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Politique

Une jeunesse de plus en plus exposée à la violence sociale

Plan de lutte contre les « bandes » : quand Castaner s’attaque aux jeunes de quartiers

Suite à la mort récente de deux mineurs lors de bagarres, le nouveau ministre de l’intérieur Christophe Castaner en a profité pour se montrer devant les caméras et approfondir la ligne répressive et sécuritaire adoptée par le gouvernement.

Après s’être rendu dans le quartier du 19ème arrondissement où un jeune homme de 17 ans a perdu la vie lors d’une bagarre, le ministre de l’intérieur, accompagné d’élus et notamment du préfet de police et du procureur de la république, a déclaré vouloir lutter contre les « bandes » des quartiers, insistant sur le fait qu’ils allaient renforcer le dispositif de surveillance de ces groupes, afin de mieux lutter contre la délinquance. Bien décidé à traiter les conséquences plutôt que les causes, Castaner a évoqué un plan, non plus pour lutter contre les « bandes » mais directement contre les individus qui les composent. Un fichage généralisé des jeunes de quartier au nom de leur propre sécurité en définitive... Dans le même contexte, Castaner a récemment déclaré vouloir placer des policiers dans les écoles « sensibles ». Dès le plus jeune âge, Castaner compte bien faire comprendre aux jeunes qu’ils sont tous des suspects potentiels qui justifient une garde rapprochée permanente.

« ça ne sert à rien de passer comme ça devant les caméras. Le petit qui est mort, il ne reviendra pas ! »

Pas facile de passer après des ministres aussi réactionnaires que Valls, Cazeneuve ou Collomb : Castaner doit montrer les muscles pour faire taire les critiques qui lui reprochent son inexpérience. Adepte du mot d’ordre « qu’expliquer c’est excuser », Castaner avoue ne pas comprendre la raison de ses bagarres, qui sont, estime t-il, « sans cause ». Incompréhension bien utile quand il s’agit de « restaurer la République » en envoyant les forces de répression en toujours plus grand nombre, alors même que cette République n’a jamais été aussi présente, elle qui rappelle sans cesse que les classes laborieuses sont les classes dangereuses. Le message est clair, cette République c’est celle qui veut augmenter toujours plus les contrôles policiers que subissent les jeunes plusieurs fois par jour. La République de Castaner n’a pourtant pas grand chose à redire des perspectives qu’elle offre à ces jeunes : des installations publiques délabrées et pas entretenues, des études dans des lycées défavorisés, des boulots précaires et le chômage. Les violences sont bien réelles, mais elles ne sont pas à sens unique comme veut le faire croire Castaner.

La pauvreté est une violence. De tous temps les dominants ont regardé de haut les plus pauvres en déplorant leur caractère violent. Aujourd’hui ce mépris de classe se lie à des éléments racistes qui laissent la porte ouverte aux déclarations les plus odieuses qui ne sont pas sans rappeler le discours de Chirac « sur le bruit et l’odeur » : des parents qui ne s’occuperaient pas de leurs enfants, qui en auraient trop, juste pour les allocations, des gens qui seraient presque violents par nature... Les bourgeois regardent aujourd’hui avec nostalgie le « loubard » des années 60. Qu’est-ce qui a changé depuis sinon que la pauvreté, l’exclusion et la répression ont considérablement augmenté dans les quartiers populaires ? Face aux interpellations des habitants, Castaner n’a pas trouvé d’autre réponse que la violence d’Etat, pour en rajouter là où il y en avait déjà.




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