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Jeunesse

#Poutou2017

Présidentielles. Ce que propose Philippe Poutou pour les jeunes

Philippe Poutou a répondu hier à une série de question portant sur son programme pour la jeunesse dans le quotidien Ouest France. Nous reproduisons ici les réponses recueillies par Clémentine Mercier. Source : http://jactiv.ouest-france.fr/actualites/politique/presidentielle-ce-que-propose-philippe-poutou-pour-jeunes-74266

L’élection présidentielle aura lieu les 23 avril et 7 mai 2017. Onze candidats sont en campagne pour accéder à l’Élysée et remplacer François Hollande. Nous avons demandé à tous les candidats de répondre à un questionnaire concernant leurs mesures pour les jeunes. Voici les réponses de Philippe Poutou, représentant du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA).

Premier emploi

>> Quelles seront vos mesures pour aider les jeunes ?

« Pour nous, la première question qui se pose lorsqu’on parle de premier emploi, c’est comment permettre à la jeunesse de décider de ses choix d’avenir, de son travail, de ses études. Car trouver un premier emploi aujourd’hui c’est, pour l’ensemble des jeunes, devoir se confronter à la nécessité d’avoir accès à un logement, à la santé... Et donc bien souvent accepter les emplois les plus précaires, pour survivre tout en s’émancipant de leurs parents.

En ce sens, nous revendiquons lutter contre la précarité et la dépendance matérielle de la jeunesse en instaurant ce qu’on appelle un salaire d’autonomie, pour tous les jeunes à partir de 16 ans, à la hauteur du Smic, jusqu’à leur premier emploi. Celui-ci relèverait du système de répartition, au même titre que la retraite. Cela doit s’intégrer dans les missions de la Sécurité sociale. Ce fond doit être géré par des salariés et des jeunes élus. Ce serait un salaire socialisé, financé par des cotisations sociales, sans baisse du salaire net. Pour cela, il faudra donc augmenter les salaires des travailleurs, et donc les cotisations versées par le patronat.

Le chômage des jeunes


>> Comment comptez-vous le diminuer ?

Nous vivons aujourd’hui dans une société qui marche sur la tête : tandis que des jeunes ne trouvent pas d’emploi, on demande aux plus vieux de travailler de plus en plus longtemps. En d’autres termes, quand certains crèvent de ne pas avoir de travail, d’autres crèvent de trop en avoir !

Pour en finir avec le chômage des jeunes, mais aussi avec les maladies au travail dont souffrent de plus en plus de travailleurs, il faut partager le temps de travail entre tous et toutes. C’est la seule manière de lutter contre le chômage, et cela permettra aussi de réduire le temps de travail pour que tous et toutes aient plus de temps pour la culture, les loisirs...

Améliorer l’université


>> Quelles sont vos propositions ?

En ce qui concerne l’université, il y a deux problèmes à régler : le problème de l’inaccessibilité de l’université aux classes populaires et la question du contenu dispensé dans les universités.

La revendication de salaire d’autonomie pour tous les jeunes apporte déjà un premier élément de réponse, pour que chacun ait le droit de choisir d’étudier et le contenu de ses études. Ensuite, il faut commencer par abroger toutes les lois qui ont mis en place l’autonomie des universités depuis les années 90, dans le cadre du Processus de Bologne à l’échelle européenne, et qui ont détruit le service public de l’enseignement supérieur et de la recherche.

D’une part, cette autonomie a en réalité conduit à l’instauration de l’austérité budgétaire sur les universités, dégradant les conditions de travail et augmentant la sélection à l’entrée, donc l’exclusion des classes populaires. D’autre part, cela a consisté à faire entrer des représentants des grandes entreprises et du Medef dans les conseils d’administration des universités. Ils ont désormais leur mot à dire sur le contenu des formations, et cherchent à les restreindre aux besoins immédiats du patronat local, alors que les formations devraient être pensée en fonction des besoins de la population et de la jeunesse.

En ce sens, il faut stopper les fusions d’universités qui sont en cours et contre lesquelles de nombreux étudiants et travailleurs des universités ont été en lutte ces derniers mois. Il faut augmenter les budgets à hauteur des besoins, et donner une autonomie pédagogique, pour des formations décidées par les étudiants, les professeurs et les travailleurs des universités, en fonction des besoins de la population. Pour cela, les universités doivent être des lieux de liberté d’expression : la répression envers les étudiants – et nous pensons notamment à tous ceux qui se sont mobilisés contre la loi Travail l’année dernière – doit cesser. Les universités doivent être ouvertes à tous et à toutes, y compris aux travailleurs déjà employés.

Le numerus clausus des études de santé

>> Souhaitez-vous le modifier ?

Il faut absolument abroger ce numerus clausus. En ce qui concerne la santé, il faut repartir des besoins de la population. On voit que les politiques d’austérité de ces dernières années ont été dévastatrices et, plus encore, dans les zones rurales et les quartiers populaires. Il faut socialiser l’ensemble du système de santé car il n’est pas possible que certains se fassent de l’argent sur la santé des autres. Pour cela, il faut donc des études de santé plus accessibles qui cessent d’être élitistes et compétitives.

Erasmus


>> Quel est votre programme ?

Nous sommes internationalistes et nous ne reconnaissons pas plus les frontières pour les étudiants que pour d’autres personnes. Elles sont faites pour nous diviser et ne profitent qu’aux puissants et riches de ce monde – qui eux, ne connaissent pas de frontières lorsqu’il s’agit de délocaliser des usines ou de faire la guerre pour défendre leurs profits ! Les étudiants européens comme les étudiants des pays du Sud doivent pouvoir venir voyager et étudier ici. Contre les expulsions d’étudiants ou de lycéens étrangers, que les cas de Khatchik et Leonarda ont mis en lumière pendant le mandat de Hollande, nous demandons leur régularisation : une carte d’étudiant = une carte de séjour !

Les logements pour les jeunes


>> Comptez-vous augmenter leur nombre ?

Les problèmes de logement sont cruciaux pour la jeunesse : c’est un des premiers éléments importants pour s’émanciper de sa famille et faire ses propres choix de vie. Mais aujourd’hui, les loyers de 500, 600 €, voire plus, sont inaccessibles, à moins d’accumuler les contrats précaires dans des conditions terribles, parfois jusqu’à la prostitution. Il faut réquisitionner les logements vides et lancer un grand plan de construction de logements – ce qui permettra d’ailleurs de créer des emplois.

Le baccalauréat


>> Souhaitez-vous le faire évoluer ?

Le système de notation et d’examens comme le baccalauréat ne font que reproduire les inégalités sociales. Ils ne font que développer la concurrence et la compétition entre les jeunes, à l’inverse de toute logique d’apprentissage et de développement de la réflexion personnelle. Concernant spécifiquement le baccalauréat, il faut en finir avec cette grande messe élitiste qui valorise le bachotage et la sélection sociale.

L’apprentissage


>> Quelles seront vos mesures ?

Nous revendiquons la fin de la surexploitation par l’apprentissage : à travail égal, salaire égal ! Par ailleurs, tout jeune de moins de 25 ans doit avoir le droit à des congés spécifiques, qu’il soit étudiant ou jeune travailleur. Il faut donc que les jeunes travailleurs bénéficient des mêmes vacances scolaires que ceux qui auront fait le choix d’être à l’université – et le salaire d’autonomie permettra à chaque jeune de faire ce choix, entre le travail ou les études.

La culture pour les jeunes


>> Comment pensez-vous favoriser l’accès ?

En plus de ce que nous avons déjà dit sur le salaire d’autonomie – ce qui permet à chaque jeune de faire ces choix en termes de loisir – et des vacances équivalentes pour tous les jeunes, qu’ils soient étudiants ou travailleurs, tout contenu culturel doit être gratuit. Il faut donc notamment abroger la loi Hadopi. Par ailleurs, nous refusons la distinction entre l’art considéré comme légitime et celui, issu des quartiers populaires et de la jeunesse, qui est constamment discrédité. Toute liberté en art, total accès à la culture !

Le droit de vote à 16 ans


>> Pour ou contre ?

La réponse tombe sous le sens : si à 16 ans, les jeunes ont le droit de se faire exploiter au travail, ils doivent avoir le droit de voter ! Mais plus en général, ils doivent être considérés comme des acteurs politiques à part entière qui bénéficient de leur droit d’expression, de réunion, de presse, de s’organiser et, notamment, sur les lycées.

Un service obligatoire pour les jeunes (militaire, civique...)


>> Êtes-vous pour ?

Nous sommes absolument contre car nous sommes contre tout embrigadement de la jeunesse. Ce n’est pas à l’État de décider ce que la jeunesse doit faire de son temps, de sa vie. Le contenu qui est donné à toutes les propositions de service civique ou de service militaire : faire marcher la jeunesse au pas, au son de l’état d’urgence permanente, du discours guerrier et nationaliste, du bleu-blanc-rouge... C’est une manière de discipliner la jeunesse.

Un revenu de base pour les moins de 25 ans


>> Y êtes-vous favorable ?

Nous renvoyons à notre réponse à propos du salaire d’autonomie. (N.D.L.R : voir paragraphe "Premier emploi")

Quelle sera votre première mesure pour les jeunes si vous êtes élu ?
Pour en finir avec la précarité, pour pouvoir choisir d’étudier, pour que chaque jeune décide de sa propre vie, de son orientation, de ses études, de ses relations sociales, de sa sexualité... Un salaire d’autonomie pour tous les jeunes ! »

Recueilli par Clémentine MERCIER.




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