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Notre classe

La grève s’étend

Ryanair. Une grève sans précédent contre la direction… qui refuse d’indemniser les voyageurs

A « circonstances exceptionnelles », décisions exceptionnelles ? Face à une grève qui continue et qui s’étend chez le géant des vols low-cost, Ryanair a pris la décision de ne verser aucune indemnité aux voyageurs dont les vols ont été annulé. Ryanair ne recule devant rien pour faire du profit le dos des salariés et des voyageurs.

Crédit photo : Reuters

Hier, la compagnie low cost irlandaise a fait savoir qu’elle ne verserait pas leurs indemnités aux voyageurs impactés. Des sommes comprises entre 250 et 600€ qui leur sont pourtant dues au vu de l’article 12 du règlement européen relatif au transport aérien. Les billets seront cependant remboursés.

« Ryanair se conforme pleinement à la législation mais, comme des annulations de vols relèvent de circonstances extraordinaires, aucune indemnité n’est due », a déclaré le PDG de l’entreprise, Michael O’Leary. Et de poursuivre : « En vertu de la législation, aucune indemnisation n’est payable lorsque le syndicat agit de manière déraisonnable et totalement hors du contrôle de la compagnie aérienne. Si cela était sous notre contrôle, il n’y aurait pas d’annulations. »

Une manière donc de rejeter la faute des annulations sur les grévistes, et de détourner le regard des conditions de travail très durs que doivent supporter les travailleurs de Ryanair et qui sont bien la cause des annulations de vols. Mais alors qu’il ne s’agit pas là de la première tranche de grève, la compagnie n’a toujours rien avancé sur les revendications des grévistes.

Une décision de Ryanair qui est de plus aventureuse puisque la Cour de justice de l’Union européenne avait considéré l’inverse, le 17 avril dernier. Elle avait en effet condamné la compagnie allemande TUIfly, qui avait pris la même décision à la suite d’une « grève sauvage ». Un motif qui n’a pas été retenu comme « circonstance exceptionnelle ».

Ryanair n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai. En 2017, elle avait vu l’autorité de l’aviation civile lancer une procédure contre elle, accusée d’avoir induit en erreur les passagers en fournissant aux passagers des informations inexactes sur leurs droits dans le but, déjà, de ne pas payer ces indemnités.

Une grève qui dure depuis des mois

La grève, qui a continué à s’amplifier hier, dure depuis maintenant de longs mois. Elle a été initiée par les pilotes Allemands à l’automne dernier et relayée par plusieurs corps de métiers dans plusieurs pays depuis. Jeudi, 400 des 2400 vols prévus ont été annulés. Des rassemblements ont eu lieu dans les aéroports de Francfort et de Charleroi.

Elle touche aujourd’hui cinq pays : l’Irlande, l’Allemagne, la Suède, les Pays-Bas et la Belgique. Les Pays-Bas viennent tout juste de rejoindre la grève, dans des circonstances difficiles, la justice néerlandaise étant particulièrement prompte à condamner et interdire des grèves.

Il faut rappeler que Ryanair, aujourd’hui première compagnie européenne avec 130 millions de passagers par an, a développé un modèle basé sur le low cost, c’est-à-dire la réduction maximale de ses coûts. Un choix stratégique qui passe avant tout par la dégradation des conditions de travail des employés, avec notamment le fait que Ryanair profite d’un flou juridique pour rattacher tous ses salariés aux conventions irlandaises alors même qu’ils résident dans d’autre pays, les contrats étant ainsi particulièrement « flexible » pour l’employeur, et désastreux pour les travailleurs.

Le low cost a un coût : celui de conditions de travail insupportables pour les employés, et d’escroqueries pour les voyageurs. Ainsi, les grévistes continueront à exiger des hausses de salaire, l’intégration des intérimaires et des contrats de travail du pays de résidence pour les pilotes, dans ce face-à-face avec le géant du low cost.




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