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Débats

Présidentielle 2022

NPA : vers une conférence nationale factice avec mise à l’écart de la principale opposition

Le Conseil Politique National (CPN) du NPA se déroulait ces 22 et 23 mai. Chargé de décider les modalités de la prochaine conférence nationale en vue des présidentielles, il a acté, avec l’appui de deux courants de la gauche du parti l’Etincelle et Anticapitalisme&Révolution, une conférence nationale factice et anti-démocratique avec la mise à l’écart de la principale opposition.

mercredi 26 mai

Crédits photo : Photothèque rouge/JMB.

Déclaration post-CPN des élus CCR-Révolution Permanente et ex-plateforme Z

Une conférence nationale factice avec la mise à l’écart de la principale opposition

La réunion du conseil politique national de ces 22 et 23 mai avait pour mandat de définir les modalités et d’enregistrer les plateformes en vue de la conférence nationale (CN) chargée de trancher sur l’orientation et le candidat du NPA pour la prochaine présidentielle.

Elle a eu lieu dans le contexte très particulier d’une offensive scissionniste de la part de l’ex PfU, déclenchée au premier semestre 2020 contre l’ensemble des sensibilités appartenant à la gauche du parti, puis resserrée sur le CCR sous le prétexte de la pré-candidature d’Anasse [1]. Depuis plusieurs semaines nous avons vu ainsi se multiplier les motions demandant notre exclusion, ainsi qu’un texte signé de l’ensemble du CE PfU remettant en cause notre appartenance au NPA et écrivant noir sur blanc que le CCR étant soi-disant une autre organisation que le NPA, « il ne peut donc pas prétendre à discuter et trancher les choix d’un autre parti, fût-il celui auquel certain.e.s de ses membres ont appartenu plus ou moins longtemps et activement ». A cela s’ajoutent l’exclusion des membres du CCR et de la pZ de la coordination des comités du 75 le mardi 18 mai [2], et une contribution, signée par plusieurs membres de la direction de la PfU pour le CPN ayant pour titre « Rassembler l’organisation pour mener la campagne présidentielle, se séparer du CCR ».

Il est évident que dans ce contexte le CPN devait condamner ces méthodes bureaucratiques et acter un certain nombre de garanties contre notre exclusion de fait (appelé euphémistiquement « séparation » [3]) et sur notre participation pleine et entière à la conférence nationale. D’autant plus que dans le cadre du CPN les membres de la PfU, après avoir réaffirmé dès leur introduction au débat d’orientation pour la présidentielle la nécessité de « se séparer » du CCR, ont dit et répété ce que leurs représentants avaient déjà indiqué dans la commission chargée de travailler sur la motion d’organisation de la CN, à savoir qu’ils n’allaient pas « forcer les gens à se réunir ensemble » et que dans les principales fédérations du NPA (75, 31, 93) il n’y aurait pas d’assemblée générale élective commune avec le CCR.

Dans ce contexte, seul un bloc solide de la gauche du parti, comme celui qui avait su se dresser face à la tentative de la direction de la PfU d’empêcher les nouveaux militants de pouvoir voter pour le congrès en juillet dernier, aurait pu imposer des conditions réellement démocratiques pour la CN et rejeter fermement le projet d’exclusion du CCR. Une très large majorité aurait pu être rassemblée autour de cet objectif à ce CPN, comme en témoignent le résultat d’autres votes comme celui sur la motion sur les régionales, qui a obtenu une majorité absolue avec 34 voix pour. Pourtant cela ne fut malheureusement pas le cas.

La motion d’organisation de la CN comprend, parmi les raisons d’éventuelles exceptions aux règles communes pour la tenue des assemblées générales électives, une “situation politique interne” ne permettant pas la tenue d’AG communes [4]. Ce bout de phrase, dont nous avons demandé la suppression, ouvre la possibilité à ce qu’un peu partout il y ait refus de débattre dans un cadre commun avec nous. En plus du 75, du 31 et du 93, nous pouvons d’ores et déjà prévoir que cela serait également le cas dans le Nord ou encore dans une ville comme Montpellier. Cela veut dire que la majorité de nos militants n’auraient pas accès à un débat contradictoire en vue de la CN.

Et au-delà même de cela, une partie de l’ex PfU contestant jusqu’à l’appartenance des militants CCR au NPA, nous n’aurions aucune garantie que les voix issues des AG CCR soient comptabilisées. Une telle CN, visant à diminuer le poids numérique (en préparant la contestation des voix) et politique (en évitant le débat réel) de la principale opposition, en vue de l’exclure, n’aurait rien de démocratique. C’est pourquoi nous avons soumis au CPN une motion spécifique, dont le contenu était essentiellement de réaffirmer le droit des militants du CCR de participer pleinement à la CN, c’est-à-dire de pouvoir débattre en contradictoire avec les autres positions, voter, et avoir leurs voix comptabilisées [5]. Cette motion démocratique, pourtant élémentaire, a été rejeté par le CPN, en raison du refus de la voter de la part des camarades de L’Etincelle et d’Anticapitalisme et Révolution (le reste de la gauche du parti a voté pour). Pour tenter de dissimuler ce refus, ces camarades ont proposé une motion regrettant l’exclusion des membres du CCR de la coordination 75 qui avait eu lieu quelques jours auparavant, mais n’exigeant même pas leur réintégration au sein de cette coordination. Il est évident que cette offensive pour chasser le CCR a une portée nationale et non locale et que le problème se situe davantage devant nous (et concerne en particulier les conditions de participation à la CN) que derrière.

S’il pouvait encore y avoir un doute, la déclaration de la délégation de l’ex PfU à la fin du CPN se charge de le lever. Par-delà des affirmations calomnieuses sur un soi-disant “entrisme” qui n’ont aucun sens lorsqu’on parle d’un courant qui s’est constitué il y a plus de 10 ans dans un parti basé sur un appel à tous les anticapitalistes et révolutionnaires, ou encore sur une soi-disant “violence” qui n’a jamais été démontrée [6], cette déclaration affirme, en parlant de la “séparation” vis-à-vis du CCR que “la conférence nationale devra donc prendre acte de cette nouvelle réalité organisationnelle”. Le processus de notre exclusion est ainsi enclenché, même si la PfU évite soigneusement le terme et si elle prend la forme d’un véto à notre participation pleine et entière à la conférence nationale.

Nous ne pouvons dans ce contexte que regretter l’attitude des camarades de L’Étincelle et d’Anticapitalisme et Révolution, même si nous craignions que la logique politique les amenant à constituer un “bloc du centre”, équidistant dans un premier temps des deux démons représentés par les possibles candidatures d’Anasse et de Poutou (ce dernier étant « trop engagé avec la FI » [7]), les conduise à ne pas s’opposer fermement à notre exclusion. De ce point de vue, ce CPN a été une leçon de choses : en même temps qu’ils refusaient de voter une motion minimale s’opposant à notre exclusion de la CN, ces mêmes camarades ont, dans une intervention d’une camarade de la direction de l’Etincelle, explicitement ouvert la porte à une candidature Poutou, sur laquelle ils n’auraient pas d’a priori. Puis, dans une intervention d’un camarade d’Anticapitalisme et Révolution, celui-ci a expliqué que la pré-candidature d’Anasse constituait « une agression extérieure contre le NPA ». Enfin, pour couronner le tout, ils se sont symboliquement abstenus sur le texte de plateforme de la « PfU avec candidat », dont une majorité des membres a fait de même en retour.

C’est donc parti pour une nouvelle candidature Poutou, qui se situera, quoi qu’on en dise, dans une continuité affichée avec la politique menée actuellement pour les régionales [8]. Au vu de la faible détermination qu’affichaient les membres du CPN, celle-ci n’ira d’ailleurs probablement pas au bout et n’aura été qu’un artifice pour la cooptation d’une partie de l’ex-gauche du parti et pour l’exclusion du CCR, condition pour la liquidation du NPA dans un projet plus à droite, de recherche de l’unité avec les réformistes.

N’étant pas prêts pour notre part à accepter une telle mascarade, nous nous réunirons le weekend prochain pour décider de ce que nous ferons par la suite.

26 mai 2021.

[1] Voir l’article que nous avons publié intitulé « Anasse Kazib et les militants de Révolution Permanente menacés d’exclusion du NPA »

[2] Le mardi 18 mai, alors que se tenait une réunion de la coordination 75, les camarades du CCR ont été empêché de participer à la réunion par les camarades de la PfU, d’abord physiquement puis sur Zoom. Une semaine auparavant, les camarades de la PfU avaient lancé une offensive scissionniste qui avait été défaite puisqu’ils ont été empêchés de voter une motion d’exclusion lors de l’AG 75.

[3] La PfU évite soigneusement le terme d’exclusion car elle sait elle-même qu’il n’y a aucune base statutaire pour faire ce qu’elle fait actuellement. En témoigne la contribution signée par des membres du Contrecourant à la veille du CPN et qui explique qu’il “ne s’agit pas d’une exclusion sur des motifs statutaires, mais d’une impossibilité politique à construire la même organisation".

[4] L’extrait de la motion d’organisation de la CN en question : « Le CPN recommande aux comités de se regrouper pour que les assemblées électives représentent au moins 30 militantEs afin que le débat soit riche et pluraliste. Des exceptions sont évidemment envisageables, notamment dans les départements où il y a très peu de camarades, où les distances sont importantes, ou où la situation politique interne ne le permet pas. »

[5] Le texte exact de la motion soumise au vote était : “Le CPN, réuni les 22 et 23 mai 2021, réaffirme l’appartenance des militants du CCR et de la pZ au NPA et exprime son opposition aux tentatives en cours d’exclusion de ces camarades, sans vote ni bases statutaires, quels que soient par ailleurs les avis sur leurs positions ou politique. Leur exclusion de fait de la coordination 75, après celle des camarades du CCR et de la P1 dans le 31, sont illégitimes et représentent une rupture avec des principes démocratiques élémentaires dans une organisation anticapitaliste. Le CPN reconnaît la participation de l’ensemble des militants et militantes du NPA à la CN, ses débats et ses votes, pour autant qu’il ou elles soient à jour de cotisation et aient rejoint le NPA avant le 1er avril 2021. Il donne mandat à la commission paritaire pour garantir que l’ensemble des voix des militants soient comptabilisées, y compris là où certains secteurs refuseraient de se réunir dans des AG communes, comme c’est le cas dans nos deux principales fédérations (75 et 31). Il s’agit d’une condition pour la tenue d’une CN démocratique et décisoire. Ce sera ensuite au congrès de débattre des désaccords de fond, et c’est lui seulement qui pourra décider de l’appartenance ou non au NPA de tel ou tel courant.”

[6] Contrairement à plusieurs membres de l’ex PfU sur lesquels pèsent des accusations de ce type dans le cadre de la commission de médiation du parti.

[7] La plateforme des camarades dit : « Voilà pourquoi les camarades qui se sont soit trop engagés avec la FI ou en extériorité du NPA pourront difficilement rassembler largement le parti. C’est bien dans ce cas de figure que la candidature d’Olivier Besancenot serait la plus à même de répondre à ce besoin. »

[8] Pour voir notre position sur les élections régionales : voir l’article intitulé « Occitanie. Pourquoi le ralliement d’une partie du NPA à la LFI pose problème ? » et l’article Pourquoi le NPA - Révolution Permanente s’oppose aux alliances avec LFI.




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