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Politique

Non l'expulsion !

Université Paris 8 : la présidente Annick Allaigre annonce l’évacuation des exilés par la police à partir du 17 juin

Ils sont plus d'une centaine à occuper l'université Paris VIII à Saint-Denis depuis le 30 janvier. Tous exilé.e.s de leur pays d'origine d'où ils ont fui la guerre ou la misère. Et depuis leur arrivée en Europe et en France, ils n'ont le droit ni de circuler ni de se loger. Ainsi condamnés à galérer dans les rues de Paris, ils ont décidé avec des associations et groupes de soutien, d'occuper Paris VIII pour faire entendre leur voix. Leurs revendications sont simples : des papiers et des logements pour tous ! Mais il y a un peu plus d'une semaine, la présidente de l'université Annick Allaigre a fait savoir qu'elle ferait évacuer la fac par la police à partir du 17 juin.

L’occupation avait commencé avec un large mouvement de solidarité des étudiant.e.s et personnels de l’université, mais aussi des habitant.e.s du quartier et de soutiens venus de toute la région parisienne. Pourquoi ? Car en revendiquant un des logements pour tou.te.s et en s’opposant l’Europe forteresse et meurtrière, le tri entre « bons » et « mauvais » migrant.e.s, et la distinction entre migrant.e.s économique et migrant.e.s politique car « les problèmes économiques sont eux-mêmes des problèmes politiques », la lutte des exilé.e.s est entrée en résonance avec le quotidien d’une grande majorité d’habitant.e.s de Seine-Saint-Denis où la sélection sociale recale les jeunes aux portes de l’université et où le racisme d’état impose la répression policière aux sans-papiers. L’entrée de la fac avait ainsi été embellie d’une banderole « ni tri des migrant.e.s ni tri des étudiant.e.s » et de nombreux soutiens avaient permis de récolter matelas, couverture, nourriture, d’organiser des cours de français, des aides juridiques, ou des conférences politiques. Et cela malgré le positionnement d’une partie de la communauté universitaire contre l’occupation à l’image du syndicat de personnel UNSA, et des Conseils des UFR LLCR-LEA, Droit, Sciences du Langage, et Administration Économique et Sociale qui soutenaient « les mesures nécessaires au rétablissement dans les plus brefs délais du fonctionnement normal des services » dans un communiqué du 5 février, demandant implicitement l’intervention des forces de l’ordre sous des prétextes sécuritaires et rejetant avec un argument raciste la responsabilité de l’insalubrité des locaux de l’université sur les exilé.e.s, alors que celle-ci est avant tout dû aux attaques successives des gouvernements contre l’université publique.

L’actualité de la lutte contre la loi « pour une Immigration Maîtrisée, un Droit d’asile effectif et une Intégration réussie » qui a divisée jusque dans les rangs de la majorité parlementaire du gouvernement Macron-Philippe mais aussi le mouvement étudiant contre la sélection à l’université ainsi que la crainte d’une jonction avec la grève des cheminot.e.s sont autant d’éléments qui ont forcé le pouvoir à négocier par la voix de la présidente de l’Université Paris VIII Annick ALLAIGRE qui prétendait au départ « essayer de cerner au plus juste leurs attentes [celles de migrants], de faire preuve de toute l’humanité possible et nécessaire face à des personnes qui ont traversé de terribles épreuves » sous couvert de l’histoire de Paris VIII « justement nommée « Université-Monde », [ayant] depuis sa fondation une tradition d’hospitalité et de solidarité » (communiqué de presse du 2 et du 7 février 2018 disponibles sur le site internet de l’université). Mais après avoir promis des « avancées significatives » le 3 mai, elle a remis à la Préfecture de Police de Bobigny la liste de noms des exilé.e.s de Paris VIII en annonçant que non seulement il n’y aurait finalement satisfaction d’aucune des revendications, et surtout que les occupant.e.s devraient quitter l’université le 17 juin au plus tard et qu’elle se réserverait le droit de faire appel aux CRS si besoin, elle qui déclarait quatre mois plus tôt : « Je ne ferai appel aux forces de l’ordre que si les conditions d’enseignement étaient remises en cause, ou si les effectifs de migrants accueillis devenaient incompatibles avec les règlements, ou si le comportement des occupants mettait en cause le fonctionnement général du campus »... (Annick Allaigre présidente de l’université Paris VIII citée dans le figaro le 2 février 2018 « Des migrants occupent l’université Paris-8 de Saint-Denis »)

Puisqu’il n’y a pratiquement plus de cours et donc même plus le prétexte de l’usage des salles de cours pour justifier un tel ultimatum, Annick ALLAIGRE explique qu’il y a des travaux de rénovation à faire dans cette partie du bâtiment. C’est ce faux-argument que le Conseil d’Administration de l’Université utilise pour approuver une intervention policière. Quel.le.s étudiant.e.s voudraient étudier dans une fac bâtie sur la répression de ses camarades ? En agissant ainsi Annick ALLAIGRE et le Conseil d’Administration de l’Université se sont rendus complices d’un gouvernement qui laisse mourir des exilé.e.s dans la mer et dans la rue, qui enferme et déporte les rescapés. Complices en fournissant à la police un outil de coercition supplémentaire, une liste de noms des occupant.e.s sans-papiers que le préfet peut utiliser pour les envoyer soit vers le pays par lequel ils et elles sont entrés en Europe (en général Grèce, Espagne, Italie où la crise économique fait rage) soit vers des dictatures où ils risquent les camps de concentration, la torture, et la mort. Complices en menaçant de faire intervenir les CRS au sein de l’université, en livrant migrant.e.s et étudiant.e.s aux coups de matraque et aux gazs.

Alors que la fac de Paris VIII fête cette année son cinquantenaire cette année, elle qui est le fruit des luttes de 1968 dont la revendication d’une université émancipatrice ouvert.e.s à tou.te.s, les exilé.e.s et leurs soutiens étudiant.e.s, personnels, et extérieurs, ont décidé de rester et de mener la lutte jusqu’au bout malgré les menaces de répression policière, de ne pas céder tant qu’ils n’auront pas obtenu satisfaction à leur revendication de régularisation et de relogement pour tou.te.s.

Signez la Pétition NON A L’EVACUATION POLICIERE DES MIGRANT.E.S A PARIS 8




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