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Politique

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Partager le temps de travail pour en finir avec le chômage. Est-ce une utopie ?

Charlie Chaplin, Les Temps Modernes

Chômage et présidentielles


Le problème du chômage, et de son augmentation depuis le début de la crise économique mondiale, est une des causes majeures de la dégradation des conditions de vie des travailleurs et des couches populaires. Ce n’est pas donc étonnant qu’il figure parmi une de principales préoccupations des électeurs qui s’apprêtent à voter (ou à s’abstenir) lors du prochain scrutin présidentiel.

Face à cela, chacun des candidats en lice avance son programme. Macron propose une sorte d’übérisation de la société ou chaque travailleur autonome serait libre pour chercher ses propres clients. Chez Fillon ce sera « travailler plus pour gagner moins ». Chez Le Pen retirer aux immigrés et à leurs enfants pour donner aux « Français de souche ». Chez Hamon, l’institutionnalisation de la précarité en échange d’un revenu universel d’un montant totalement indigne pour ceux qui ne disposent pas d’une autre source de revenu. Pour Mélenchon il s’agirait d’augmenter la demande pour créer des emplois, une vieille recette keynésienne qui a déjà fait preuve de son insuffisance pour créer des investissements en temps de crise et de chute des profits.

Le point commun de toutes ces propositions est qu’aucune ne répond au fond du problème (voire elles l’aggravent) qui consiste précisément dans le caractère absolument irrationnel d’une organisation sociale dans laquelle une partie de la population est privée de la possibilité de travailler, de produire des richesses, pendant que l’autre subit des conditions de travail exténuantes, de la pénibilité, du harcèlement, des accidents, des suicides.

Les politiciens et les médias au service de ce système veulent à tous prix faire croire que le chômage serait une sorte de fatalité, un peu comme les catastrophes naturelles et que le plein emploi serait une vaine utopie. Mais est-ce réellement le cas ?

La baisse du temps de travail, une tendance historique


Depuis la révolution industrielle, la journée de travail n’a cessé de diminuer. Sous la pression du mouvement ouvrier on est passé de 16 heures journalières à 12, puis à 8… Cette tendance correspondait aussi à un plus grand développement technologique qui augmentait la productivité du travail, ainsi qu’à une croissance démographique qui augmentait la force de travail disponible.

C’est ainsi un contre-sens que les avancées sur le terrain de la robotisation soient aujourd’hui utilisés, par le candidat socialiste par exemple, pour appuyer l’idée que de toute façon il n’y aura pas de travail pour tout le monde alors qu’elle pourrait précisément servir à réduire les charges et le temps de travail de tous et chacun.

Diviser pour mieux régner


La seule raison qui puisse justifier une telle « irrationalité » est celle de la soif de profit des patrons. Pour eux chaque gain de productivité est un prétexte pour licencier, pour réduire ce qu’ils appellent le « coût du travail » et augmenter ainsi leurs bénéfices.

De plus, l’existence d’une « armée de chômeurs » est systématiquement utilisée pour exercer une pression sur ceux qui auraient « la chance » d’avoir un emploi. Pression pour accepter des gels voire des baisses de salaires, des conditions de travail de plus en plus dégradées, des contrats de plus en plus précaires.

Le partage du temps de travail, comment ça marche ?


L’idée est simple. Imaginons que dans une entreprise travaillent aujourd’hui 100 salariés, avec des journées hebdomadaires de 39 heures, ce qui veut dire un volume total de travail de 3 900 heures. Si dans un premier temps on passait à un régime de 32 heures on pourrait embaucher, pour le même volume de travail, 22 nouveaux salariés.

A l’échelle de tout le pays, selon les calculs de la CGT, ce seraient plus de 4 millions d’emplois qui pourraient être créées avec le passage aux 32 heures. Plusieurs études réalisées dans des pays où une réduction de la journée de travail a été mise en place et elles démontrent qu’elle a souvent eu pour résultat une augmentation de la productivité du travail. Les salariés seraient plus épanouis, auraient plus de temps pour leur vie de famille, pour les loisirs, la pauvreté se réduirait de façon radicale.

Qui paierait la facture ?


Mais dans ce cas, les salaires seraient réduits en proportion de la réduction du temps de travail ? Évidemment que pour que le partage du temps de travail soit un véritable progrès social il ne peut pas impliquer par exemple que des smicards passent à toucher des salaires nets au-dessous de 1 000 € alors qu’ils n’arrivent déjà pas à boucler leurs fins de mois. Il faudrait au contraire une augmentation générale de salaires et un SMIC net à la hauteur des besoins réels, c’est-à-dire 1700 €.
D’où sortirait l’argent pour financer ces salaires ? D’abord des profits faramineux que les grands patrons accumulent (et ont accumulé depuis longtemps) grâce au travail sous-payé. Plus de 75 milliards pour les seules entreprises du CAC 40 l’année dernière, 39 milliardaires en France qui possèdent 245 milliards de dollars (21% d’augmentation en une seule année.).

Ensuite, l’Etat, sous l’emprise de l’idée « brillante » que pour soutenir l’emploi il faut renflouer les caisses des grands patrons souvent sans aucune contrepartie, a concédé par exemple par le seul mécanisme du Crédit d’Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi (CICE), 22 milliards en réductions d’impôts.

Il est donc évident que l’argent existe pour assurer ce droit fondamental qui est celui à avoir un travail et un salaire suffisant pour subvenir à ses besoins, à condition d’inverser l’ordre des priorités, de changer de logiciel, d’imposer à une minorité parasitaire et aux politiciens à leur botte l’intérêt et les besoins de l’immense majorité des travailleurs. Dit autrement, à condition de renverser le système capitaliste. Ceci n’a rien d’utopique, c’est au contraire la seule issue réaliste face à la montée de la misère et de la barbarie dans le monde. Ce qui serait utopique ce serait de penser qu’il serait possible, par des réformes partielles, de rendre ce système humain.

Philippe Poutou

La question du partage du temps de travail est au cœur de la campagne de Philippe Poutou et du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA). Reste à espérer que les limites démocratiques du scrutin en termes de temps de parole et d’accès aux médias ne lui empêchent pas de populariser cette mesure essentielle d’ici le 23 avril, ainsi que d’avancer des perspectives pour une suite qui se jouera de toute façon, quel que soit le nouveau président élu, dans de nouveaux affrontements de classe encore plus durs que celui du printemps 2016 où il s’agira d’imposer notre propre programme.




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