^

Le préfet aurait menti

Mort d’Ibrahima : le fourgon de police s’est « déporté très rapidement », la moto n’était pas volée

Ibrahima, 22 ans, a perdu la vie dimanche dernier en moto à Villiers-le-Bel. Le Nouvel Obs révèle des informations qui mettent en cause la version donnée par la police : la moto n'était pas volée et le fourgon de police se serait « déporté très rapidement », causant la chute et la mort d'Ibrahima.

vendredi 11 octobre

Le soir de la mort d’Ibrahima, le préfet de police a publié un communiqué dans lequel il était formel : la moto-cross sur lequel circulait le jeune homme était « non-homologué » et « signalé volé ». Mais le Nouvel Obs s’est procuré un certificat de cession de la moto en question, qui prouve qu’elle lui appartenait bien. La version de la préfecture de police reprise par tous les médias, qui permettait de juger d’avance Ibrahima coupable en lui faisant porter le chapeau d’un vol de moto, tombe à l’eau.

 Crédit : l’Obs 

Le préfet imputait la responsabilité du drame à Ibrahima, en affirmant que les policiers présents sur place étaient immobiles dans leur véhicule, le seul policier qui lui aurait demander de ralentir se trouvant à pied sur la chaussée. Ce à quoi Ibrahima aurait réagi en montant « sur le trottoir, réaccélérant avant de freiner brutalement et perdre le contrôle de sa machine.Dans sa chute, il a violemment percuté un poteau métallique. »

Or, là encore, un automobiliste présent au moment des faits, entendu par les services de police de la sûreté départementale en charge de l’enquête, met à mal cette version. Sur le procès verbal que le Nouvel Obs s’est aussi procuré, il est formel : le « fourgon de police » s’est « déporté très rapidement » et c’est avec celui-ci qu’Ibrahima est rentré en collision.

Dans le PV, le témoin raconte : « J’ai vu le motard voler de sa moto, je n’ai regardé que ça. Je ne sais même pas où est passée la moto. Le motard a été projeté en direction du poteau [...], il s’est enroulé autour au niveau de son ventre [...]. Il s’est retrouvé raide à côté du poteau et il avait les bras presque tendus au-dessus de sa tête, on aurait dit qu’il avait des spasmes. »

Choqué, l’automobiliste tente d’interpeller un des policiers présents sur place : « J’ai dit aux policiers qu’ils avaient fait un truc de fou, qu’ils n’avaient pas de conscience ». Mais « c’est là qu’un policier m’a attrapé par le col et m’a poussé ».

Jusqu’à aujourd’hui, le procureur de la République de Pontoise n’a pas répondu à la famille, représentée par Me Yassine Bouzrou, qui lui a demandé dans une lettre à ce qu’une information judiciaire soit ouverte, que l’IGPN soit saisie, et surtout pour obtenir le rapport d’autopsie du jeune homme, de même que pour pouvoir avoir accès aux images de vidéosurveillance sur le lieu du drame.

La mort d’Ibrahima B. – qui aurait eu 23 ans le 29 octobre – rappelle les circonstances des décès de Laramy et Mouhsin, 15 et 16 ans, dans une collision avec une voiture de police en 2007. Son nom s’ajoute à une liste bien trop longue de jeunes des quartiers populaires décédés en présence de la police. Après la mort d’Adama Traoré et le combat mené par sa famille, qui a conduit à un acharnement judicaire et policier contre elle, après la mort de Zineb Redouane mais aussi après les nombreux Gilets Jaunes éborgnés, après la mort de Steve, exigeons justice et vérité pour Ibrahima et pour tous les autres, par la mobilisation et la solidarité de l’ensemble de notre camp social. ­




Mots-clés

Police   /    Quartiers populaires   /    Banlieues   /    Racisme   /    Violences policières