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Du Pain et des Roses

DROIT A L’AVORTEMENT

Le Texas adopte une loi restreignant l’accès à l’avortement : une offensive contre les droits des femmes

L’État du Texas vient de promulguer une loi limitant le droit à l’avortement à 6 semaines de grossesse, un délai largement insuffisant et une grave attaque au droit des femmes à disposer de leurs corps.

jeudi 2 septembre

Après l’avoir votée le 19 mai dernier, l’État du Texas vient de promulguer une loi restreignant l’accès à l’avortement à seulement 6 semaines de grossesse. Un délai extrêmement bref qui correspond à un retard de règles de seulement deux semaines, sachant qu’il est rare de remarquer une grossesse à moins de 6 semaines aménorrhées, et que d’éventuelles difficultés d’accès aux soins peuvent encore venir retarder la prise en charge une fois la grossesse suspectée. Les plannings familiaux texans estiment que cette loi empêcherait 85 % des avortements actuellement pratiqués au Texas d’être réalisé de façon légale. Au travers de cette loi, l’État du Texas mène une attaque majeure contre le droit à l’avortement.

Le droit à l’avortement a été historiquement garanti par la Cour Suprême des États Unis tant que le fœtus est considéré « non viable », c’est-à-dire jusqu’à 22 semaines de grossesses, au travers de l’arrêt « Roe v. Wade » datant de 1973. Malgré plusieurs tentatives menées dans plusieurs États, les lois restreignant le droit à l’avortement avaient toujours été censurées par les juges selon cette jurisprudence. Toutefois, les trois derniers juges nommés pour rejoindre la Cour Suprême par Donald Trump sont réputés pour être très conservateurs, et l’année dernière, la Cour a accepté d’examiner une loi promulguée au Mississipi similaire à celle adoptée par le Texas, restreignant elle aussi le délai à 6 semaines de grossesse. Si le verdict est attendu courant 2022, ces éléments laissent penser que la Cour serait prête à revenir sur sa jurisprudence protégeant le droit à l’avortement, soulevant la crainte que de nouvelles atteintes au droit à l’avortement se multiplient dans d’autres États dirigés par le Parti Républicain.

Les groupes conservateurs sont d’ailleurs particulièrement mobilisés depuis l’examen de la loi du Mississipi par la Cour Suprême. Les Planning Familiaux estiment que depuis 2020, ce sont près de 500 restrictions au droit à l’avortement qui ont été adoptées dans l’ensemble des États Unis, où les groupes réactionnaires comme Alt-Right, un groupe évangéliste. Si ces groupes ont gagné en puissance dès la campagne de Donald Trump, il demeurent actuellement organisés, implantés politiquement dans les États dits « ruraux » du centre et du Sud du pays, où ils peuvent faire pression sur les élus Républicains en particulier.

Ces attaques menées par les franges réactionnaires de la classe politique américaine montre que le droit à l’avortement reste toujours un droit précaire, et ce à l’international. En témoigne l’exemple de la réaction outrée d’Emmanuel Macron en août dernier, accusant les féministes de « diviser la société » dans un moment de crise, lorsque des voix réclamaient l’allongement du délai pour le recours à l’avortement compte tenu de la saturation des hôpitaux au début de la pandémie de Covid-19. Une déclaration qui montre que le droit à l’avortement à la fois est menacé par la saturation des hôpitaux, dont les gouvernements successifs continuent de couper les budgets au détriment de la santé des femmes en particulier, mais encore par les vues électoralistes des gouvernements qui peuvent être tentés de s’adresser aux secteurs conservateurs.

Ainsi, les entraves à l’avortement menacent particulièrement les droits reproductifs des femmes des classes populaires qui ne peuvent pas se permettre de prévoir un voyage à l’étranger pour avorter ou qui n’ont pas accès aux cliniques privées en cas de saturation du système hospitalier public. C’est pourquoi le droit à l’avortement, qui est loin d’être ancré dans le marbre, continue d’être un combat à mener dans la rue, en l’alliant avec une politique de santé publique garantissant à toutes les femmes et à toutes les personnes LGBTI un accès à l’avortement mais aussi aux méthodes de contraception, de prévention en santé sexuelle et aux soins obstétriques gratuit pour que toutes et tous puissent disposer librement de leur corps.




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