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Monde

Contre la corruption

Roumanie. Des dizaines de milliers de manifestants à Bucarest. La police réprime en masse

Voici trois jours que des manifestations anti-gouvernementales se tiennent à Bucarest, en Roumanie. Dans le sillage des mobilisations de janvier et février 2017, plusieurs dizaines de milliers de personnes sont dans la rue contre la corruption. Face à ces mobilisations, la répression est de mise. Plus de 420 manifestants ont été blessés.

En janvier et février 2017, des dizaines de milliers de personnes défilaient à Bucarest, en Roumanie, suite à l’adoption de mesures visant à assouplir les lois anti-corruption, soit les plus grandes manifestations depuis la chute Ceausescu et du stalinisme en 1989. Près d’un an et demi plus tard, de nouvelles manifestations se déroulent à Bucarest, rassemblant jusqu’à 80 000 personnes selon les chiffres disponibles. Depuis, les manifestations sont régulières en Roumanie. Les raisons de la colère sont restées sensiblement les mêmes, à savoir la lutte contre la corruption et l’exigence de la démission du gouvernement de centre-gauche.

Une répression féroce et immédiate

Dès la première manifestation, le 10 août dernier, le gouvernement a répondu par une répression féroce. Bilan : plus de 420 blessés du côté des manifestants, une trentaine du côté des forces de répression. Carmen Dan, ministre de l’Intérieur du gouvernement de centre-gauche formé par le PSD, a alors estimé que les gendarmes avaient agi dans la légalité afin de « défendre les institutions de l’État ». Tout un programme...

Cette répression féroce contre les manifestants traduit la volonté du gouvernement de taper fort et vite pour tuer la mobilisation dans l’œuf. Pourtant, ce sont par milliers que les manifestants ont repris la rue, ces 11 et 12 août, rajoutant les questions de la lutte contre les violences policières au centre de leur slogan et revendications.

Tentative de récupération politique de la droite

Dès le 10 août, le président roumain de centre droit Klaus Iohannis a condamné « l’intervention brutale et disproportionnée » des policiers et accusé la majorité parlementaire de gauche de « mener le pays vers le chaos et le désordre ». Une position opportuniste à l’extrême, qui cherche à récupérer le mouvement populaire à des fins électorales d’une part, et à se présenter comme le plus à même de ramener l’ordre aux yeux des classes dominantes, tout autant locales que des forces impérialistes européennes d’autre part.

Ces tentatives de récupération ne sont pas non plus une nouveauté. Dès janvier et février 2017, des franges des classes dominantes cherchaient déjà à tirer profit de la situation. Iohannis s’inscrit donc pleinement dans cette dynamique, dans un pays où l’abstention massive, 60% aux dernières législatives, témoigne de l’épuisement de l’ensemble du système politique roumain et de sa corruption viscérale qui n’épargne aucun des partis politiques dominants, ni même l’ensemble de l’appareil d’État. A l’instar de la Russie post-URSS, c’est bel et bien l’ensemble des pays périphériques de l’ex-bloc soviétique où la corruption s’est avérée indispensable pour assurer une restauration capitaliste rapide. Une restauration s’accompagnant d’une profonde misère pour l’ensemble des classes populaires, génératrice de profondes contradictions pour les ex-pays socialistes qui, dans le cas de la Roumanie, sont en train d’exploser.

Crédits photos : Inquam Photos/Octav Ganea via REUTERS




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