça. Comment Salvini et Di Maio peuvent-t-ils se targuer de vouloir être les défenseurs des manifestants en France alors même que dans leur propre pays, ils envoient l’armée pour réprimer des grévistes ?! Tout leur discours n’est qu’une façade pro-ouvrière, surtout lorsque l’on sait que la Ligue a été fondée grâce au patronat du Nord de l’Italie qui, avide de profit, voulait se débarrasser du reste du pays, en retard économiquement. La Ligue a en outre participé à trois reprises au gouvernement Berlusconi qui a fait une politique d’austérité et anti ouvrière.

Alors que dimanche dernier, en France on a vu des milliers femmes gilets jaunes défiler dans les rues pour protester contre les oppressions spécifiques, puisqu’elles sont les premières victimes des politiques d’austérité, le gouvernement Salvini-Di Maio représente tout l’inverse de cette démarche. Lorenzo Fontana, ministre de la Famille et du Handicap, également membre de la Ligue et catholique intégriste revendiqué, a, lors de sa prise de fonction, fait un discours hautement réactionnaire. Il s’est lancé dans une diatribe homophobe et une défense de la « famille naturelle », celle « où un enfant doit avoir un père et une mère ». Des propos qui font écho, bien évidemment, à ceux des leaders et militants de « La Manif pour tous » en France qui ont noyauté la consultation du Conseil économique et social et environnemental faisant passer comme revendication première l’abrogation de la loi Taubirat sur le mariage pour tous comme sujet du grand débat. Lors de son discours Fontana a accusé les homosexuels qui « veulent nous dominer et effacer notre peuple ». Il a également dénoncé l’avortement comme « première cause de féminicide au monde ».

Ces 7 mois de bilan montrent que Salvini et Di Maio ne sont pas des soutiens, et rien dans leur politique n’est en adéquation avec les revendications des Gilets Jaunes. Comme un Macron, ils font payer la crise aux salariés. Leur politique est répressive, xénophobe et patriarcale. Ils n’augmentent pas les salaires, ne taxent pas les riches et les bénéfices, ne font rien contre la vie chère et la scène politique italienne est toujours aussi corrompue. Les femmes en Italie, les travailleurs, les migrants et les étudiants ont déjà prouvé dans la rue que non, le M5S et la Ligue ne sont pas des alliés des classes populaires, mais au contraire de redoutables ennemis de par leur politique anti-sociale, anti féministe et meurtrière envers les migrants. Ils ne sont pas non plus des alliés du mouvement des Gilets Jaunes.




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