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Société

Ecologie. Encore un arbre qui cache la forêt

Entre RoundUp et Nutella, l’hypocrite croisade de Ségolène Royal

Marte Benamoul Alors que se prépare pour novembre prochain à Paris la COP21, la conférence des Nations Unies sur le climat dont on sait d’avance qu’elle n’aboutira à rien qui ne soit pas avant tout subordonné aux intérêts industriels des Etats et grandes multinationales sous couvert de « capitalisme vert » la ministre de l’écologie Ségolène Royal vient de jouer coup sur coup la carte de la pseudo-radicalité en annonçant la future interdiction du RoundUp de Monsanto, dans le cadre de sa loi sur la transition énergétique, puis en appelant à boycotter le sacro-saint Nutella de l’italien Ferrero.

mercredi 17 juin 2015

L’attaque sur Canal+, ce 15 juin, de Ségolène Royal contre le Nutella, en raison de l’huile de palme qu’il contient et dont les effets nocifs sur la santé et l’environnement ne sont plus à démontrer, n’a pas attendu longtemps avant de susciter une levée de boucliers non seulement chez Ferrero, mastodonte de l’agroalimentaire et roi des confiseurs italiens, mais dans toute la presse et chez les élus du pays. Derrière le nationalisme gastronomique, c’est évidemment le poids industriel et financier du produit, représentant plus de 80% du marché de la pâte à tartiner dans une France qui, plus largement consomme un quart de sa production mondiale, qui est la cause de cette crisette diplomatique : Royal ferait perdre son meilleur client au géant italien. Quand on se rappelle que le fondateur du groupe, Michele Ferrero, a eu droit à des funérailles nationales en présence de Renzi le 18 février dernier, on se doute qu’il y a peu de chances que ce pseudo coup d’éclat de Royal débouche sur quelque chose, l’entente franco-italienne valant bien quelques débordements d’huile de palme. Par ailleurs, il faudrait rappeler que ce sont les agro-carburants qui consomment la majorité de l’huile de palme de la planète.

Le lendemain, tout en évitant soigneusement de mentionner l’attentisme et le silence complets du ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll sur la nécessité de généraliser l’interdiction du glyphosate dans toute l’agriculture, et sans évoquer non plus le fait que l’interdiction de la vente libre des pesticides au glyphosate est déjà prévue pour 2018, Royal avait fait la une en annonçant sa volonté d’interdire le RoundUp, désherbant phare du géant Monsanto, au 1er janvier 2016, moyennant un amendement à la loi relative à la « transition énergétique pour la croissance verte » (dont le projet, adopté le 26 mai dernier par l’Assemblée nationale, est en ce moment dans les mains du Sénat). Déjà interdit dans d’autres pays, le RoundUp n’est cependant qu’un produit parmi d’autres contenant du glyphosate, principe actif considéré comme cancérigène par le Centre international de recherche sur le cancer ainsi que l’OMS.

La double croisade de Royal n’est pas hypocrite au sens où les deux substances incriminées, huile de palme et glyphosate, sont effectivement destructrices pour la santé et l’environnement, emblèmes d’un agro-alimentaire vorace priorisant les profits sur toute autre considération. Elle l’est en revanche totalement en ce que, « coup de comm’ » pour certains, vœu pieux pour d’autres, elle est surtout un écran de fumée qui détourne du véritable enjeu, l’arbre du détail cachant la forêt du désastre : toute politique écologique rationnelle supposant la rupture avec le mode de production capitaliste, qui est intrinsèquement productiviste, énergivore et indifférent, à moins que cela ne puisse lui rapporter et par-delà les inquiétudes individuelles du côté des patrons et des politiques, à toute préoccupation écologique.

17/06/15




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