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Suicide d’un facteur. La Poste mise en cause

Publié le 25 août 2016

Le 17 juillet 2016, après 34 ans de service à La Poste Charles Griffond s’est suicidé, laissant à ses pieds la "lettre d’un facteur désespéré » poussé à bout par son entreprise, comme en témoigne sa famille dans cet article de l’Est-Républicain. : « Il nous en parlait souvent. Ces dernières années à La Poste, tout a changé. Il avait récupéré plus de 200 boîtes aux lettres sur sa tournée, alors que c’était déjà la plus dure de Pontarlier. Mon père ne se plaignait jamais, c’était quelqu’un de bosseur, d’assidu. Le problème, c’est qu’il était à bout. Ils l’ont poussé à bout », explique son fils Sylvain, 28 ans. « Charles aimait le contact avec les gens, l’aspect social. Mais tout ça, c’est terminé », renchérit Laurence, la sœur du disparu, « La Poste l’a poussé dans le précipice : la pression, le rendement, l’argent, il n’y a que ça qui compte maintenant… ».

G. Gorritxo

Comme à son habitude – puisque malheureusement cela devient une habitude à La Poste, où les suicides se comptent par dizaines – l’entreprise a envoyé à la famille un ironique carton de condoléances. Tout en expliquant que « ce n’est ni le moment, ni le lieu pour polémiquer sur quoi que ce soit ». Rappelons que l’entreprise de Philippe Wahl a réalisé un bénéfice net de 675 millions en 2015, en hausse de 59%, tout en supprimant plus de 7000 postes et en augmentant les cadences pour ceux qui restent. Poursuivant ainsi sa dynamique des dernières années..

Sa famille, elle, dénonce l’ensemble de l’entreprise. « Il n’est pas le seul postier à souffrir. On en parle parce qu’il ne faut pas que ça se reproduise » insiste Laurence. C’est à cette fin qu’elle publie la lettre de Charles Griffond, et que nous la reproduisons ici.

Lettre d’un facteur désespéré

« Depuis trente-quatre ans, j’ai exercé mon métier avec l’amour de mon travail et de mes clients. Mais, depuis quelques années, La Poste a petit à petit détruit ses employés, les vrais postiers, ceux qui avaient le contact avec les gens. En ce qui me concerne, ils m’ont totalement détruit. Depuis décembre 2015, je suis en arrêt de travail et je souffre intérieurement le martyre. Personne, ni de mes collègues ou de ma hiérarchie, n’a pris de mes nouvelles. Alors bougeons avec La Poste et mourrons grâce à La Poste.

Charles Griffond, facteur à Pontarlier. »