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Monde

Brésil. Nouvel assassinat de la Police Militaire contre l’extrême gauche

Rio de Janeiro. Marielle Franco, conseillère municipale PSOL tuée par balle

Mercredi soir, alors qu’elle rentrait d’une réunion publique, Marielle Franco, 38 ans, militante du PSOL, conseillère municipale de Rio, ainsi que le conducteur de la voiture à bord de laquelle elle se trouvait ont été tués par balle, en plein centre de la ville. Le pays est sous le choc et tous les regards se portent sur la Police Militaire, qui contrôle la ville depuis sa mise sous tutelle par le gouvernement fédéral de Michel Temer (droite), depuis le 16 février.

Marielle Franco était une personnalité reconnue du mouvement afro-féministe et de la gauche radicale carioca. Alliée du député de l’Etat de Rio Marcelo Freixo, également membre du Parti Socialisme et Liberté (PSOL), la jeune femme avait été la cinquième conseillère la mieux élue en mars 2016 avec plus de 46.000 voix. Au moment du crime, survenu dans le quartier d’Estaciò, elle revenait d’une rencontre, « Jovens Negras Movendo as Estruturas », organisée par des militantes afro-féministes dans le quartier de Lapa, en plein centre-ville, et dénonçait sans relâche les crimes policiers perpétrés dans le cadre de l’intervention de la Police Militaire dans les favelas de Rio et la mise sous tutelle de la ville par le gouvernement Temer depuis le 16 février.

Leur dernier crime en date était celui de Matheus Melo, un jeune de 23 ans, tué par balle alors qu’il sortait d’un temple évangélique, dans la grande favela de Jacarezinho. « Encore un crime que l’on peut imputer à la PM [Police Militaire] (…). Combien d’autres crimes encore avant que cette guerre ne prenne fin », avait-elle twitté, mardi, la veille de son exécution, jour de l’assassinat de Melo. Opposée à l’intervention militaire fédérale, décrite comme une « mauvaise farce », elle soutenait que l’opération était liée avec « l’image que prétend renvoyer le ministère de l’Intérieur, en lien avec le PMDB [au pouvoir] et l’industrie des armes ».

L’ensemble de la classe politique brésilienne a réagi à la nouvelle, le président Temer allant même jusqu’à promettre que « toute la lumière sera faite sur cet assassinat brutal ». Mais ce sont ses hommes, ceux de la Police Militaire, qui en sont responsables. C’est en tout cas ce dont l’ensemble des habitants des favelas et la gauche radicale brésilienne sont convaincus.

Photo du véhicule à bord duquel se trouvait Marielle. Les sept impacts, à l’arrière de l’habitacle, montrent qu’il s’agit d’une exécution en bonne et due forme

Le 10 mars, Marielle avait à nouveau dénoncé les agissements du 41ème bataillon de la PM contre les habitants de la favela Acari. « Le 41ème Bataillon a assassiné deux jeunes et a jeté les corps dans une décharge. Aujourd’hui, la police patrouille dans les rues [d’Acari] et menace les habitants. Cela est toujours arrivé, mais la situation est encore pire depuis l’intervention [fédérale] ». Appelé « le Bataillon de la mort », le 41ème Bataillon est le détachement policier ayant à son actif le plus de crimes, à commencer par celui de la jeune Maria Eduarda da Conceição, 13 ans, tuée en mars 2017 alors qu’elle sortait de l’école. Comment imaginer que la police puisse enquêter sur ses propres crimes ?

Avec la rédaction de Esquerda Diario et nos camarades du Mouvement Révolutionnaire des Travailleurs du Brésil, nous présentons nos plus sincères condoléances à la famille, au fils, aux amis et aux camarades de Marielle Franco, ainsi qu’à ceux du conducteur qui l’accompagnait. Leur combat continue ! A Luta continua !

[Crédits : Lucas Vettorazzo, Folhapress et Renan Olaz, CMRJ]




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