Société

Un choix de site hautement contestable

Notre-Dame-des-Landes : une lutte pour la préservation de la biodiversité contre les projets du gouvernement

Publié le 24 juin 2016

La question de la raison du choix du site est primordiale mais est finalement peu exposée : pourquoi avoir choisi Notre-Dame-des-Landes pour construire un aéroport alors que ce site est à 98% constitué de zones humides et de terres agricoles très riches en biodiversité ?

L’aéroport Grand Ouest puise son origine dans les années 60, période des grands aménagements qui voit la création de la DATAR (Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale). Une des premières actions de ce nouvel organisme, alors puissant, est la création de « métropoles d’équilibre » s’inscrivant dans la politique de décentralisation, dont le but était de compenser le poids (économique, démographique…) de Paris. Nantes-Saint-Nazaire est l’une des huit villes choisies.

Dans ce contexte, en 1965, la préfecture de Loire Atlantique déclare être à « la recherche d’un nouveau site aéronautique pour les régions Bretagne et Pays de la Loire », de facto dans les environs de Nantes. Le site de Notre-Dame-des-Landes est choisi et la Zone d’Aménagement Différée est créée en 1974, avec l’achat par le département de 1220 hectares de terrain à Notre-Dame-des-Landes.

Ce projet s’intègre dans la politique de création de trois aéroports de rang international pour Paris, aux côté de Roissy (inauguration en 1965) et Orly (1961). La crise pétrolière des années 70 interrompt le projet, qui ne ressortira qu’à partir des années 2000.

Cette remise en contexte historique permet d’expliquer assez aisément le choix du site de Notre-Dame-des-Landes, aujourd’hui si décrié par les opposants au projet. Il est important d’insister, afin de comprendre le choix du site, qu’il n’existe pas encore à cette époque de réelle prise en compte de la dimension environnementale, ni de législation associée. De plus, le fait que la puissance publique possède déjà une majorité du foncier explique pourquoi aucune possibilité de changement de site ne soit envisagée, l’acquisition de terrain étant aujourd’hui beaucoup plus complexe que dans les années 60 du fait de la plus grande résistance aux grands projets d’aménagement.

Il faudra six ans après la première enquête publique pour que l’Etat en effectue une, spécifique à la loi sur l’eau, en 2012, du fait des vives critiques et des contestations contre la destruction du site. De fait, les études environnementales effectuées arrivent après le choix du site, pour le légitimer, comme il sera expliqué dans la suite de l’article. Les méthodes de compensations environnementales sont remises en cause par les opposants au projet, car ne permettant pas de « compenser » réellement les pertes dues à la destruction de la zone. Par ailleurs, alors que la commission d’experts scientifiques avait invalidé dès décembre 2013 la méthode de compensation, le Préfet a signé l’autorisation du début des travaux.

Mensonges d’état

Face aux fortes contestations du fait de la probable destruction de Notre-Dame-des-Landes, l’Etat argumente que le transfert de l’aéroport serait bénéfique pour l’environnement, car il permettrait la protection du lac de Grand-Lieu, une réserve d’oiseaux située à une quinzaine de kilomètres au sud de Nantes. Or, une note du chef de service « ressources naturelles et paysages » de la direction régionale de l’environnement, et l’aménagement et du logement (Dreal) révélée par le Canard Enchaîné le mercredi 17 février 2016 dévoile que, contrairement à ce que l’Etat avait annoncé :« l’allongement de la piste de l’aéroport de Nantes Atlantique ne présente pas de risque pour la faune de la réserve naturelle et n’augmente pas le péril aviaire ».« Sur le plan du dérangement des oiseaux, le trafic aérien actuel n’a pas d’impact négatif » et que « En effet, les contraintes d’urbanisme autour de l’aéroport entretiennent une ceinture verte constituée d’un bocage ancien et de nombreuses prairies humides entre l’agglomération nantaise et la réserve, qui fait office de zone tampon ». En résumé, la présence de l’actuel aéroport permet la préservation de cette fameuse réserve… et son transfert la mettrait potentiellement en danger.

Un lieu de luttes et d’expérimentations

Dès le départ, le projet d’aéroport a été contesté, dans un premier temps par les agriculteurs vivant sur ces terres. Selon l’ACIPA, « Toutes les organisations syndicales agricoles se sont prononcées contre ce projet » car il entraînerait la destruction de terres agricoles précieuses et de l’un des derniers bocages nantais n’ayant pas été détruit lors des différents remembrements. Onze familles d’agriculteurs résistent encore aujourd’hui et occupent leurs terres de Notre-Dame-des-Landes, bien que le tribunal de grande instance de Nantes ait autorisé leur expulsion le 25 janvier 2016.

De Zone d’Aménagement Différé, Notre-Dame-des-Landes est devenue une Zone à Défendre. A l’origine, l’occupation de cet espace avait pour vocation uniquement sa protection, en empêchant le début des travaux et l’intervention de forces de répression. Aujourd’hui, cet espace est habité en permanence par plus de 200 personnes qui défendent la zone, mais aussi collaborent avec les agriculteurs et s’auto-organisent.

Notre-Dame-des-Landes a été choisi dans les années 60, ce qui n’aurait pas été le cas au regard des normes environnementales actuelles. Pourtant, le bocage est toujours menacé par le projet d’aéroport. Afin de légitimer le choix du site, le gouvernement maquille des études et ne respecte pas l’avis des experts. La lutte pour la préservation de cet espace dépasse largement la seule dimension écologique, qui reste primordiale, puisque l’Etat dévoile tout son autoritarisme en tentant d’imposer un projet destructeur. Nous sommes solidaires de tous les opposants, agriculteurs en lutte et zadistes de Notre-Dame-des-Landes. L’aéroport ne doit pas être construit !

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