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Notre classe

Appel à soutien

Travail gratuit dans l’Indre. Le combat de 5 marocains contre un patron esclavagiste

Nous relayons ci-dessous le récit du combat de cinq bûcherons marocains tenus dans une situation d'esclavage moderne dans le village d'Aigurande (36). Celui-ci nous a été transmis par le collectif de soutien à ces travailleurs immigrés, qui se trouvent actuellement dans une situation des plus précaires tant sur le plan financier que sur le plan sanitaire, en appelant au soutien le plus large, notamment en vue de l'audience qui aura lieu au tribunal des Prud’hommes de Châteauroux ce jeudi, où ils espèrent faire condamner leur employeur.

Nous venons vous raconter l’histoire de cinq marocains, originaires du petit village d’Ouaoumana – Khenifra, lesquels sont dans une situation critique : ils vivent ensemble dans un modeste appartement d’Aigurande (36), sans emploi et sans revenu, la faute à un employeur malhonnête, qui a profité de leur méconnaissance de la législation française pour les exploiter. C’est en toute légalité, avec une autorisation de Pôle Emploi, qu’Hamid, Driss et Mohammed sont arrivés en juin 2017 dans le sud de l’Indre, suivis par Rachid et Mustapha en février 2018. Ils ont entre 31 et 46 ans. Ils sont bûcherons et sont venus travailler pour cet homme car ils le connaissaient et qu’il venait souvent dans leur village.

C’est ainsi que tous les jours de 8h à 18h, ils étaient amenés sur un chantier pour couper du bois, dans l’Indre, en Creuse, en Auvergne, avec seulement 20 minutes de pause pour déjeuner. A la fin de la journée, l’employeur venait les chercher pour les ramener à l’appartement. Et le week-end, il les faisait travailler dans le restaurant rapide qu’il était en train d’aménager.

Ils travaillaient sur les chantiers forestiers sans équipement approprié, sans EPI. Suite à ça, Mohammed se blessera à la jambe avec une tronçonneuse fin octobre 2017. Et après des soins plus que sommaires, il devra regagner le Maroc dans un état de santé alarmant (voyage de retour payé par des amis de son village natal).

Ils ont signé des contrats de 35h, en CDI pour Driss, Mohammed et Hamid, en CDD pour Rachid et Mustapha, qui se sont transformés en véritable esclavage. L’employeur a déchiré ces contrats sous leurs yeux il y a quelques semaines, leur signifiant ainsi la fin de cette collaboration (scène filmée par l’un d’eux). Au final, Hamid n’aurait touché que 1688€ et Driss 2000€ pour un an de travail. Rachid et Mustapha quant à eux auraient perçu la somme de 330€ pour 4 mois de travail.

Aujourd’hui, ils se retrouvent sans ressources. Une action aux Prud’hommes a été engagée, mais ils n’ont aucun soutien des autorités.

Les quatre marocains restés en France sont toujours logés gracieusement par le propriétaire de l’appartement qu’ils occupent à Aigurande. Néanmoins, ils devront le quitter début août, sans solution de repli actuellement. L’électricité leur a été coupée pendant plusieurs semaines et vient tout juste de leur être remise. Ils sont en attente d’une demande de logement social sur la commune d’Aigurande, demande qui ne semble vouloir aboutir. Tous les 15 jours, ils vont se ravitailler à la Croix Rouge pour avoir de quoi manger. Voisins et amis complètent leurs besoins en nourriture et autre.

Après avoir perdu de nombreux kilos depuis leur arrivée en France, leur état de santé continue de se dégrader, sans qu’ils puissent avoir accès à des soins.
Les quatre marocains cherchent activement un nouveau travail afin de pouvoir enfin subvenir à leurs besoins en toute autonomie et se sortir de cette situation inextricable. L’aide et le soutien demandés aux autorités et services sociaux restent vains pour le moment.

Tout cela ne leur enlève pas pour autant leur sourire et ils n’hésitent pas, dans un français qui devient meilleur chaque jour, à raconter leur misère, du jour où leur employeur est venu les recruter au Maroc légalement, jusqu’en France où ils pensaient pouvoir travailler honnêtement et courageusement. Ce ne fut absolument pas le cas, puisqu’après avoir travaillé 7 jours sur 7, sans repos, sans équipement adapté à leur travail de bûcheron, à manquer de tout, ils n’ont reçu qu’une médiocre et infime partie de leurs salaires.

Ils attendent avec impatience d’être reconnus en tant que victimes de cet employeur malhonnête : maltraitance physique et psychologique, intimidation, des heures de travail incalculables, une quasi non rémunération. C’est pour ce dernier fait qu’une audience a lieu au tribunal des Prud’hommes de Châteauroux le 2 août après-midi. Un rassemblement est prévu sur place afin de soutenir ces quatre victimes de l’esclavage moderne.

Cagnotte de soutien financier