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Culture et Sport

A 35 ans de son assassinat

John Lennon : il est facile de vivre les yeux fermés

jeudi 10 décembre 2015

« Tu te rends compte de ce que tu as fait ? », s’est exclamé le gardien de l’immeuble Dakota. Chapman répondit avec une froideur accablante « Oui, je viens de tirer sur John Lennon ». La nuit du 8 décembre 1980 devenait ainsi une des plus tristes de l’histoire de la musique.

Paula Aznar

John Winston (Ono) Lennon est né à Liverpool le 9 octobre 1940. Sa mère, Julia Stanley, l’appela Winston en hommage au premier ministre britannique Churchill. Des années plus tard, John chercha à se débarrasser de ce deuxième prénom mais cela ne fut pas possible, ce pour quoi il décida de prendre en plus le nom de famille de sa compagne. Son père, Fred Lennon, fut un déserteur de la seconde guerre mondiale et fut emprisonné. Sa mère ne put pas l’éduquer et le confia à la sœur, la tante Mimi, et à son mari George Smith. Il eut une enfance difficile du fait qu’il souffrait de l’absence de sa mère, mais il eut un grand soutien de Mimi. Ce fut elle qui obtint une recommandation pour qu’il intègre le Liverpool College of Art, et qui lui acheta une guitare d’occasion pour qu’il apprenne à jouer.

Au cours de son adolescence, il fonde le groupe « The Quarrymen » avec ses camarades de classe. En 1957, il rencontre Paul McCartney et ils commencent à jouer ensemble en duo. L’année suivante, il fait la connaissance de George Harrison, de trois ans son cadet, mais il ne les rejoint qu’en 1960. Leur groupe change de nom plusieurs fois avant de s’appeler « Les Beatles », dans un club où ils jouaient et où ils ont rencontré Ringo Starr. En 1961, ils étaient déjà devenus des musiciens professionnels et ils ont été embauchés par « The Cavern », le meilleur club de Liverpool, où ils ont démarré le 21 mars. C’est ainsi que commençait la carrière du groupe le plus influent de la musique britannique et de l’histoire de la musique. En 1964, ils voyagent aux Etats-Unis et conquièrent ce pays d’Amérique du Nord en développant leur marché discographique. Des questions d’égo entre John et Paul, des problèmes de leadership et de projets personnels, entre autres, les conduisent à mettre fin aux Beatles en 1970.

Le 9 novembre 1966, John Lennon rencontre Yoko Ono dans la galerie londonienne Indica où elle exposait son travail. S’il y a bien un couple qui incarnait le concept de l’amour libre, de la liberté et, par conséquent, la polémique, c’est celui qu’il formait tous les deux. Leur relation a provoqué un scandale depuis le début parce que tous deux étaient mariés quand ils se sont rencontrés et sont tombés amoureux. Par ailleurs, Yoko a dû affronter les critiques, considérée comme la responsable de la rupture des Beatles, un fait qui, avec le temps, s’est avéré complètement faux.

Son activisme contre la guerre et pour les droits civils

Lennon et Ono ont utilisé leur lune de miel comme « Bed-in », un évènement en pyjama pour la paix à l’hôtel Hilton d’Amsterdam. Trois mois plus tard, ils renouvelaient l’expérience à Montréal, et en mars 1969 ils enregistraient « Give peace a chance », qui fut chantée par 250 000 manifestants contre la guerre du Vietnam à Washington. Lennon a soutenu publiquement des organisations anti-guerre, les panthères Blanches et noires. Après le massacre du Dimanche sanglant en 1972, au cours duquel 27 manifestants furent assassinés par l’armée britannique pendant une manifestation de l’association pour les droits civils d’Irlande du Nord, Lennon affirma que, entre l’armée britannique et l’Armée Républicaine Irlandaise (IRA), il préférait être du côté de l’IRA. John a apporté sa solidarité aux travailleurs des chantiers navals de Clydeside (UCS) pendant son work-in en 1971, par l’envoi d’un chèque de 5000 livres sterling.

Face au succès de « Give Peace a chance » et d’« Happy Xmas (War is Over) », toutes deux fortement associées au mouvement contre la guerre du Vietnam, le gouvernement de Nixon estima que les activités de Lennon contre la guerre pouvaient empêcher sa réélection et décida alors de tenter de le déporter.

Le même mois, John rendait sa décoration de membre de l’Ordre de l’empire britannique « en signe de protestation contre l’ingérence britannique dans les guerres du Biafra et du Vietnam, et contre le fait que Cold Turkey soit en train de sombrer dans les charts ». La lettre était signée « Avec amour, John… ».

Le 11 décembre, l’album « John Lennon / Plastic Ono Band » sorti dans les bacs avec une large reconnaissance de la critique. L’un des meilleurs titres de l’album, « Héros de la classe ouvrière », a été interdit par la BBC. En mars 1971, le single « Power to the people » est mis en vente. En novembre, il chante « Imagine ». Il dira qu’il s’agissait d’ « une chanson antireligion, antinationaliste, anticonventionnelle, anticapitaliste, quasiment comme le manifeste communiste, mais comme elle avait l’air douce, elle a été acceptée ».

En juin 1972, la chanson « Some Time in New York City » sortit. Sur la couverture du disque figurait une photographie truquée de Mao et de Nixon dansant nus ensemble. L’un des titres du disque, « La femme est le noir du monde », a été interdit aux Etats-Unis, parce qu’il ne fallait pas dire le mot noir.

John Lennon a été un homme impressionnant avec une sensibilité incroyable qui, pendant ses 40 ans de vie, a rendu le monde plus beau. Une vie à laquelle un malade a mis fin, justement décrit par McCartney comme « Le taré de tous les tarés, un type qui n’avait même pas un objectif politique, c’était juste un fait du hasard, un taré ». Porteur d’une grande sensibilité sociale, 35 ans après sa disparition et pour encore de nombreuses années, on continue à le garder en mémoire et à l’aimer, parce que des personnes comme lui, on ne peut pas les oublier, leur art nous en empêche.



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