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Politique

Tous ensemble !

Pour Mélenchon, l’abstention est « une forme de grève générale civique »

Alors que la France Insoumise, à contrario des sondages et des pronostics, obtenait un groupe parlementaire de 16 députés, Jean-Luc Mélenchon déclarait à l’annonce des résultats que le taux d’abstention record s’apparente à une « forme de grève générale civique ».

Crédit Photo : LCT

Ce dimanche 18 juin, les résultats des législatives donnaient tort aux analystes qui annonçaient une sévère défaite à la France Insoumise. Si le nombre de sièges – 17 au total – n’atteint pas les espérances des Insoumis au lendemain de l’élection présidentielle, ils sont en capacité de former un groupe parlementaire, qui atteint les 27 députés si on additionne les résultats du PCF. Jean-Luc Mélenchon lui-même a gagné le pari de son parachutage à Marseille, entrant pour la première fois à l’Assemblée nationale avec 60 % des voix dans la 4ᵉ circonscription des Bouches-du-Rhône.

Les résultats des formations à la gauche du PS, avec une petite trentaine de députés élus, illustrent notamment le fait que le souvenir de la lutte contre la loi travail est encore frais dans les esprits. Des franges significatives de l’électorat ont rompu avec le PS et une grogne contenue est toujours très présente au sein de l’hexagone. Quant au taux d’abstention record, qui avoisine les 60 %, il s’agit de l’élément central dans ces élections législatives, ce qui n’a pas échappé au leader de la France Insoumise qui s’en est félicité :

L’abstention écrasante qui s’est exprimée aujourd’hui a une signification politique offensive. Notre peuple est entré dans une forme de grève générale civique dans cette élection.

Cette affirmation, reprise par de nombreux médias, reflète une réalité. Près d’un électeur sur sept a voté blanc, nul, ou s’est abstenu, ce qui illustre le dégoût généralisé d’une caste politicienne corrompue menant une offensive soutenue contre les travailleurs, la jeunesse et les quartiers populaires depuis des décennies. Le fait que les 350 députés de la majorité (LREM et MoDem) aient une base sociale très faible et bien peu de légitimité peut et doit effectivement servir de point d’appui pour les luttes à venir contre le gouvernement Macron.

Cependant, le fait de comparer cette abstention record et très significative à « une forme de grève générale civique » tend à ramener sur le terrain électoral et parlementaire la meilleure arme de notre camp social : la grève générale. Aujourd’hui, alors que Mélenchon est assuré de pouvoir s’affirmer en tant que leader de l’opposition de gauche à l’Assemblée, sa déclaration est révélatrice de la volonté de déplacer la contestation de rue, qui s’était notamment exprimée au printemps 2016, vers une contestation institutionnelle, dont il serait le chef de file.

À l’opposée d’une « révolution par les urnes » – à laquelle renvoi le tweet de Jean-Luc Mélenchon qui décrétait qu’en votant pour la France Insoumise les électeurs s’économiseraient « des kilomètres de manif » – la grève générale a permis à la jeunesse et aux travailleurs d’emporter plusieurs victoires contre les classes dominantes. Le « tous ensemble », dont la grève générale est l’expression la plus forte, est une hantise profonde du patronat et du gouvernement. Il ne s’agit pas d’un acte « civique » ou citoyen, mais d’un véritable bras de fer qui s’engage entre les exploiteurs et les exploités qui n’ont que leur force de travail pour vivre, ou survivre. La grève générale, c’est l’unité de celles et ceux qui font tourner la société et qui se concertent pour en paralyser le fonctionnement et court-circuiter l’économie capitaliste, afin de modifier conséquemment le rapport de force.

L’exemple de mai 68 est emblématique. Au terme de trois semaines de grève reconductible menée par environ 10 millions de travailleurs, tous secteurs confondus, le gouvernement et le régime étaient sérieusement menacés. De Gaulle lui-même déclarera quelques semaines plus tard : « Le 29 mai, j’ai eu la tentation de me retirer. Et puis en même temps j’ai pensé que si je partais, la subversion menaçante allait déferler et emporter la République. »

Et les acquis sociaux du Front Populaire en 36 – congés payés, semaine de 40 heures, reconnaissance du droit syndical… auxquels le gouvernement Macron s’attaque aujourd’hui – ne sont pas un cadeau offert gracieusement par le front électoral au pouvoir (composé par la SFIO, le PCF et le Parti radical). Ces conquêtes considérables ont été arrachées au gouvernement par une vague de grève immense qui se généralise entre le 8 et 12 juin 1936. 86, 95, 2006, 2010 font également partie de ces nombreux exemples où l’aspiration au « tous ensemble » des travailleurs et de la jeunesse – bien qu’autour de luttes défensives, contrairement à 36 et 68 – ont mis à mal les classes dominantes.

Ainsi, si l’abstention massive au cœur de cette séquence électorale est en effet un symptôme de la crise de régime et illustre un large rejet des politiques hostiles à notre camp social, elle ne s’apparente en aucun cas à une forme de grève générale. Aujourd’hui, l’enjeu est justement de construire ce « tous ensemble » pour faire front face au gouvernement Macron et aux attaques qu’il prépare. La grève générale est une perspective de lutte à installer dans nos lieux d’études et de travail, en rupture avec l’idée qu’elle se joue dans les urnes plutôt que dans la rue !




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