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Politique

Rapport des « experts indépendants »

SMIC : vers la fin d’une revalorisation annuelle ?

Le groupe d’experts officiel a rendu son rapport sur le SMIC – soi-disant trop élevé. Au menu : fin de la revalorisation du SMIC chaque année, indexée notamment sur le pouvoir d’achat.

Un « groupe d’experts » ultra-libéraux

Chaque année depuis bientôt 10 ans, un groupe « d’experts indépendants » (dixit le gouvernement), remet un rapport sensé « éclairer » la Commission nationale de la négociation collective (Cnnc) sur les évolutions du SMIC. Habituellement, ce groupe d’experts se borne surtout à préconiser si, en plus de la revalorisation annuelle du SMIC (indexé sur l’indice des prix et le pouvoir d’achat des ménages aux revenus modestes), le gouvernement doit ou non donner un coup de pouce. Et traditionnellement, depuis sa mise en place en 2008, le groupe d’experts se prononce contre ledit coup de pouce.

Le groupe d’experts a vu sa composition renouvelée au cours de l’été, sur la base de nominations émanant de Macron lui-même. Il est désormais présidé par l’économiste ultra-libéral Gilbert Cette, qui prône depuis des années « qu’au lieu d’augmenter le SMIC, le baisser progressivement serait plus judicieux en cette période ou le chômage va de record en record ». Sans surprise donc, le rapport rendu se prononce comme à l’accoutumée contre un potentiel « bonus » du gouvernement dans la revalorisation du SMIC. Mais il va également bien au-delà, en proposant des pistes de « réformes possibles ».

Dans le rapport, des suggestions pour détruire le SMIC

Parmi ces propositions de réformes, deux marottes de Gilbert Cette, qui ont cependant été écartées : la régionalisation du SMIC ou sa modularisation en fonction de l’âge. La troisième piste de réforme, privilégiée par le groupe dans son rapport, revient à « modifier la formule de revalorisation du SMIC ».

La première possibilité envisagée reviendrait à tenir seulement compte de l’inflation, et donc d’abandonner dans les calculs toute référence au pouvoir d’achat du salaire horaire de base ouvrier et employé (SHBOE). La deuxième reviendrait simplement à supprimer toute forme d’indexation, et ainsi la hausse annuelle du SMIC ne serait plus garantie, de même que le « pouvoir d’achat minimum » pour les ouvriers les plus précaires.

Une piste privilégiée : la suppression de toute indexation sur l’inflation

Le rapport favorise clairement la deuxième option, arguant que le régime du SMIC deviendrait « à peu près semblable à celui en vigueur dans la très grande majorité des pays où existe un salaire minimum national et où le gouvernement porte la totale responsabilité de sa revalorisation ». Ainsi, pour ce « groupe d’experts indépendants », pour « lutter contre la pauvreté » (sic) il est nécessaire de casser les acquis des travailleurs et les outils garantissant un salaire minimum pourtant déjà bien en deçà de ce qui est nécessaire pour s’en sortir.

Drôle d’indépendance que celle de ce groupe d’experts qui préfèrent prévoir les économies du patronat que permettre aux travailleuses et aux travailleurs de vivre dignement, avec un salaire décent.

Crédit image : Getty / Pool BUU/DEVILLE




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