Jeunesse

L’ESR en démolition. 200 postes supprimés, et ce n’est qu’un début…

Université Paul Sabatier. Une préfiguration de l’avenir des universités françaises ?

Publié le 21 octobre 2016

Alors que le gouvernement promet 850 millions d’euros supplémentaires pour l’enseignement supérieur et la recherche (ESR), de plus en plus d’universités sont en grande difficulté financière. L’université Paul Sabatier, à Toulouse, ne fait pas exception, bien au contraire, accusant depuis plusieurs années un déficit d’environ 1,2 millions d’euros. Face à cette démolition réfléchie de l’ESR, préparée par les lois LRU et Fioraso, la résistance a commencé à s’organiser, et notamment par la filière F2SMH (Sciences du Sport et du Mouvement Humain), pour qui les conditions de travail et d’études sont devenues insupportables. Mais le mouvement qui sera victorieux reste à construire.

Rosa Potemkine


Un plan finement orchestré par la présidence

Afin d’éviter une mise sous tutelle de l’Université, présentée éhontément par la présidence comme la pire sortie de crise, le Président Vinel a fait passer en force son plan de redressement qui prévoit plus de 200 suppressions de postes afin d’économiser au moins 16 millions d’euros sur trois ans. Alors que de plus en plus d’heures d’enseignement sont tout bonnement supprimées, que les locaux sont dégradés, le Président choisit délibérément de rogner sur la masse salariale pour faire face à l’augmentation constante du nombre d’étudiants, occasionnant une pression permanente sur les personnel BIATSS qui, en sous-effectifs, se retrouvent isolés et surexploités afin de continuer à faire « tourner la boutique » tant bien que mal. Mais la « conscience professionnelle » de ces personnels administratifs, qui a bon dos pour la présidence, a des limites, et les nombreux arrêts de travail pour surmenage voire dépression en témoignent. D’autant plus qu’un récent rapport de l’IGAENR (Inspection générale de l’administration de l’Education nationale et de la Recherche) préconise non pas 16 millions d’euros d’économie pour retourner à l’équilibre financier mais bien 20. Les 200 supprimés postes ne sont donc qu’un début…

Une rentrée mouvementée…

Dans cette situation devenue intenable, les secrétaires de F2SMH sont entrées en grève en début d’année, ainsi que certains personnels de la FSI (Faculté des Sciences et de l’Ingénierie). N’ayant plus d’emplois du temps, les étudiants en sport et quelques-uns de leurs professeurs se sont joints à ce mouvement, revendiquant plus de moyens pour avoir des salles de cours décentes et surtout plus de personnels pour assurer la qualité des enseignements. Déjà soumis au régime du tirage au sort pour pouvoir être inscrits en F2SMH, les étudiants mais aussi les personnels vont être extrêmement impactés par ces coupes budgétaires, à l’instar des IUT de Castres et Auch, dépendants de Toulouse III. Si leurs revendications ont d’abord pris un tournant corporatiste notamment par les manœuvres de la Fage (qui cherche plus à isoler la lutte par la voie de la négociation) afin d’obtenir plus de moyens pour leur filière, le désengagement total de Vinel combiné à la perspective d’un plan qui va affecter toutes les composantes de l’Université ont finalement conduit les étudiants à s’efforcer d’élargir le mouvement.

A cette fin ils ont décidé jeudi 20 octobre au matin d’établir des barrages filtrants aux entrées de la faculté, bousculant les emplois du temps, afin d’interpeller les étudiants d’autres composantes (mathématiques, physique, biologie,… rattachées à la FSI) et les personnels sur les années difficiles qui s’annoncent. Des AG communes entre la filière F2SMH, les deux IUT et l’intersyndicale de la FSI très mobilisée depuis le début (CGT, Sud-Education, et, quoique plus discrète, l’Unef) ont essayé depuis le début de l’année universitaire de jeter les bases d’un mouvement qui devra s’élargir pour peser dans le rapport de force. Néanmoins beaucoup de travail reste à faire afin de convaincre encore plus d’étudiants de la nécessité de s’opposer à ce plan qui va faire du recours aux personnels enseignants précaires (vacataires, contractuels… payés au lance-pierre évidemment) une norme systématique et généralisée.

Les enseignants-chercheurs doivent se mettre massivement aux côtés de leurs collègues !

Une difficulté dans la situation tient à une certaine inertie chez un nombre encore trop important d’enseignants-chercheurs, avant tout chez les titulaires qui, entretenus par l’individualisme, le culte de l’excellence, autant qu’une conscience professionnelle plus ou moins déconnectée de la réalité, jouent de fait le jeu du repli sur soi sans se rendre compte jusqu’au bout de la violence de ces attaques contre leurs collègues aux statuts plus modestes – et évidemment ceux, de plus en plus nombreux, dont le statut est précarisé –, et des conditions d’études induites pour les étudiants. Cela s’exprime souvent au travers du fait qu’ils déplorent la dégradation des conditions d’étude et le manque de moyens, mais s’y résignent comme s’il s’agissait d’une fatalité et que toute action perturbant le « bon déroulement » de l’institution (grève, blocage) est une mauvaise stratégie, et qu’il ne faut pas « faire de politique ». Or c’est bien en faire, même inconsciemment : c’est laisser faire les choses telles qu’elles sont décidées « d’en-haut », sans voir, de surcroît, que la précarité croissante des autres les menace à terme tout autant. Quant à la minorité spécifique de ceux qui vont jusqu’à défendre bec et ongles des positions réactionnaires contre la lutte, stigmatisant celles et ceux qui la mènent, et prêts à tout du moment que leurs positions et leurs statuts restent intacts, ce sont des relais actifs de la politique de la présidence, et ils doivent être compris comme tels.

Par-delà Paul Sabatier, pour un résistance unitaire à l’échelle toulousaine !

La seule stratégie qui peut être victorieuse pour tout le monde, ce sera pourtant celle du rapport de force unitaire, personnels et étudiants de concert, comme la lutte des personnels de l’UFR de psychologie de l’université du Mirail a montré il y a peu que cela pouvait payer. C’est en s’appuyant sur ce genre d’exemple qu’on voit qu’un mouvement capable d’empêcher suffisamment le fonctionnement « normal » de tout ou partie de l’Université est possible. Et surtout vital, car ce fonctionnement, au final, est ce qui nous met sur un fil du rasoir permanent, brise les liens entre personnels, et entre ceux-ci et les étudiants, mettant les différentes composantes en concurrence pour grapiller des bouts de chandelle en termes de budget, à l’image des rapports entre universités que les contre-réformes successives de ces dernières années ont imposé.

Et la réalité du plan du président Vinel c’est qu’il n’est qu’un avant-goût d’une ambition plus large qui se situe sur ce plan : celui d’une fusion ou analogue des universités de la région afin de reconquérir l’Idex, et d’instituer régionalement une sélective fabrique à élites capable de « rayonner » coûte que coûte. Raison pour laquelle une intersyndicale de l’ESR toulousain va très probablement se tenir après les vacances de la Toussaint à propos de cette perspective de fusion, face à laquelle, plus largement, étudiants et travailleurs des universités toulousaines, devront lutter ensemble.

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