Depuis le passage en force de la loi travail, les violences policières n’ont fait qu’augmenter. C’est le cas à Rennes ce samedi 14 mai, lorsque le préfet délégué à la sécurité et la défense de la zone Ouest déclare que, pour la manifestation contre les violences policières prévue le jour même, « des moyens exceptionnels » seront employés « avec la plus extrême fermeté ». Effectivement, il y a eu un CRS pour un manifestan-te, des gazages massifs, face à des centaines de manifestan-tes déterminé-es à être dans la rue malgré l’interdiction de cette manifestation. Plus largement, les manifestations sont violemment réprimées dans toute la France, et ce particulièrement depuis mardi 10 mai avec les discussions sur l’utilisation du 49.3. C’est dans ce contexte que le syndicat FO décide enfin de se positionner face à la répression.

Force ouvrière a longtemps omis de parler des violences lors de la mobilisation contre la loi travail, essentiellement tournées vers les cortèges lycéens et étudiants. En effet, ces violences sont le fruit d’une stratégie politique du gouvernement, celle de diviser les « bons » et « mauvais manifestants ». Plus que taire les violences policières et dénoncer cette stratégie de division, le syndicat se solidarise avec les policiers et de leurs conditions de travail : heures supplémentaires impayées, impossibilité de prendre des congés de récupération, c’est « un métier pas facile » pour reprendre les mots de Jean-Claude Mailly. C’est ainsi que ce dernier appelle même à la manifestation de ce mercredi 18 mai « contre la haine anti-flic », et assure que des militan-tes de FO y seront.

Jean-Claude Mailly défend les conditions de travail des policiers, autrement dit, les conditions dans lesquelles ils vont réprimer les manifestant-tes. On voit alors à quel point son discours est problématique, puisqu’il justifie en un sens les violences policières, renommées « débordements ». Mais la question n’est pas de savoir dans quel état est la personne sous l’uniforme, la vraie question est celle du rôle de la police : à quoi et à qui sert-elle ? La réponse, soutenue par la plupart des mouvements tels qu’étudiants et lycéens, est simple : elle permet au gouvernement d’essayer d’isoler le mouvement pendant qu’il fait passer ses lois en utilisant l’une des armes les plus anti-démocratiques de la Ve République, le 49.3, dans un déni total de démocratie. Car ces violences policières ne se résument pas à des « débordements », mais à une vraie volonté de l’État de briser le mouvement en cours.

Le syndicat FO joue un jeu dangereux sur la question de la violence. Non seulement il nie les violences policières, mais dénonce la présence de « casseurs » parmi les manifestan-tes. « On a toujours dénoncé les casseurs », dit Jean-Claude Mailly dans cette même émission de radio. La présence des « casseurs » a notamment été « dénoncée » le jour de la manifestation du jeudi 12 mai, lorsque ces « casseurs » s’en sont pris aux membres du service d’ordre du cortège intersyndical. La colère de nombreu-ses manifestan-tes était bien réelle, mais parce que le cortège intersyndical avait lui-même négocié avec la police de la manière dont la manifestation allait avancer. Par ce type de discours, FO ne fait que renforcer le mythe du « casseur », figure créée par le gouvernement pour décrédibiliserle mouvement. S’ajoute à cela sa proposition de faire un référendum sur la loi travail, le syndicat mène aujourd’hui une politique qui sème trouble au sein de la mobilisation.