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Toulouse. Grève des agents de nettoyage sur la chaîne de montage de l’A330

À Toulouse, depuis jeudi 8 juin, une soixantaine d’employés d’Onet, chargés du nettoyage des Airbus A330 après leur assemblage, se sont mis en grève.

© maxppp

Ils étaient employés par la société TFN Atalian jusqu’au 1 juin. Airbus a préféré céder le chantier à la société concurrente Onet. Surprise pour les employés qui découvrent les contrats d’Onet : ils n’ont plus grand-chose à voir avec les précédents. Alors que lorsqu’une société prend le marché à une autre, elle doit conserver l’effectif qui est rattaché au site (et non à l’entreprise) et doit reprendre tout le monde, tout en garantissant le maintien de leurs salaires et de leurs conditions de travail.

Les salariés étaient payés 11,14 euros de l’heure, avaient des tickets restaurants, des primes, et leurs tenues étaient nettoyées notamment parce qu’ils sont en contacts avec des produits toxiques. Onet leur propose d’être payés 10,52 euros de l’heure, de supprimer les tickets restaurants, de baisser voire supprimer les primes, et de remplacer le lavage des tenues par le versement de 3,79 euros par mois (et aux ouvriers de laver ce linge chez eux). La direction proposait aussi d’ajouter de nouvelles tâches à leur planning, sans embauche ni compensation.

Alors que le vendredi matin, une délégation de grévistes a été reçue par la direction, la grève s’est poursuivie ce lundi 12 juin. Les grévistes, qui tiennent un piquet de grève à l’entrée du site Clément Ader, revendiquent le rétablissement de leur ancien salaire et une augmentation qui aurait dû avoir lieu dans quelques semaines si TFN n’avait pas perdu le chantier, chose que la direction d’Onet refuse pour le moment. Cette dernière propose une prime de 50 euros pour compenser la perte des tickets restaurants et de ré-accorder certaines primes. Onet, qui a perdu certains chantiers à Airbus en faveur de TFN, doit arriver rapidement à un accord, sans quoi l’entreprise perdra sans doute de nouveaux gros chantiers comme celui-ci. C’est pour cette raison que la direction souhaite « aboutir dans les plus brefs délais à une reprise du dialogue sur des bases constructives ».

Dans le secteur du nettoyage, de telles méthodes sont monnaie courante. Encore récemment, au mois de mars, les salariés du nettoyage de la cité administrative de Toulouse avaient fait une grève de plusieurs semaines, suite au changement d’entreprise (ISS cette fois), qui avait servi d’excuse pour chercher à supprimer des emplois. Le 27 mars, nous écrivions : « Tous les trois ans, un appel d’offre est lancé, cette année, c’est ISS propreté qui a raflé le marché. Les conventions veulent que si la société change, les employés restent. Ici, ISS en a profité pour dégraisser. Bien souvent les grosses entreprises profitent de la précarité de leurs salariés pour s’asseoir sur les conventions collectives. ISS a officiellement fait signer à un employé un avenant à son contrat de travail. Ce dernier, qui ne maîtrisait pas tous les termes du document, a signé. Il s’est ensuite avéré que c’était une rupture conventionnelle. Le salarié s’est adressé aux syndicats et depuis il a été réintégré. ». Après plusieurs semaines, les grévistes avaient obtenu plusieurs embauches.

Au même moment, les salariés du nettoyage au Centre des impôts de Paris 11e menaient une grève contre le licenciement de leur collègue, effectué encore une fois lors du passage de contrat de TFN à la société Novasol… Cette grève avait été victorieuse !

Le système de sous-traitance, qu’Airbus développe énormément, et d’autant plus depuis le plan Power 8, lui permet de faire jouer la concurrence sur les prix entre les différentes entreprises candidates à l’appel d’offres. Une pression sur les prix que les grandes entreprises comme TFN ou Onet répercutent sur le dos de leurs salariés, comme on le voit encore ici.

Une sous-traitance qui lui permet aussi de diviser les travailleurs entre ceux des sous-traitants et les « airbusiens », comme le dénonce très justement la coordination CGT aéronautique Midi-Pyrénées dans son livre récemment paru. Le problème pour ces grands groupes, c’est que de petits grains de sable viennent se coincer dans les rouages et peuvent dérailler la machine. C’est ce que les employés d’Onet font en ce moment. En décidant, en tant que travailleurs en sous-traitance, de faire grève pour conserver leurs acquis, ils disent stop à l’accélération de la précarisation de leur statut, aux attaques à leur salaire et à leurs conditions de travail.




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