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Turquie. Erdogan ordonne l’arrestation de 72 universitaires

En Turquie, les limogeages et arrestations sont désormais devenus monnaie courante après le putsch raté de juillet 2016. Hier, le gouvernement a ordonné l’arrestation de 72 universitaires.

Il y a près d’un an jour pour jour, un coup d’Etat se déroulait en Turquie, dans la nuit du 15 au 16 juillet 2016. Douze mois après, les pouvoirs de Recep Tayyip Erdogan se sont largement renforcés, dans un tournant autoritaire particulièrement violent. En effet, prétextant que le coup d’Etat ait été organisé par les partisans du prédicateur Fethullah Gülen, Erdogan et son gouvernement ont limogé près de 100 000 fonctionnaires et en ont arrêté 50 000 autres. Toute personne suspectée de soutenir Gülen ou de s’opposer au président a tout simplement une épée de Damoclès au dessus de la tête. Lundi dernier, la police turque a ordonné l’arrestation de 72 universitaires, des universités Bogazici et Medeniyet d’Istanbul. Parmi eux, Koray Caliskan, un enseignant de l’université Bogazici, qui a été auparavant conseiller pour Kemal Kiliçdaroglu, l’actuel dirigeant du parti laïque CHP (Parti Républicain du Peuple), le même qui a pris la tête de la « marche pour la justice », qui s’est déroulée dimanche entre Ankara et Istanbul, et qui s’est terminée dans un gigantesque rassemblement de plusieurs centaines de milliers de personnes, 2 millions selon les organisateurs. Ce « coup » de filet apparaît donc surtout comme un message d’avertissement aux opposants politiques qui oseraient défiler contre lui.

Cependant, il s’inscrit surtout dans une dynamique beaucoup plus importante contre toutes les voix discordantes en Turquie : après avoir refusé début juillet que des observateurs internationaux soient présents au procès de la députée Figen Yüksekdag, co-présidente du HDP, c’est la directrice d’Amnesty International Turquie qui a été arrêtée avec sept autres militants, accusés eux aussi d’être des sympathisants gülenistes… Un mois avant, le 7 juin, c’est le président d’Amnesty International Turquie, Taner Kiliç, qui avait été arrêté avec 22 de ses collègues. Mardi dernier, ce sont près de 105 personnes qui ont été visées par un mandat d’arrêt, lesquelles travaillaient dans le secteur des technologies et de l’information et qui communiquaient via l’application ByLock, que le gouvernement dit être utilisée par les fidèles de Gülen.

Cette envolée répressive ne s’arrêtera pas avec les plaintes timides des consulats occidentaux, ni avec les « observateurs » que l’Union Européenne essaye d’envoyer sans cesse. En réalité, seule la rue et la mobilisation populaire pourrait arrêter cette envolée répressive, et on voit à quel point la marche pour la justice fait peur au pouvoir. Ces manifestations de masses sont les seules à pouvoir, si elles se dotent d’un programme pour toute la population, y compris les minorités Kurdes aujourd’hui traquées par Erdogan, libérer les dizaines de milliers de prisonniers politiques et faire chuter Erdogan.




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