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Société

Violence policière, impunité policière

Un agriculteur abattu par la gendarmerie

Un agriculteur de Saône-et-Loire avait pris la fuite le 11 mai suite à un contrôle sanitaire. Il a été abattu par les gendarmes ce 20 mai à Sailly ; il faisait l'objet de recherche minutieuse.

© Fanny Borius

Ce paysan a été tué par des gendarmes qui le recherchaient suite à sa fuite le 11 mai après un contrôle sanitaire. La Direction départementale de la protection des populations (DDPP) est allée dans sa ferme, accompagnée des forces de l’ordre, suite à des contrôles répétés depuis quelques années et à différents contentieux. Mr Laronze, 37 ans, paysan, éleveurs de bovins, décide de foncer avec son tracteur vers la voiture des gendarmes puis prend la fuite, accablé par ces visites.

Il s’était confié au journal local le 18 mai, où il précise que foncer avec son tracteur est une manière de montrer la « colère du juste ». Il dénonce par ailleurs sa solitude en tant qu’agriculteur, il est célibataire et n’a pas d’enfants et se retrouve seul face aux difficultés financières et aux lourdeurs administratives. Il avait aussi affirmé ne pas vouloir se suicider et recherchait des moyens de pouvoir s’en sortir. Seulement les gendarmes en ont décidés autrement ce dimanche. Alors qu’ils le retrouvent, l’agriculteur décide de reprendre la fuite. Les gendarmes, qui ont par la suite déclaré s’être senti menacés, tirent plusieurs fois sur le paysan qui touché mortellement, avant que le Samu n’arrive et ne puisse rien faire d’autre que de constater le décès.

L’agriculteur était adhérent à la Confédération paysanne. Le syndicat dénonce dans un communiqué les méthodes employées face aux difficultés des agriculteurs, face à la détresse humaine et économique. Ne prenant pas en compte le désespoir des paysans, qui sont souvent seuls dans leurs exploitations et confrontés fréquemment à l’humiliation des contrôleurs qui peuvent les emmener à prendre des décisions terribles.

Les suicides des agriculteurs multipliés par trois en 2016

Dans le monde du travail, aucun secteur n’est épargné par les tentatives de suicides. Cependant l’agriculture connait un rebond de suicides qui a été multiplié par trois depuis 2016, à cause de la solitude de beaucoup de paysans qui doivent faire face à des règles strictes, sans accompagnement. Ils sont souvent dans une précarité importante avec un revenu très bas, fréquemment en dessous du seuil de pauvreté.

Par ailleurs, le nombre de situations où les forces de répression utilisent leurs armes pour répondre à un problème qui aurait dû être réglé autrement ne fait qu’augmenter. Les violences policières touchent maintenant le monde du travail et il est inacceptable que, face au désarroi de quiconque, la police puisse tuer impunément. Aujourd’hui les deux gendarmes en cause ont été mis en garde à vue, mais il est rare que des agents soient condamnés suite à des violences qu’ils ont commises, même si la procureur de Mâcon a par ailleurs annoncé l’ouverture d’une procédure pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner.

Bien sur on ne peut nier les difficultés que rencontrent les inspecteurs qui contrôlent les exploitations, et dont les conditions de travail deviennent de plus en plus compliqué face aux paysans désespérés – conduisant par exemple à la mort d’une conseillère, tuée en 2016 par un exploitant excédé. Mais les réponses apportées à tous les agriculteurs ne doivent pas se solder par une mort assurée donnée les forces de l’ordre. Ainsi il serait bon de repenser les politiques agricoles en imposant aux grands agriculteurs et aux entreprises multi-millionnaires dans l’alimentation de mieux financer par l’impôt les paysans et donc de mieux rémunérer leur travail et de socialiser la question alimentaire pour éviter que tous ces paysans qui se retrouvent face à des problèmes financiers soient rachetés par des grands groupes qui polluent trop souvent nos sols par leur utilisation de produits dangereux.