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Monde

L’Europe des barbelés

Rencontre entre Le Pen et Salvini : l’extrême-droite cherche à lancer sa campagne pour les européennes

Avec la crise économique qui s’enlise, la déconnexion entre les gouvernements et la population menace de s’installer et les phénomènes de polarisation sociale et politique commencent à s’exprimer. Pour ne pas perdre le contrôle, le sauvetage de la nation est toujours la meilleure carte à jouer pour regrouper les secteurs sociaux appauvris du côté de ses bourreaux. Cette logique-là est bel et bien celle qui dirige le projet de « L’Europe des Nations », ou l’Europe des barbelés. Comment sauver le régime sur le dos des migrants, des réfugiés et des travailleurs ?

Crédits photo : Alessandro Di Meo / EPA

Ce lundi 8 octobre, alors que Matteo Salvini essayait de se détacher des qualificatifs de « fasciste » ou « raciste », Marine Le Pen et le vice-président du conseil italien se donnaient rendez-vous à Rome pour lancer leurs campagnes aux élections européennes. Pour ce faire, ils ont choisi un lieu qui en dit long. Leur conférence de presse s’est déroulée au siège de l’Union Generale del Lavoro (UGL), le syndicat héritier du puissant et ancien syndicat fasciste Confederazione Italiana Sindicati Lavoratori (CISNAL).

Installés dans ce siège historique du fascisme, plus précisément depuis une salle de conférences appelée Giuseppe Landi en honneur au fondateur de la CISNAL, les deux représentants des franges institutionnelles les plus réactionnaires de l’Europe posaient les bases de leurs campagnes pour les européennes de mai 2019.
Marine Le Pen donne le ton : « Nous sommes aujourd’hui à un moment historique. C’est l’Histoire avec un grand "H" qui va s’écrire au mois de mai. C’est l’émergence d’une Europe des nations ». Salvini à son tour ajoutait « Le rendez-vous de mai sera la fin d’un parcours, d’une révolution du bon sens. »

La forme et les contours que pourrait prendre cette « force européenne » de l’extrême-droite reste encore floue. Autant Matteo Salvini que Marine Le Pen ont essayé de tirer profit de ces échanges pré-campagne entre partisans de l’Europe des barbelés pour mettre en avant le côté nationaliste anti-migrant de leurs programmes. Le vice-président du conseil italien cherche à élargir son influence sur la base de la droite italienne traditionnelle en apparaissant comme l’homme à l’initiative de « L’Europe des Nations ».

De son côté, Marine Le Pen cherche à compenser son isolement politique national sur le plan européen et de donner de la crédibilité à son projet politique en revendiquant le modèle de la Ligue du Nord.

« L’Histoire avec une grand H » ou « la révolution du bon sens » que brandissent les représentants de l’extrême-droite européenne ne sont que les noms d’une histoire bien connue et beaucoup plus sombre qu’ils veulent bien le laisser penser. Elle consiste à sauver un régime politique et économique pourrissant par la voie de la réaction. L’extrême-droite mobilise la colère contre ses deux cibles privilégiées, les migrants et le « bunker Bruxelles ». Ainsi faisant, « L’Europe des Nations » n’est que la tentative de sauver les grands capitalistes nationaux et par ricochet ceux du voisin en organisant un repli national qui puisse regrouper les secteurs appauvris aux côtés de leurs propres bourreaux. « L’Europe des nations » contre « l’Union européenne devenue un système totalitaire » (sic Marine Le Pen). La pauvreté, l’austérité, la crise migratoire seraient la faute de l’UE. Salvini explique que « Les ennemis de l’Europe sont ceux retranchés dans le bunker de Bruxelles (...) les Juncker, les Moscovici, qui ont apporté la précarité et la peur en Europe et refusent d’abandonner leur fauteuil ». Et donc ce serait l’extrême droite, avec ses relents racistes et xénophobes, qui serait le vrai défenseur de l’Europe. Ne soyons pas dupe.

Face à l’austérité de nos gouvernements, et pour contrer cette poussée nationaliste, populiste, xénophobe décomplexée et anti-populaire, la seule alternative c’est bien celle d’une alliance des travailleurs, de la jeunesse et de tous les opprimés, prêts à affronter les gouvernements impérialistes en Europe. Une alternative anticapitaliste et révolutionnaire pour une Europe des travailleurs et des peuples, les États-Unis socialistes d’Europe.




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