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Du Pain et des Roses

Violences faites aux femmes

Le bracelet anti-rapprochement ou comment le gouvernement cherche à étouffer le mouvement féministe

Lundi 14 octobre, on a atteint le nombre de féminicides perpétrés en France sur l'ensemble de l'année 2018 : 121 femmes ont été tuées. Sous pression des mobilisations, le gouvernement tente de temporiser, la solution : un bracelet pour les conjoints violents.

mercredi 16 octobre

Crédits photo : YANN KORBI / Citizenside/AFP

Ce lundi 14 octobre, une femme âgée de 73 ans a été tuée par son mari. Selon le Collectif Féminicides par Compagnon ou Ex il s’agit du 121e féminicide de l’année 2019. A la mi octobre, le nombre de féminicides perpétrés en 2018 a donc d’ores et déjà été dépassé, annonçant certainement une augmentation du nombre de féminicides à la fin de l’année 2019, comparé à l’année précédente.

En 2019, le machisme a donc fait une victime par meurtre tous les deux jours. Face à cette situation, l’Assemblée a accepté la proposition de loi porté par Les Républicains, prévoyant la mise en place des bracelets anti-rapprochement (BAR), et veut renforcer l’usage du téléphone « grave danger ». Ce bracelet permet de maintenir à distance les conjoints et les ex-conjoints violents par un système de géolocalisation. Aussi la victime possédera un téléphone doté d’une touche permettant de contacter les forces de l’ordre en cas de danger. Le périmètre sera défini par le juge, et le système ne pourra être appliqué que dans la situation d’un agresseur violent et le dispositif instauré pour une durée de six mois renouvelables.

Ce système du BAR ne pourra s’appliquer que sous consentement de l’agresseur violent. Cependant, Aurélien Pradié, auteur de la proposition de loi, insiste sur le fait que l’agresseur sera fortement incité à accepter : au pénal, il pourrait ainsi éviter la détention préventive ou, dans le cas où il serait condamné, un aménagement de peine. Au civil, le juge aux affaires familiales pourra aviser le procureur de la République si le port du bracelet est refusé.Mais cette mesure est loin de permettre de régler la problématique des féminicides. D’une part, parce qu’elle est indexée sur une décision juridique. Or la Justice est loin de constituer un rempart aux violences conjugales, sexistes et sexuelles que subissent les femmes, mais fait au contraire partie des institutions centrales qui organisent l’ensemble des violences patriarcales. En se faisant le relais des lois sexistes, en invisibilisant la souffrance de nombreuses femmes dont les plaintes n’aboutissent jamais, ou en participant à la répression des femmes qui se lèvent pour protester contre le gouvernement.

D’autre part parce que cette mesure concerne uniquement l’éloignement de l’agresseur violent de sa conjointe. Or ces violences s’inscrivent dans une longue chaîne d’expression de la violence patriarcale dans la société et dont l’individu n’est que le dernier relais. Ce n’est donc pas un bracelet dont ont besoin les femmes victimes de violences, outil de diversion de la part du gouvernement, mais de s’organiser ensemble contre toutes les violences faites aux femmes, et de se lever contre le système à l’origine de tant de souffrance, dont l’Etat est le principal maillon.
Aurélien Pradié pour appuyer sa proposition, avance l’exemple de l’État Espagnol, où ce système est en vigueur depuis des années avec, selon lui, un grand succès. Or cette affirmation est certainement douteuse. En effet, ce système a été mis en vigueur en 2009, mais n’a pas été renouvelé depuis. C’est pourquoi à l’heure actuelle 70% des alarmes émises sont dues à des problèmes techniques ou au manque de réseau, et donc s’avèrent fausses. Mais surtout, la principale arme qu’ont utilisées les femmes espagnoles pour combattre le patriarcat est la mobilisation massive dans la rue, les lieux d’études et les lieux de travail. La grève du 8 mars, d’une ampleur inédite cette année dans l’Etat espagnol, en est un exemple parlant. 

Par ailleurs les conditions de travail des personnes chargées de recevoir les appels en provenance du bracelet, sont déplorables. Leur travail est plus proche de celui d’un call center que celui d’un centre de prévention de féminicides. Chaque heure, elles doivent s’occuper de huit cas : , elles ont donc moins de dix minutes pour parler avec la victime, , appeler les forces de sécurité et en élaborer un dossier. Au début, l’équipe était composée par des travailleuses sociales et des psychologues ; maintenant, la majorité des travailleuses ne sont pas spécialisées et possèdent uniquement une formation de huit heures. Somme toute, les travailleuses, obligées de respecter le timing, n’ont pas le temps et ni la capacité d’établir une relation d’écoute et de sécurité, et se voient obligées de répondre aux appels avec un questionnaire et des formules préalablement rédigées.

On voit donc que cette mesure ne permettra pas de mettre fin au nombre exorbitant de féminicides en France. Le machisme n’arrêtera pas de tuer si on continue à uniquement vouloir prévenir après-coup, le patriarcat ne s’effondrera pas grâce à des mesures juridiques de protection des victimes de violence de genre. Les femmes, opprimées par le patriarcat, le racisme, la LGBTphobie, et exploitées par le capitalisme ne pourront se libérer qu’en luttant pour l’émancipation de toutes et tous. Cela suppose la lutte contre le patriarcat mais aussi le capitalisme qui nous exploite et utilise le patriarcat pour nous opprimer davantage. La lutte commune avec la classe ouvrière dont les femmes font partie, par le moyen de l’auto-organisation, pour le renversement de cette société est nécessaire. C’est dans ce sens que notre collectif international Du Pain et Des Roses pense la lutte des femmes. Ce samedi 19 octobre une réunion publique aura lieu, afin de commencer à s’organiser pour le 25 novembre, Journée internationale contre les violences faites aux femmes. 




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