Société

"Vous m’étouffez !, Vous m’étouffez !"

[VIDEO] Interview de Katia LipovoÏ. Violemment réprimée par la police, la militante rétablit les faits

Publié le 22 février 2016

Propos recueillis par Amarielle d.

La vidéo de l’arrestation violente de Katia LipovoÏ a fait le tour du monde. Cette militante de 72 ans qui s’opposait à l’abattage des arbres de son quartier de Poitiers a tenu à revenir sur ce qui s’était réellement passé. Malgré la preuve vidéo visionnée des millions de fois démontrant clairement la répression policière, Katia va tout de même comparaitre pour « violence contre un agent dépositaire de l’autorité publique ». Dans cet entretien, elle nous livre ses réflexions et rétabli la vérité sur certains points.

Pouvez-vous nous expliquer ce qui s’est passé le Lundi 15 Février dans votre quartier de Beaulieu ?

On était une petite trentaine à manifester pour défendre les arbres. On voulait que le chantier s’arrête et discuter. Ils ont mis des barrières pour le protéger, et ont dit qu’ils ne faisaient que ramasser les branches tombées mais en réalité ils abattaient les arbres. Alors je me suis rapprochée d’une barrière et celle-ci est tombée sans que je ne m’y attende. A ce moment là, le chef de la police s’est jeté sur moi. Benoît sauvage, un membre du collectif, a commencé à me défendre mais il savait qu’il était en ligne de mire, comme il est syndiqué. Au moindre truc il se serait fait embarqué, peut-être même que c’est lui qui était visé. Je ne crois pas que la police m’ait reconnue mais on se pose des questions... C’est moi qui ai lancé la pétition, et lui étant membre d’un syndicat, il sait mener. On pourrait donc croire que nous étions visés. Mais dans notre collectif il n’y a pas de meneur, loin de là, on décide tout ensemble. Mais monsieur Claeys (le maire), en veut à Benoît Sauvage, il a même dit qu’il était « malsain ». Et les policiers n’ont pas été tendres avec moi ! Pourtant c’est eux qui m’ont accusé d’agression ! Je suis restée plus de cinq heures au commissariat et cela n’a pas été très agréable... Mais à ma sortie des habitants de Beaulieu m’attendaient encore !

Que s’est-il passé après votre arrestation ?

Peu de temps après, le maire a voulu me rencontrer. Nous y sommes donc allés avec des membres du collectif, mais il a bien dit que c’était moi qu’il voulait voir car il voulait ma version des faits. Il a commencé par me dire qu’il avait toute confiance en ces policiers, et puis que j’avais fait tomber la barrière, que j’étais tombée toute seule, ce qui est faux. Il nous a ensuite fait la morale, on se serait cru à l’école primaire : « la loi c’est loi, moi je la respecte, vous devez la respecter, la loi c’est la loi, tout le monde doit la respecter, la loi c’est la loi ».Puis il nous a répété sans arrêt : « 98 platanes d’abattus, 103 de replantés ». Mais nous on voulait déjà qu’ils replantent les 140 arbres déracinés l’année dernière et qui n’avaient jamais été remplacés. Selon l’expertise menée par Vienne Nature dans notre quartier, sur les 98 il y en avait 40 tout à fait sains et qui ne méritaient pas d’être abattus.
Mais, pour autant, la mairie n’a rien voulu entendre. Enfin, grâce à notre pétition, ils vont quand même en replanter une centaine alors qu’ils n’en avaient prévu que 37 au départ !

Depuis mon arrestation, la coupe des arbres n’a pas repris parce qu’avec les manifestations des agriculteurs il n’y a pas assez de policiers pour les gens dangereux que nous sommes !

Avec les autres retraités on voulait s’organiser pour prendre soin des arbres nous-même, mais la mairie ne veut pas changer ses habitudes. Un de mes voisins m’a raconté que durant la journée, les employés de la mairie lui avaient coupé sa haie, il est revenu du travail et il n’y avait plus rien ! Il a dit que c’était comme un viol, c’est peut être exagéré mais les arbres c’est important pour nous. Pour l’oxygène, la beauté, la biodiversité, les branches et les feuilles qui récoltent l’eau des fortes pluies, mais apparemment ici on ne s’y attache pas beaucoup.

Qu’est-ce que cette arrestation a changé pour vous ?

De m’être fait arrêté comme ça, ça me donne encore plus envie de mordre, parce que c’est une injustice. J’aurais pu être abattue mais ça m’a donné la pêche, envie de me battre, même si pour ces pauvres arbres je n’ai pas beaucoup d’espoir. Il faut rester en alerte dans le quartier. La semaine prochaine on organise une autre mobilisation. Nous voulons être associés à toutes les décisions et pas seulement celles qui concernent l’environnement même si dans ce domaine il y a beaucoup de choses à faire.

De plus, il y a un collectif qui va se monter pour me défendre parce que les policiers ont porté plainte. Ils m’ont dit que j’aurai une amende à payer.
Sur le procès verbal il est écrit que j’ai « résisté à une interpellation » alors que je n’ai pas résisté à une interpellation, j’ai pas été interpellée ! Notre but était simplement de sauver quelques arbres, une dizaine, une vingtaine. C’est légitime. Alors, il faut continuer de plus belle, planter plein d’arbres. Quand on veut on peut, mais, ici, la municipalité, l’environnement ce n’est pas son cheval de bataille et quand on fait la moindre revendication on devient suspect. Maintenant on n’a plus le droit de parler. Cette décision de couper les arbres a été prise il y a 3 ans et, ça, c’est l’argument pour que rien ne change...

Il y a des personnes qui m’ont conseillé de porter plainte moi aussi. A la police des polices. J’attends de voir avec l’avocat, car ce n’est pas sur que ça aboutisse. C’est vrai qu’ils se tiennent les coudes quand même !

Est-ce que vous trouvez que votre affaire a été traitée correctement ?

Ce qui m’énerve c’est qu’il y a des choses fausses qui ont été dites. Par exemple dans la Nouvelle République le Procureur a dit qu’il voulait : « éviter la propagation d’informations parcellaires ou inexactes » et m’a désigné en ces termes : « une femme porteuse de lunettes et vêtue d’un blouson » pour dire que j’avais bousculé d’avant en arrière la barrière pour la faire tomber et que j’étais tombée toute seule , alors que c’est la police qui m’a mise au sol !

Je crois que le maire, Alain Claeys, appartient au conseil d’administration de la Nouvelle République mais aussi de l’autre journal de la Vienne : Centre Presse. Et ce dernier a fait un article au contenu révoltant, dont le titre est « Les vérités des arbres de Beaulieu », rien que ça ! Ils y simplifient tout et orientent leurs propos. Et ils s’en prennent encore à Benoit Sauvage car qu’il est militant à Solidaires alors que dans cette histoire il est d’abord et avant tout un habitant de Beaulieu.

Cet article écrit aussi « Le conseil de quartier ne communique pas. FAUX » Mais, pour exemple jeudi il devait y avoir un conseil de quartier et celui-ci été annulé sans raison, ou plutôt si, car apparemment, les conditions du bien vivre ensemble n’étaient pas réunies...
Je sais bien qu’il y a des arbres à abattre parce qu’ils sont fragilisés, mais c’est surtout qu’il faut ramasser les feuilles... La mairie profite de ces abattages, pour certains nécessaires, pour en abattre plus et être « tranquille ». Puisqu’elle ne remplace pas le personnel, il n’y a plus assez d’employés pour assurer le travail.

Il faudrait qu’ils donnent une raison pour chaque arbre à abattre. Mais ils n’en donnent qu’une seule, et irréfutable : « c’est pour la sécurité des biens et des personnes », qu’est ce qu’on peut dire après ça ? Quand on veut abattre son chien on dit qu’il a la rage...

Tout ça c’est dommage parce que ça met une mauvaise ambiance entre les habitants, alors que s’il y avait eu un dialogue dès le départ entre ceux qui sont pour et ceux qui sont contre, on aurait pu trouver un terrain d’entente. Nous ne sommes pas stupides au point de ne pas comprendre que certains arbres doivent être abattus, mais d’autres ne pausent aucun problème.

Pensez-vous que la manière dont vous avez été arrêtée soit liée au fait que nous soyons en état d’urgence ?

Il semblerait que mon arrestation soit liée à l’atmosphère de ces derniers mois. Mais je pense aussi que ce genre de violence aurait pu se produire par le passé. Certain disent que la police est surmenée, mais est-ce une raison ? En fait je ne m’étais pas vraiment demandé si cet événement avait un lien avec l’état d’urgence.