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Va-t-en-guerre

Trump sur le point d’intervenir militairement contre le Venezuela ?

Depuis son club de golf dans le New Jersey, flanqués de ses principaux secrétaires d’Etat, Donald Trump semblait assez clair, vendredi : « nous avons des troupes stationnées aux quatre coins du monde. Le Venezuela n’est pas si éloigné que ça. Les gens souffrent et sont en train de mourir. Nous avons plusieurs options, y compris une option militaire si nécessaire ».

Depuis, c’est une sorte de montagne-russe diplomatique qui a été enclenchée. En tournée en Amérique latine, Mike Pence, son vice-président, a été très clair sur les objectifs de Washington, tout en baissant d’un ton au niveau des menaces militaires : « Le président Trump m’a envoyé avec un message qui doit être clair pour toute l’Amérique latine. Les Etats-Unis ne vont pas rester les bras croisés alors que le Venezuela bascule dans le chaos. Le président Trump a plusieurs cartes en main, a poursuivi Pence, en conférence de presse, mardi, à Buenos Aires. Mais nous pensons qu’en augmentant la pression diplomatique et économique sur Maduro au niveau du continent mais également au niveau mondial, nous allons réussir à ce que la démocratie revienne par des moyens pacifiques ».

La Maison Blanche est consciente que l’option militaire ne saurait être soutenue y compris par ses plus proches alliés de la région. Même Mauricio Macri, que Pence a félicité pour sa victoire aux élections de dimanche dernier et pour « ses audacieux programmes de réformes [ultra-libérales] visant à transformer l’économie du pays et reconstruire sa réputation [après la crise de 2001] », s’y oppose. Le président argentin a jugé bon de préciser que Buenos Aires ne souhaitait pas une intervention militaire.

L’opposition vénézuélienne, elle aussi, est divisée, la fraction majoritaire de la MUD se retrouvant dans une situation inconfortable. Elle est appuyée par Trump, qui souffle le chaud et le froid, se retrouve dans une impasse politique car sa capacité de mobilisation s’est largement essoufflée, mais elle est obligée de prendre ses distances avec la menace d’intervention après l’avoir appelée de ses vœux, à mots plus ou moins couverts. Depuis son exil doré aux Etats-Unis, Ramón Muchacho, ex maire de Chacao, bastion de l’opposition dans l’Est de Caracas, a résumé la situation dans les termes suivants : il a regretté les déclarations de Trump qui, selon lui, « compromettraient les chances des gouvernements de la région a trouvé une solution » tout en jugeant qu’une intervention militaire pourrait être « inévitable ».

Après avoir annoncé leur soutien à Nicolás Maduro à la suite de « l’élection » de l’Assemble Nationale Constituante (ANC), la Russie et la Chine ont demandé à Washington de respecter la souveraineté du Venezuela. Téhéran, allié de Caracas, s’est dit prêt à soutenir Maduro qui s’est, quant à lui, rendu à La Havane, mardi. Raúl Castro et la bureaucratie cubaine essaient de jouer les médiateurs, mais c’est une mission compliquée compte-tenu du petit jeu auquel se livre Trump. Maduro, de son côté, continue à blinder son régime à travers une ANC qui se dote de pouvoirs spéciaux. Sa dernière manœuvre en date consiste à présenter une loi punissant de 25 ans de prison tout acte « d’incitation à la violence » qui vise tout aussi bien la droite pro-impérialiste que, potentiellement, tout mouvement social qui s’opposerait au régime chaviste. Le gouvernement a peiné à mobiliser contre les menaces proférées par Washington au-delà des cercles militants du PSUV, le parti au gouvernement.

Maduro a donc répondu aux menaces de Trump en promettant des manœuvres militaires sur l’ensemble du territoire pour le week-end prochain, même si le président se retrouve dans une situation de plus en plus compliquée. Il se trouve entre le marteau et l’enclume, à la fois vis-à-vis des gouvernements de droite latino-américains mais également face à ses anciens soutiens, à l’instar de Quito, d’où Lénin Moreno vient de le lâcher, mais aussi vis-à-vis des partisans de la ligne dure au sein de la bureaucratie chaviste à l’égard de qui il doit donner des gages. Au final, pour l’heure en tout cas, et tant que les menaces ne sont pas mises à exécution, son meilleur allié, c’est Trump. Le théâtre des tensions diplomatiques se poursuit, sur le dos des classes populaires vénézuéliennes.

[Crédit photo : Toronto Star]




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