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Du Pain et des Roses

Témoignage

« Je n’ai pas un mais deux emplois : le travail et la maison ». Etre mère célibataire dans l’industrie aéronautique

A l’occasion de la venue en France d’Andrea D'Atri, membre du collectif féministe socialiste révolutionnaire Pan y Rosas, nous publions une série de témoignages de femmes travailleuses qui nous racontent leur quotidien dans une société capitaliste et patriarcale et défendent un féminisme lutte de classes.

mercredi 13 février

Photo : SARAH SERMONDADAZ

Par T. You

Je viens d’apprendre que la nouvelle législation avait instauré un nouveau barème sur les aides sociales. Je viens donc de perdre 220 euros d’aides par mois. De 2016 à 2017, j’ai multiplié mes revenus par deux, passant ainsi de 8000 à 15000 euros par an. Ce qui est peu si l’on fait le calcul par mois. Lorsque je suis allée au rendez-vous de la caf, on m’a dit qu’il n’y avait aucune erreur mais que pour maintenir mes aides, j’aurais dû rester 2 mois au chômage pour pouvoir obtenir un abattement de 30% sur mes revenus annuels.

Ma question est donc : pourquoi devrais-je continuer d’aller travailler ?

Je suis maman célibataire avec 1 enfant à charge que j’élève seule. Je suis aussi travailleuse dans l’aéronautique avec des horaires atypiques : soit en 2x9, soit en 3x8. Actuellement je n’ai pas un mais deux emplois, le travail et la maison.

A la maison, je gère les plannings des nounous et des centres de loisirs, les rendez-vous chez le médecin et chez les spécialistes, les problèmes d’enfant malade, de grève à l’école ou de cantine, de budget etc... Bref, une vraie business girl.

Je travaille dans l’aéronautique, un métier d’hommes ou les inégalités sont visibles mais où tout le monde ferme les yeux de peur de perdre ne serait-ce qu’une infime augmentation. En plus de mes tâches, je dois donc également gérer toutes les remarques sexistes auxquelles je suis confrontée.

En ce moment, à l’endroit où je travaille, les machines sont en panne et n’ayant pas de tâche à accomplir, je m’occupe comme je peux. Quand il n’y a vraiment rien à faire, je lis. Cela dérange énormément mon chef qui m’a d’ailleurs dit que si je ne savais pas quoi faire, je n’avais « qu’à passer le balai ».

Un autre jour, l’un de mes chefs a demandé à mon collègue ce qu’il se passait entre lui et moi, sous-entendu si nous couchions ensemble ?! Simplement parce que nous nous entendons bien.

Aujourd’hui, il y a eu des répartitions pour les heures supplémentaires et comme je me suis imposée pour donner mon point de vue, je me suis vue refuser les heures de nuit, qui sont aussi les mieux rémunérées, sous prétexte que c’était au mérite. Pourtant, sur le point de vue du travail, mes chefs n’ont absolument rien à me reprocher.

En calculant mon budget, j’ai 2 possibilités : soit je trouve un appartement moins cher donc plus petit, soit je quitte mon travail. Mes charges ont considérablement augmenté et, mes aides ayant baissé, je pense que la solution serait de choisir les 2 options.

Malgré tout, je souhaite montrer à mon fils que même si je suis seule à subvenir aux besoins de notre famille, je vais gérer la situation et trouver une solution rapidement. Je n’ai pas le choix, je dois rester forte. J’assume mon rôle de maman comme toutes les mères qui se battent pour donner un avenir meilleur à leurs enfants.

Les choses doivent changer. Ce n’est pas normal de devoir payer plus de charges et de voir en même temps nos aides baisser. Nous devons nous battre pour montrer aux hommes que l’on peut faire la même chose qu’eux, si ce n’est plus, puisque nous assumons en plus le travail à la maison.

Nous devons aider ces femmes qui veulent travailler en leur offrant les aides qu’elles méritent pour retrouver une vie stable et un environnement social. Nous sommes des femmes travailleuses et nous revendiquons nos droits, nous nous battons pour notre liberté et notre indépendance.