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Débats

A propos de la presse de droite hexagonale et de la guerre civile

Crise grecque. Il y a parfois des baffes qui se perdent

Alors que la presse internationale relaye, en grande majorité, les préoccupations des décideurs économiques et politiques au sujet d’un possible Grexit désordonné, alors que la presse hexagonale suit de près, en général, la position de Hollande qui n’est pas favorable à pousser la Grèce hors de la zone euro, L’Opinion, feuille de droite s’il en est, a voulu trancher dans son édition du 30 juin, relayant quasiment les appels d’une bonne partie de la gauche radicale à voter « oxi ! » : « pourvu qu’ils votent ‘non’ », écrit Nicolas Beytout.

mardi 30 juin 2015

Qu’on ne se trompe pas. Les intentions de Beytout sont tout autres, mais indiquent, en même temps, le haut niveau de nervosité d’une fraction de la bourgeoisie, lorsqu’elle tente de réfléchir calmement, et pas sous le coup de l’émotion et d’une idéologie anti-gauche primaire.

« Pourvu que les Grecs, écrit Beytout, dans l’édito, donnent aux autres pays européens les moyens d’en finir et de se débarrasser de ce fardeau impossible : sauver la Grèce malgré elle, la supplier de bien vouloir accepter notre solidarité ». On remarquera le recours inconscient au lexique de l’homicide et eugéniste de la droite, puisqu’elle veut « en finir » et se « débarrasser », comme s’il s’agissait d’un corps mort dont il faudrait se défaire.

Pour ce qui est de la solidarité, Beytout n’a pas peur des mots. Depuis 2009, la Grèce, qui a connu quatre gouvernements dont un, celui de Georges Papandréou, a quasiment été poussé vers la sortie par la Troïka lorsqu’il a eu l’outrecuidance d’évoquer la convocation d’un référendum, a subi huit plans d’austérité et deux plans de sauvetage, avec les résultats que l’on sait. Et l’on voudrait que les travailleurs, les classes populaires et la jeunesse grecs soient reconnaissants ?

Piqué au vif par la « mauvaise éducation » de Tsipras et de son ministre de l’Economie, Yanis Varoufakis, qui n’a jamais été rien d’autre qu’une succession de coups de bluff, comme si le poker suffisait à contrer le rouleau-compresseur du FMI, de la Commission Européenne et de la BCE, Beytout appelle Christine Lagarde, Jean-Claude Junker et Mario Draghi à ne pas « se laisser une nouvelle fois rouler dans [les] promesses de Tsipras ». Là aussi, on croirait rêver. Ce n’est pas l’UE qui nous avait promis d’être un pays de prospérité et d’harmonie ?

Lorsqu’il récupère ses esprits, Beytout tente, tout de même, une interrogation très légitime, à laquelle il ne sait répondre et qui démontre la situation inextricable dans laquelle les deux camps en présence se trouvent : « quel risque y aurait-il pour chacun au départ du plus malade d’entre nous ». Il y a des claques qui se perdent.

Le philosophe et économiste post-marxiste Franco « Bifo » Befardi (qui, dans un accès de lucidité, revient à quelques fondamentaux du bon vieux Karl) dit dans un billet daté de lundi intitulé « Un coup d’Etat en Grèce » que « la conclusion la plus réaliste à toute cette affaire c’est la guerre. Et la guerre civile est le scénario le plus visible, pas seulement aux frontières Sud de l’Europe où des corps flottent dans la mer, aux frontières Est du continent où Poutine est en train de déployer quarante missiles nucléaires nouvelle génération, mais aussi à la frontière italo-française, dans la gare de Milan, dans des centaines de villes européennes où la haine nationaliste s’organise. Se préparer à la guerre, donc. Voilà la seule suggestion. Mais c’est là où la question la plus compliquée émerge : comment actualiser le vieil appel à transformer la guerre impérialiste en guerre civile révolutionnaire ? ». Pour cela, il faudra plus que quelques paires de claques. Mais la brèche qui s’est ouverte en Grèce, avec les mobilisations populaires qui refusent le diktat de la Troïka sans être pour autant un « oui » à « l’austérité bis », « de gauche », « arrondie aux angles » ou « renégociée » de Tsipras et Varoufakis, nous fait espérer.




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