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Monde

Un félin défie le pouvoir

Russie : Le chat Barsik, en tête des sondages dans une ville en Sibérie

« Avec moi, disait-il, tu vas vivre dans un appartement luxueux… Des acomptes tous les jours… Le fond est bon, disait-il, mais j’ai horreur des chats… » (Extrait de Cœur de chien – 1925 – de Mikhaïl Boulgakov).

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Parfois la réalité dépasse la fiction. Parfois la fiction se mêle à la réalité, sans que l’on puisse faire la différence. Filip Filipovitch est le personnage principal du roman de Mikhaïl Boulgakov Cœur de chien écrit en 1925. Filip Filipovitch c’est un chien qui, grâce à l’expérience du professeur Preobrajenski, devient un Homme et arrive même à intégrer l’appareil de la bureaucratie soviétique au début des années 1920. Barsik est un chat qui mène une vie calme à Barnaul en Sibérie. Il est également le plus populaire des candidats à la mairie de la ville pour les élections de dimanche prochain. L’histoire de Filip Filipovitch n’est pas réelle. Celle de Barsik oui. Toutes les deux sont surréalistes…

Tout commence quand le groupe Altai Online décide de mener un sondage concernant les six candidats à la mairie de Barnaul en Sibérie occidentale. Sauf que pour l’occasion ils ont ajouté, aux six candidats humains, la candidature de Barsik, un chat âgé de 18 mois. Et résultat inattendu, avec plus de 2000 participants Barsik devançait de loin ses rivaux : plus de 90% des votants préféraient le candidat félin !

L’affaire a envahi les réseaux sociaux, déjà très accros aux aventures des chatons, la presse russe et internationale. « Qu’on le veuille ou pas, Barsik fait partie de l’establishment politique de la région et ne va pas abandonner ses ambitions politiques », déclarait le responsable du groupe promoteur du candidat chat.

Un régime corrompu et profondément antidémocratique

Au-delà du contenu surréaliste et humoristique que cette affaire comporte, il faut comprendre ce qu’elle exprime plus profondément. En effet, la ville de Barnaul a été touchée par un grand scandale de corruption qui a forcé l’ancien maire à démissionner il y a six mois. Celui-ci, à travers une combine impliquant l’administration locale, achetait et revendait des terrains à des prix cassés favorisant des membres de sa famille qui ensuite revendaient les terrains à des prix beaucoup plus élevés.

Ce type de scandale de corruption se répète par centaines à travers tout le pays. Peu importe qui vient remplacer ceux qui se font attraper, l’histoire semble se répéter toujours.

Dans le cas de Barnaul il faudrait ajouter aussi une violation ouverte du fonctionnement démocratique le plus élémentaire : depuis cinq ans les maires de la ville étaient désignés par le pouvoir central.

C’est dans ce contexte de corruption et d’un régime complètement antidémocratique qu’il faut comprendre le succès de Barsik le chat candidat. « On ne connait pas leurs programmes [des candidats à mairie], ni leurs motivations ni ce qu’ils veulent faire de la ville », déclarait encore le responsable d’Altai Online.

La candidature de Barsik est en effet une réponse « absurde » à une situation absurde ; une manifestation du fait que les classes populaires ne sont pas stupides et sont bien au courant de cette farce démocratique.

C’est un phénomène qui exprime une profonde méfiance vis-à-vis du régime politique et ses partis. On pourrait dire que la candidature de Barsik est un phénomène de la même nature que celles des personnages de Star Wars lors des élections locales en Ukraine. Dans ce pays d’ailleurs, un candidat, sous la casquette du personnage de la saga « Darth Sidious » a été élu au conseil municipal de la ville d’Odessa. Dans cette même ville d’Odessa, « Chewbacca » (un autre personnage de Star Wars) avait été interpellé pour mener « campagne illégalement » aux abords d’un bureau de vote.


Mais au-delà de ces réponses ironiques sur le ton même de la moquerie il est certain que pour les travailleurs et les classes populaires de Russie, tôt ou tard, l’affrontement avec le régime est inévitable pour lutter contre la corruption, la limitation des droits démocratiques les plus élémentaires mais aussi contre les attaques à leurs conditions de vie qui se multiplieront au fur et à mesure que la crise économique s’approfondit. La lutte actuelle des transporteurs semble être déjà un signal d’alarme pour le gouvernement. Derrière un chat candidat, un mécontentement social profond peut se cacher…




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