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Capitalisme sauvage

RD Congo. Renault ferme t-il les yeux sur l’exploitation d’enfants dans les mines de cobalt ?

L'entreprise Renault ferme t-elle les yeux ? Alors qu'Amnesty International a tiré la sonnette d'alarme en 2016 sur les conditions d'exploitation du cobalt en République démocratique du Congo où le travail des enfants est répandu, le constructeur automobile français ne semble pas avoir pris les mesures nécessaires pour s'assurer des conditions d'extraction du minerai présent dans les batteries de ces véhicules.

On connaît l’absence totale de scrupules des entreprises capitalistes quand elles officient en Afrique. À propos de celles qui ont besoin du cobalt pour fabriquer leurs batteries de téléphone ou de voiture, l’ONG Amnesty International a publié un premier rapport en janvier 2016 pour alerter sur les pratiques d’extraction ayant cours, notamment en République démocratique du Congo. Comme le souligne Seema Joshi, spécialiste de la responsabilité des entreprises en matière de droits humains : « Nos premières enquêtes ont montré que le cobalt extrait des mines par des enfants et des adultes dans des conditions épouvantables en RDC est utilisé dans les chaînes d’approvisionnement de certaines des entreprises les plus connues au niveau mondial ».

Parmi ces entreprises, Apple, Dell, Microsoft ou encore BMW, Fiat-Chrysler et Renault. Cette dernière entreprise à été épinglée dans le rapport publié par l’ONG en raison de l’opacité des informations qu’elle a divulgué sur les contrôles effectués les conditions d’extraction du minerai. Alors que certaines entreprises, soucieuses de leur image, ont entamé des démarches pour s’assurer qu’aucun des composants de leurs produits n’a impliqué le travail d’un enfant, le constructeur français reste on ne peut plus évasif sur la question.

Le rapport d’Amnesty International pointe, en effet, que l’entreprise Renault « présente des résultats particulièrement mauvais. Elle ne respecte pas les normes internationales minimales en matière de publication et de diligence internationale, et ses chaînes d’approvisionnement présentent donc d’importantes zones d’ombre ». Dernier du classement réalisé par l’ONG, Renault se contente d’un suivi minimal sur sa filière d’approvisionnement en cobalt, sur les atteintes aux droits de l’homme et sur les solutions prises pour limiter ou remédier à ces risques. En ce qui concerne la publication de ces informations, Renault ne revendique aucune action sur les risques d’atteinte aux droits de l’homme ni sur les points sensibles de la chaîne de production comme les fonderies.

Autre point d’ombre chez Renault, l’entreprise n’assure pas de traçabilité suffisante des ses approvisionnements en cobalt. Comme le montre Sabine Gagnier, chargée de plaidoyer « entreprises et droits humains » à Amnesty France, « l’entreprise nous explique qu’elle s’en tient au certificat d’origine de son fournisseur en cobalt. Mais celui-ci peut être basé en Asie et acheter son cobalt en République démocratique du Congo, sans aucune traçabilité ». Autrement dit, il est possible que Renault achète du cobalt extrait dans des conditions contraires à toutes les normes en vigueur et potentiellement aussi par des enfants et cache cette réalité en brouillant les pistes par des intermédiaires.

L’entreprise qui vante en permanence « la vie, avec passion » dans ses publicités devrait s’en inspirer davantage en revoyant la provenance du cobalt qu’elle utilise dans ses véhicules. Alors qu’on sait qu’environ 20% du cobalt congolais est extrait à la main dans des mines artisanales aux conditions de travail épouvantables, l’entreprise française laisse planer un doute légitime sur ses pratiques en refusant de dévoiler ces informations ou en se cachant derrière ses fournisseurs.




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