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Politique

Se mobiliser ce weekend et poursuivre

Pour Théo et contre les violences policières, manifester samedi partout en France

Comité de rédaction L’heure est grave et on a perdu trop de temps. Samedi 18 février, des rassemblements sont appelés par la CGT, la FSU, la LdH, le MRAP, SOS Racisme et le CRAN, notamment. Il s’agit d’une étape à laquelle que les jeunes, les travailleurs et les révolutionnaires doivent participer, sur leurs propres bases, pour construire urgemment un mouvement pour mettre fin aux brutalités et aux violences policières qui fiat cruellement défaut depuis trop d’années.

Y aller ou pas ?

Il y aurait deux façons de considérer l’appel lancé mardi par la CGT, la FSU, la LdH, SOS Racisme, le MRAP et le CRAN. On pourrait saluer et appeler à participer à l’initiative, tout en s’étonnant du fait que si « les faits qui se sont déroulés à Aulnay sont d’une exceptionnelle gravité, [qu’ils] sont loin d’être isolés [et qu’il] est temps d’y porter un coup d’arrêt », la CGT, la FSU et les syndicats, notamment, ont tant tardé avant d’appeler à un premier rassemblement.

On est en droit également de s’interroger sur une bonne partie du contenu du texte, pour lequel toute personne devrait pouvoir « bénéficier d’une police respectueuse des personnes et de leurs droits, garante des libertés et de la sécurité publique » dans le cadre « d’une confiance [rétablie] entre les citoyens et les forces de l’ordre », et ce alors que l’honneur de la « police elle-même [serait] entachée par [les] comportements » des violeurs de Théo.

Une bonne police, kezako ?

La police, telle qu’elle existe, n’a pas d’honneur à laver, pas plus qu’il nous faut travailler à « rétablir une confiance » avec elle. Depuis la rafle du Vel d’Hiv en passant d’octobre 1961 et Charonne, la police opère comme une force de frappe coloniale et anti-populaire pour faire régner l’ordre. A un autre niveau, les manifestations contre la Loi Travail et la répression systématique dont sont la cible les syndicalistes combatifs montrent la continuité de la répression qui peut exister entre ce qui se passe de façon préventive dans les quartiers, au quotidien, et ce qui advient dans les luttes quand elles menacent de déborder. La dernière séquence de violences policières montre, par ailleurs, que ce qui s’est passé à Aulnay, jeudi 2 février, n’est en rien un acte isolé mais expression d’une violence structurelle et systématique : au moment où des rappeurs rendaient hommage à Adama Traoré, assassiné par les gendarmes à Beaumont-sur-Oise cet été, des policiers violaient Théo à Aulnay, ceux-là mêmes qui avaient déjà agi de la même façon quelques jours auparavant contre Mohamed.

Le spectre de 2005

Ces violences avérées, répétées et systématiques, appellent à une riposte d’ensemble. C’est d’ailleurs ce qui fait peur au gouvernement : en témoignent la visite du président à Théo, sur son lit d’hôpital, les déclarations de Cazeneuve et de Le Roux, prenant position contre les policiers d’Aulnay, et cela même alors qu’on envoyait des CRS et des hélicos pour réprimer les jeunes manifestants à Aulnay, Argenteuil ou encore Bobigny, samedi dernier, et que les flics ont interpellé à tour-de-bras, déférant des jeunes « jugés » de façon expéditive. Tous ont à l’esprit les émeutes de 2005 et c’est un scénario que Hollande souhaite désamorcer, plus encore à la veille des élections présidentielles et législatives.

Si la colère est légitime, il faut également trouver les moyens pour qu’elle puisse s’exprimer de la façon la plus radicale, collective et efficace possible. Ce sont les leçons qu’il nous faut tirer de 2005, lorsque les jeunes ont affronté courageusement les forces de l’ordre trois semaines durant mais de façon parfaitement isolée, laissés pour compte des organisations du mouvement ouvrier, populaire et de la jeunesse.

Donner un cadre d’ensemble

Si nos organisations, les organisations du monde du travail et de la jeunesse, nos syndicats, nos partis et nos mouvements, passaient résolument dans le camp de l’opposition à toute logique policière, alors ce serait autant de gagné pour construire un vaste mouvement pour que plus jamais l’un-e des nôtres ne soit matraqué-e, éborgné-e, condamné-e, violenté-e ou assassiné-e. C’est ce qui permettrait de donner des perspectives et une réelle efficacité à la colère légitime qui s’exprime.
La CGT et la FSU, dans ce cadre, se devraient de peser tout leur poids de façon à créer les conditions pour que chaque fédération, chaque UD, chaque UL se transforme en acteur d’un mouvement contre les violences policières qui n’ont que trop duré. C’est le message qu’elles se doivent de porter pour élargir le mouvement. Les équipes syndicales, à la base, sont prêtes à entendre le message et certaines n’ont pas attendu pour le faire savoir.

Samedi comme une première étape

La seule façon de « porter un coup d’arrêt » aux violences et aux brutalités des forces de répression passerait par le désarmement de la police, l’arrêt de la militarisation des quartiers populaires et la dissolution des forces spéciales à commencer par la BAC. C’est pour défendre cette perspective, qui devrait être reprise largement par nos organisations syndicales, que nous serons présent-e-s dans la rue, samedi, en appelant à ce qu’urgemment les rassemblements cèdent la place à des manifestations et à une mobilisation nationale contre les violences policières. Ce serait, d’ailleurs, la meilleure façon d’en découdre avant même les élections avec ceux qui, à droite et à l’extrême droite, nous disent, depuis le début de cette nouvelle affaire, qu’ils sont avec les flics d’Aulnay qui nous traitent de « bamboulas » après nous avoir matraqué cinq mois durant lors de la mobilisation contre la Loi Travail des socialistes. Si elles souhaitent sincèrement que tout cela s’arrête parce que la situation est devenue intolérable, les organisations signataires doivent s’en donner les moyens.




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