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Le PSOE l'emporte

Elections dans l’Etat Espagnol : la crise de gouvernabilité persiste, l’extrême droite troisième force politique

Le parti socialiste gagne les élections à l’État Espagnol avec 28% mais la crise du régime persiste. Suite à l’incapacité de former un gouvernement après les élections d’avril dernier, le secrétaire général du PSOE Pedro Sanchez, convoque des nouvelles élections, mais les résultats de dimanche dernier n’ont pas amélioré la situation et la crise du Régime est loin d’être résolue.

mardi 12 novembre

La crise de gouvernabilité reste ouverte depuis avril 2019

Le pari fait par Pedro Sanchez pour régler la crise de gouvernabilité appelant à des nouvelles élections n’a pas eu les résultats escomptés. Sa victoire ne permet pas d’améliorer ses résultats lors des dernières élections et aucune coalition n’est possible sans devoir faire appel au soutien des partis indépendantistes catalans, chose qu’il voulait à tout prix éviter.

Mais le changement le plus important par rapport aux dernières élections est sans doute la montée de l’extrême droite : le parti VOX a plus que doublé ses résultats et compte 57 députés et devient la première force dans plusieurs provinces. VOX est en train de gagner la course pour l’hégémonie dans la droite. La montée de l’extrême droite et de l’influence de ses discours xénophobes, misogynes et patriotiques, s’accompagne de la radicalisation à droite des discours de PP, de Ciudadanos (droite libérale, comparable à la République en marche) mais aussi du PSOE, notamment dans ce qui concerne les questions de l’indépendance en Catalogne et l’immigration.

La droite traditionnelle, représentée par PP, récupère son recul par rapport aux dernières élections et se positionne comme deuxième force politique avec 87 députés. La droite libérale de Ciudadanos, plus au “centre”, a souffert une chute sans précédent, passant de 57 à 10 députés, ceci étant une conséquence directe du renforcement des discours à droite et de la montée de l’extrême droite qui exclut toute influence des partis plus à tendance plus “floue” ou combiné.

La gauche de Unidas Podemos affirmait que la seule solution pour freiner la montée de l’extrême droite était celle de faire un gouvernement d’alliance avec le PSOE. En ignorant, à nouveau, le fait que ce qui a le plus permis d’augmenter l’influence de VOX, ce sont les politiques répressives et les discours de plus en plus à droite portées par les principaux partis et notamment par le PSOE.

Unidas Podemos, qui se nomme “la gauche du changement”, a encore vu ses résultats chuter, mais sa volonté pour faire un accord avec le PSOE reste intacte. Pablo Iglesias, à la tête de la gauche réformiste, a déjà offert ces 38 députés au PSOE. Unidas Podemos veut faire un gouvernement avec le parti de l’IBEX35 (CAC 40 espagnol), le parti des politiques d’austérité qui ouvrent le chemin aux discours de la droite populiste, le parti de la répression en Catalogne, le parti de la stabilité de la monarchie et de la tranquillité de la bourgeoisie. Le seul gouvernement possible, et sur lequel la majorité de l’establishment va parier, est celui formé par PSOE, Unidas Podemos (avec Más País, scission plus à droite de UP) et plusieurs partis nationalistes, en excluant Esquerra Republicana (gauche indépendantiste catalane) et Junts per Cat (droite indépendantiste catalane). Le scénario final des élections n’est pas encore défini. Mais ce qui est sûre c’est qu’avec le gouvernement final, formé par des dizaines de formations politiques, qu’avec la nouvelle crise économique qui approche, ainsi qu’avec la crise catalane ouverte, la stabilité rêvée par Sánchez et par le patronat espagnol n’est en aucun cas garantie.

Face à la persistance de la crise du régime espagnol, quelle gauche est nécessaire ?

La principale brèche de la crise du Régime reste encore ouverte : le conflit catalan est loin d’être résolu. La baisse de la participation électorale baisse de 5 points au niveau national mais en Catalogne, le nombre de votes n’a pas changé et les indépendantistes catalans se trouvent avec 23 députés : 13 de la gauche réformiste ERC, 8 de droite et la CUP, parti d’extrême gauche soutenu par nos camarades de la CRT (Courant révolutionnaire des travailleurs) qui animent notre journal frère Izquiedadiario.es, fait son entrée dans le parlement avec 2 députés. La CUP, critique ouvertement le gouvernement de PSOE et son rôle répressif en Catalogne et s’oppose à la logique du “moindre mal” de Unidas Podemos de faire un gouvernement avec le PSOE. Ce résultat prouve que, malgré les nombreuses contestations qu’on a pu voir les dernières semaines dans les rues catalanes, et malgré la répression, les aspirations démocratiques des catalans restent vivantes. Au Pays Basque et en Galice, les forces nationalistes augmentent également, ce qui montre que l’offensive de la monarchie et du PSOE pour recentraliser l’État va trouver de nombreux obstacles et va provoquer des nouveaux épisodes de crises dans l’ensemble de l’État.

L’agenda autoritaire et centralisatrice du prochain gouvernement du PSOE, doit s’ajouter à son agenda d’austérité. Les contre-réformes (réforme des retraites, nouvelles lois du travail plus précaires, etc) exigés par le patronat et par l’UE, en vue d’une nouvelle crise économique, vont s’accélérer dans la prochaine période. Si certains pensent qu’un accord avec Unidas Podemos et Más País vont modifier cet agenda, il lui suffit d’aller observer ces référents internationaux et les résultats de leurs promesses : de Tsipras en Grèce à Lenin Moreno en Équateur. En époque de crise ou de récession, les partis néoréformistes ou les populismes de gauche vont toujours appliquer les mêmes plans que la Troika ou que le FMI.

Le gouvernement à venir en Espagne, indépendamment de la forme concrète qu’il va prendre à la fin, va continuer à être le garant et l’avocat des grande multinationales espagnoles à l’étranger et soutiendra ainsi, directement ou indirectement, les gouvernements réactionnaires de Piñera au Chili, ou des coups d’état comme celui de Guaidó au Venezuela ou celui en cours en Bolivie.

La gauche nécessaire à l’État Espagnol est une gauche qui se prépare à combattre le prochain gouvernement, et non pas á le soutenir. Une gauche en toute indépendance politique des partis du régime, une gauche avec un vrai programme anticapitaliste qui puisse combattre le Régime de la Monarchie Espagnole, ses institutions répressives. La CUP, avec sa nouvelle position dans le parlement, est dans une position favorable pour faire un front de gauche de ce type et se démarquer ainsi des accords faits auparavant avec les organisations bourgeoises indépendantistes catalanes. Les groupes comme Anticapitalistas (courant frère du NPA) devront définir s’ils veulent continuer d’être dans le parti qui se prépare pour rentrer dans le Conseil des Ministres des sociaux-libéraux du PSOE ou s’ils décident d’y rompre et commencer à construire une alternative.




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