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Notre classe

Coup de gueule en gilet jaune

Une infirmière à Macron : « Viens t’allonger dans un lit d’hôpital et vois ce que c’est ! »

La vidéo de cette infirmière en gilet jaune, que nous avons interviewée samedi à la gare Saint-Lazare, a fait déjà près d’1,5 millions de vues sur Facebook. Un buzz lié à la situation alarmante de la santé publique décrite par des mots crus, témoignant d’une profonde inégalité dans l’accès aux soins comme dans la maltraitance des personnels de santé, cette injustice parmi tant d’autres que les gilets jaunes dénoncent depuis 5 semaines.

Révolution Permanente : Peux-tu nous dire pourquoi tu es mobilisée aujourd’hui ?

« Je suis juste là parce que normalement je m’occupe des gens et personne s’occupe des infirmières, mais quand il n’y aura plus d’infirmières pour s’occuper des gens, ça sera la fin et on y arrive lentement. Moi j’ai même décidé d’arrêter mon métier d’infirmière et ça me rend très malheureuse, ou alors je pense peut-être aller le faire dans un autre pays si les choses ne changent pas, c’est horrible. Là je manifeste aujourd’hui, mais si les choses ne changent pas, peut-être que j’irai faire mon métier ailleurs »

RP : Tu peux nous parler justement de la situation concrète de ton métier ?

« La situation concrète, c’est que d’abord on travaille dans des conditions affreuses et qu’on ne nous écoute pas, on ne nous entend pas, et puis que moi je travaille comme une folle, et à la fin du mois j’ai juste de quoi manger mais pas plus, pas partir en vacances, pas changer ma voiture si elle tombe en panne… je ne peux pas passer mes journées de 12 heures à m’occuper des gens et puis revenir travailler pour remplacer mes collègues absentes qui ont déjà craqué, et que personne ne s’occupe de nous, donc voilà… aujourd’hui je viens pour qu’on s’occupe de nous, pour que nous on puisse continuer à s’occuper des autres ».

RP : Vous êtes en train de nous dire que le gouvernement n’en n’a rien à faire de la santé publique ?

« Oui, en tous les cas pour ce que moi j’en vois dans les hôpitaux en France aujourd’hui, oui, ça je suis sûre de ça. Mais moi aujourd’hui je suis vraiment là pour dénoncer une situation qui a déjà atteint un niveau dramatique et je crois qu’après il y a un niveau catastrophique ».

RP : Pourtant Macron a versé sa petite larme pour les mères, les femmes qui étaient mobilisées depuis un mois, qu’est-ce que vous avez envie de lui répondre ?

« Et bien viens te faire soigner dans un hôpital public, entre par le service des urgences comme tout le monde, attend comme tout le monde, passe une journée dans mon service, où je suis parfois toute seule pour plus de vingt patients, sonne trois ou quatre fois et attends que j’aies le temps de venir m’occuper de toi Emmanuel, et puis rends-toi compte de la réalité des choses, mais pour de vrai, viens t’allonger dans un lit d’hôpital pour de vrai, sans privilèges et vois ce que c’est, voilà ! »

Propos recueillis par Flora Carpentier




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