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Politique

Impuissance écologique

Convention Citoyenne sur le climat : la nouvelle mascarade du gouvernement

Vendredi 4 octobre commençait la Convention Citoyenne pour le climat. Après le Grand Débat national du printemps, Macron avait promis de faire un Acte II, sur deux questions sensibles : l'écologie et les retraites. Sous ses airs d’instance démocratique progressiste, cette convention n’est qu’un moyen de gagner du temps et de diluer la colère.

vendredi 18 octobre

Les débats permanents : la nouvelle lubie d’un gouvernement débordé

La crise ouverte par la colère des gilets jaunes, celle qui a fait vaciller le pouvoir, a poussé Macron à prendre des dispositions. Pour tenter de calmer la colère, toute une communication avait été lancée autour d’un Grand Débat National, fortement méprisé par les Gilets Jaunes. Sous couvert d’une volonté d’écouter les citoyens et leur volonté, le Grand Débat n’était qu’une mascarade, une tentative d’extinction de la mobilisation. Cette pratique, Macron la renouvelle plus que jamais en cette rentrée. A la fin du grand débat, il avait annoncé le 25 avril dernier vouloir un « Grand débat II » autour de la question de l’écologie et des retraites. Ces deux sujets font en effet l’objet de mobilisations fortes qui promettent d’être explosives si le gouvernement ne tente pas une canalisation. C’est ainsi que s’ouvre la séquence de la Convention Citoyenne du Climat, dont le projet est mené par le CESE (Conseil économique social et environnemental) ; mais aussi celle du débat sur la réforme des retraites en place depuis peu.

Tout semble se résoudre par des débats anesthésiants et la répression sous l’ère Macron : le débat actuel sur la réforme des retraites et le Grenelle de Marlène Schiappa en sont des parfaits exemples. Face à une hausse des violences faites aux femmes, mais aussi de leur colère, Schiappa met en place un Grenelle, une instance de débat pour discuter et prendre des « mesures ». Le Grenelle comme la Convention Citoyenne du Climat, ne sont que des tentatives d’étouffer la colère quand il n’y a plus d’autres moyens.

Convention Citoyenne pour le Climat : un débat de façade où tout est joué d’avance

Ainsi la Convention Citoyenne pour le Climat qui a commencé le 4 octobre. Applaudie par quelque-uns, boudés par beaucoup, elle n’est en rien une avancée démocratique. Le comité de gouvernance est composé de plusieurs membres du gouvernement, mais aussi de l’ancien conseiller de François de Rugy, Catherine Tissot-Colle, une membre du Medef, Augustin de Romanet, le PDG des aéroports de Paris… D’ores et déjà le cadre est envahi par des copains de Macron. Les organisateurs à l’origine de l’idée sont les « les Gilets Citoyens » (un intitulé méprisant pour les gilets jaunes, comme s’il y avait d’un côté les bons citoyens qui dialoguent avec le gouvernement ; et de l’autre les mauvais citoyens qui ne savent pas se tenir). Le collectif est d’ailleurs accusé de trahison après avoir tenté de récupérer le mouvement des gilets jaunes. Parmi les organisateurs on trouve aussi Priscilla Ludowski, une figure gilets jaunes qui flirte maintenant avec la politique de Macron. Quand les « gilets citoyens » ont proposé au gouvernement un débat citoyen participatif, il n’a évidemment pas hésité une seule seconde à sauter sur cette occasion de récupération politique et de bonne publicité.

Vendredi 4 octobre, s’ouvrait alors la première journée de cet exercice politique. Au Palais Iéna dans le 16ème arrondissement de Paris, se réunissaient 150 « citoyens » tirés au sort parmi 250 000 personnes. Ces gens ont été choisis afin de reproduire une « France en miniature supposée représenter tous les grands équilibres de la société1 : diversité de genre (52 % de femmes, 48 % d’hommes), diversité générationnelle (6 tranches d’âge à partir de 16 ans), diversités socio-professionnelles (ouvriers, employés, cadres, agriculteurs, personnes en situation de grande pauvreté), diversité géographique (France métropolitaine et territoires d’outre-mer) et enfin diversité territoriale (villes, banlieues et monde rural). ». Le gouvernement semble très fier de cette diversité sociale, brandissant ces chiffres comme un effort démocratique fou. Ainsi, la CCC met en place plusieurs éléments pour donner l’illusion d’un acte neutre et inédit de démocratie participative. La Convention reçoit en effet une douzaine d’intervenants, les « formateurs » ou les « experts ». Eux aussi sont censés venir d’horizons divers et variés, afin de guider et aider les citoyens dans leur choix. Derrière cette façade se cache en vérité un comité de gouvernance et des intervenants plutôt macron-compatibles. Ils sont d’ailleurs clairement chargés de diriger les débats, pensés au préalable au service du gouvernement . Le co-président de la Convention, Thierry Pech, a bien résumé à quel point les citoyens seront limités : « On va demander aux citoyens non pas de produire du savoir ou de l’expertise, mais des jugements sur des situations et des propositions faites par des grands témoins. Ils vont devoir arbitrer et trouver le bon chemin pour accélérer la transition écologique ». Le fabuleux exercice démocratique que la Convention promet semble compromis.

Voici rapidement comment s’est déroulé le premier week-end. Edouard Philippe, qui ne devait pourtant pas intervenir, ouvre la première journée de la Convention par un discours grandiloquent. Ensuite, les experts -choisis à l’avance donc, ont exposé un état des lieux de l’urgence climatique, mais aussi une liste des « bonnes actions » menées en France autour de l’écologie. La propagande bourgeoise s’invite avant même qu’un débat ait eu lieu. Parmi ces intervenants, se trouvent Augustin de Romanet, PDG des Aéroports de Paris, la ministre de la Transition écologique ou encore l’ancien conseiller de François de Rugy. Le débat est déjà totalement coopté par les institutions bourgeoises. Après le plénier, les tirés au sort se sont divisés en 5 groupes de travail autour de : Travailler, se nourrir, se loger, se déplacer, produire et consommer ». Le contenu même des débats est précisément défini à l’avance. Inviter 150 personnes n’est qu’un pantin agité pour appliquer des décisions déjà prévues.

En effet, l’objectif de cette Convention est formulé d’une clarté limpide par le gouvernement : en janvier, lors de délibérations, il faudra proposer des mesures concrètes pour « Réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 % d’ici la fin de la prochaine décennie, le tout dans un esprit de justice sociale ». Aucune marge de manœuvre possible, un objectif un seul, insuffisant qui plus est. Voilà une manière étrange de faire de la démocratie.

Manœuvres gouvernementales et récupération politique

Le contexte est brûlant. Greta Thunberg et les manifestations pour le climat font beaucoup de bruit. L’affaire Lubrizol a éclipsé la mort de Chirac, et donne du fil à retordre au gouvernement qui gère cette crise avec une grande maladresse. Cette gestion de crise par le silence fait tache dans la politique verte de Macron. Totalement décrédibilisée, on sent que la macronie plus que jamais a besoin de se refaire une beauté avec cette Convention Citoyenne pour le Climat. Mais pas au prix de concessions. Un « exercice de démocratie participative », noyé par le gouvernement, dont les objectifs et les sujets de discussions sont déjà établis… La tentative n’est pas crédible. D’un côté, Macron promet que chaque proposition sera soumise "sans filtre, soit au vote du Parlement, soit à référendum, soit (à) application réglementaire directe" ; de l’autre, Edouard Philippe introduit la Convention par « "Je ne peux pas vous promettre que toutes vos propositions vont être appliquées, je vous mentirais si je vous disais ça". L’ironie est à son comble.

Dans le même sens, quand le média Reporterre leur demande s’il sera possible d’aborder des cas d’étude précis, comme l’abandon de l’urbanisation des terres fertiles du triangle de Gonesse ou la fin de certains grands projets inutiles, ils en doutent. Leurs réponses restent prudentes. « Peut-être, mais ce n’est pas prévu », « J’aimerais bien, mais on n’y avait pas pensé », « ça risque d’être compliqué, on a peu de temps ». Pareil pour l’impôt de solidarité sur la fortune : Sophie Guillain, directrice de Res publica, ne voit pas le lien. « Pourquoi l’ISF ? Vous pensez que l’ISF peut faire baisser les émissions de CO2 ? On aura sûrement plus de débats autour de la taxe carbone », répond-elle à Reporterre.

Clairement, le gouvernement cherche des prétextes pour gagner du temps, ne pas agir, tout en ayant l’air d’agir. Mais ce n’est pas qu’un moyen de gagner du temps. C’est aussi un moyen d’instrumentaliser les débats, et de relancer celui notamment sur la taxe carbone, avec l’idée à terme de la faire passer, en agitant l’excuse d’une décision démocratique. Le gouvernement ne s’en cache pas. Emmanuelle Wargon, secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique, déclarait au micro d’Europe 1 que « la Convention citoyenne se penchera sur la question de la taxe carbone. On a échoué à l’expliquer et à convaincre dans la période précédente. C’est pour cela que nous avons arrêté son augmentation en 2019 et en 2020. Si on veut reprendre, il faut commencer par un débat citoyen ». Comble de l’hypocrisie, Edouard Philippe a rappelé que quoiqu’il arrive « les mesures doivent être financées par de la dette, des impôts, ou des économies ». Autrement dit, sur l’argent des plus pauvres. Voilà comment le gouvernement se sert de l’émoi autour de l’urgence écologique pour justifier une précarisation toujours plus forte, qui passe par la très controversée réforme des retraites. Comme s’il n’y avait pas d’argent ailleurs.

Par ailleurs, Macron a tout intérêt à récupérer un électorat vert. L’inquiétude climatique ambiante transforme la tournure du paysage électoral. Pour la première fois les partis verts font de l’ombre au gouvernement français. Macron, qui jusque-là voyait le risque seulement vers sa droite, commence à comprendre qu’il doit capitaliser sur les questions d’écologie avant de se faire devancer par Yannick Jadot, ou encore l’alliance PS-EELV. Le gouvernement joue aussi un coup de poker dans le contexte où Extinction Rébellion entreprend des actions fortes et impactantes, mais dont la non-violence permet encore de coopter le mouvement en instaurant des débats d’apparats.

L’impossible capitalisme vert

La volonté de Macron d’opérer une transition écologique est d’une part évidemment insuffisant, mais surtout totalement hypocrite. La politique de Macron est incompatible avec les impératifs écologiques. Lui, qui prône une « écologie du quotidien », celles des petits pas qui ne mènent nulle part ; ne risque pas de prôner une écologie radicale et anti-capitaliste. La seule chose qu’il peut faire c’est donner des perspectives lointaines, proposer des mesurettes en guise de miettes. Sa politique ultra-libérale et élitiste ne peut pas lui permette de penser l’écologie autrement qu’à travers le capitalisme. Il en est de même, pour tous les autres gouvernements, qui se mettent « au vert », tout en participant activement à la destruction de la planète.

En effet, n’oublions pas que 10 % des plus riches émettent huit fois plus de gaz à effet de serre que les 10 % les plus pauvres. Pour continuer dans les chiffres, les grandes entreprises sont responsables à plus de 70 % des émissions de gaz à effet de serre. C’est pour cela qu’un capitalisme vert est impossible, et une transition écologique est un projet hypocrite. Nous ne sommes pas coupables de la catastrophe climatique. La course au profit du capitalisme l’est. La solution n’est pas de changer notre consommation ou nos habitudes de vie, mais bien de se tourner vers la production : les grands pollueurs.

Dans un contexte où les forêts brûlent et où les inquiétudes montent, les grands capitalistes ne peuvent plus porter d’œillères. Ils s’attellent alors à la réflexion écologique tentant tant bien que mal de rendre compatibles exploitations de la nature et protection de la nature. Pour eux il n’y a qu’une solution capitaliste à la crise. Comme le rappelle Razmig Keucheyan, le capitalisme n’est pas seulement capable de s’adapter à la crise écologique, il est aussi capable d’en tirer profit.

Notre rôle en tant que révolutionnaires, et d’empêcher cette cooptation des mouvements écologiques par les gouvernements, et en lien avec le mouvement ouvrier, de tirer les leçons de ces dernières années pour donner des perspectives véritablement convaincantes sur le terrain de la lutte des classes aux aspirations écologiques. Comme la crise écologique ne s’arrête pas aux frontières de la France, la lutte ne doit pas l’être non plus. L’internationalisme et la solidarité internationale est nécessaire pour vaincre la catastrophe engendrée par le capitalisme.

Que ça soit sur les questions de violences faites aux femmes, de retraites, ou encore d’écologie, ne nous faisons pas d’illusions sur les propositions institutionnelles. Pour une victoire possible, s’organiser en indépendance de l’État s’impose comme une nécessité.

Si vous souhaitez en savoir plus et vous organiser, nous vous invitons à lire notre Déclaration Internationale : Le capitalisme détruit la planète, détruisons le capitalisme..

Crédits-photo : afp.com/LOIC VENANCE




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