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Politique

Impunité policière

De nouveaux messages racistes et insultants fuitent d’un groupe Facebook de policiers

Le journal Streetpress vient de révéler une enquête sur le groupe Facebook « TN Rabiot Police Officiel ». Celui-ci rassemble des policiers qui partagent des propos racistes, notamment à l'encontre du journaliste Taha Bouhafs et des migrants. Ils y font également l’apologie des violences policières et se moquent de celles subies par le producteur Michel et le gilet jaune Jérome Rodrigues.

vendredi 4 décembre 2020

En juin 2020, le journaliste de StreetPress Ronan Maël, a infiltré le groupe Facebook privé « TN Rabiot Police Officiel ». Celui-ci a été créé le 8 décembre 2015 et rassemble des milliers de policier.e.s et de gendarmes quotidiennement actives et actifs sur la page.

Dans son article, Ronan Maël met en lumière le contenu raciste, sexiste et complotiste des échanges entre les utilisateur.ices. Ce que dévoile l’article a eu assez d’impact pour que le Ministre de l’Intérieur de l’époque, Christophe Castaner, soit contraint de convoquer le parquet afin d’ouvrir une enquête pour « injure publique à caractère raciste » et « provocation publique à la haine raciale ». L’enquête est encore en cours à ce jour et n’a eu aucun effet dissuasif car, comme le stipule Ronan Maël, le groupe n’a perdu que 1000 membres alors qu’il en comptait 8000.

De plus, « le 20 octobre dernier, l’une des administratrices, Isabelle Biland-Perennes – présidente du Clip, une association de soutien aux forces de l’ordre – se réjouit de la bonne santé du groupe : les demandes « d’adhésions explosent », près de 4.500 en attente, dit-elle. »

Jouissant donc encore d’une immense impunité, ce groupe des policiers partage de façon décomplexée des propos violents, allant jusqu’à l’apologie du meurtre. Ceux-ci ont des conséquences nombreuses et néfastes. En effet, le journaliste de Là-bas si j’y suis, Taha Bouhafs, est victime de cyber-harcèlement quotidien caractérisé par des propos tels que : « On continue à accepter ce genre de crétin sur notre sol ou on le catapulte de l’autre côté de la Méditerranée ? Moi, je dis retour à l’envoyeur ! Ça suffit ! » ; « Grosse merde ! Plus aucune aide sociale et retour au bled !! ». Ce dernier explique à StreetPress : « Je n’ai plus l’énergie de lutter contre les insultes. Pour ma santé mentale, c’est impossible de lire et de signaler ».

Taha Bouhafs n’est pas le seul à subir ces déferlements de haine. Jérome Rodrigues, militant du mouvement Gilets Jaunes et éborgné par la police, est la cible de centaines de commentaires et de posts dégradants à propos de sa situation de handicap : « Je pense qu’avec l’œil le cerveau qui se trouvait derrière a aussi été gravement endommagé » ; « J’ai l’impression qu’il louche », « Il voit cette loi d’un mauvais œil » ; « On peut dire que c’est un borgnoule ? ».

Tout comme Taha Bouhafs, le gilet jaune alerte sur l’état de sa santé mentale : « C’est le plus dur à vivre, c’est pire que de perdre un œil. Cette cabale sur Internet, ça me détruit. » Cette concentration autour de certaines figures pose un cadre où peut s’échauffer un discours raciste et islamophobe général visant toutes les personnes racisées et musulmanes ou assimilées comme telles. C’est ainsi que, suite à la violente expulsion à République du camp d’environ 500 migrant.e.s, un policier exercant à Paris commente sur le groupe : « Il fallait d’abord (…) verbaliser toutes ces petites merdes puis procéder à l’expulsion de nos chères valeurs ajoutées pour la France ». De plus, suite à un post évoquant une manifestation de ressortissants de la communauté turque en France, un brigadier-chef de la police municipale de Marseille poste « feu à volonté » quand un autre propose de lancer une grenade.

Ces exemples ne peuvent être quantifiés et donc tous dénoncés. Cela prouve la prégnance de ce qui n’est autre que le symptôme du racisme systémique sur lequel repose l’entièreté de l’institution policière française.

En effet, au-delà du fait que ce groupe Facebook est loin de rassembler une minorité d’individu.es, il bénéficie d’un soutien important des syndicats de police comme par exemple, Alliance. Il bénéficie également d’une totale impunité de la part de la justice française qui laisse traîner l’affaire et ne condamne en réalité, aucun propos. Les nombreuses mutilations en France des militant.e.s Gilets Jaunes mais aussi, l’assassinat de George Floyd le 25 mai 2020 à Minneapolis qui a déclenché le mouvement Black Lives Matter, ont mis en lumière la banalité et l’ampleur des violences policières.

Actuellement, une partie de la population se rassemble afin de lutter pour le retrait total de la loi Sécurité Globale. Cette loi qui articule un appareillage autoritaire répressif dans un contexte islamophobe de l’Etat s’inscrit sur une ligne historique. Les révoltes de 2005 dans les quartiers populaires ont posé les bases d’une contestation visant l’institution policière en elle-même, coupable de violences quotidiennes dans les banlieues.

Ce mouvement a émergé suite à deux événements majeurs : la mort des adolescents Zyed Benna et Bouna Traoré électrocutés dans l’enceinte d’un poste électrique alors qu’ils cherchaient à échapper à un contrôle de police et ; le lancement d’une grenade lacrymogène trois jours plus tard à l’entrée de la mosquée Bilal par des forces de l’ordre. Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, affirmait que [70 à 80% des 4500 personnes placées en garde à vue avant ou après les émeutes pour leur participation présumée avaient « des antécédents judiciaires », malgré le démenti de l’institution judiciaire.. D’après Nicolas Sarkozy les émeutes traduisaient « la volonté de ceux qui ont fait de la délinquance leur activité principale de résister à l’ambition de la République de réinstaurer son ordre, celui de ses lois, dans le territoire ». Quinze ans après, c’est cette même rhétorique sécuritaire et Républicaine qui est orchestrée par l’État afin de justifier les abus d’un système policier qui sévit en toute impunité.

Le groupe Facebook TN Rabiot démontre que ce qui est trop souvent qualifié par les médias de « bavure » n’est pas le fait de quelques « brebis galeuses » minoritaires qu’il faudrait évincer. Les propos publiés sur cette page démontrent le caractère structurel des violences et du racisme de la police, c’est pourquoi nous devons continuer d’exiger le retrait total de la loi Sécurité Globale. Il s’agit également de voir au-delà de cette loi pour remettre en question un institution policière au service des classes dominantes.




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