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Du Pain et des Roses

Justice patriarcale

PPDA accusé de viol et d’agression sexuelle : l’enquête classée sans suite malgré 23 temoignages

Une enquête avait été ouverte pour viols après la plainte déposée contre l’ex-présentateur de France 2 par Florence Porcel. Mais malgré le témoignage de 23 femmes concernant des faits d’agressions et harcèlement sexuel, le parquet de Nanterre a classé l’affaire sans suite pour « prescription ».

vendredi 25 juin

Crédits photo : LEEMAGE VIA AFP

5 mois d’enquête pour viols et agression sexuelle

Ce 25 juin, Le Parisien a révélé que le parquet de Nanterre a annoncé le classement sans suite des huit plaintes déposées à l’encontre de Patrick Poivre d’Arvor pour « viols, agression sexuelle ou harcèlement sexuel ». Depuis bientôt cinq mois, une enquête pour viols a été ouverte à l’encontre du journaliste télévision, ancien présentateur du JT d’Antenne 2 et de TF1. En effet, Florence Porcel, autrice et vulgarisatrice scientifique avait porté plainte contre lui pour des faits de viols entre 2004 et 2009, qu’elle raconte dans Pandorini, un roman fiction sorti chez JC Lattès. Dans ce livre, elle évoque à travers le personnage fictif de Jean-Yves ce qu’elle a subi pendant toutes ces années : le « phénomène de sidération et de déni » et ses « relations » non consenties avec la star de la télévision française.

En plus de l’écrivaine, comme l’explique France Info, 22 femmes - écrivaines et journalistes ayant travaillé à ses côtés - ont témoigné et huit plaintes ont été déposées, « trois femmes accusent le journaliste de harcèlement sexuel, deux autres de viol ». Interrogé par la Brigade de répression de la délinquance des prévenus, chargée de l’affaire, le parquet ajoute que PPDA a « soit contesté l’existence des faits dénoncés par ces vingt-trois femmes, soit en a reconnu la matérialité tout en niant toute contrainte ».

Le parquet de Nanterre évoque la « prescription » et des nouvelles preuves

Catherine Denis, procureure générale de la République a décidé de clôturer l’enquête derrière l’argument de la prescription de la majorité des faits qui ne permettrait pas de poursuivre l’enquête. Quant aux faits non prescrits, ils ont été également classés sans suite pour une « insuffisance de preuves » et l’« absence de répétition, de pressions, de caractère sexualisé des propos tenus, ou encore de trace des appels téléphoniques ».

En effet, selon le Parisien, une nouvelle preuve a fait pencher la balance en faveur de PPDA : l’agenda de Dominique Ambiel, producteur et ami de l’accusé. Ce dernier affirme avoir été présent le jour du deuxième viol dénoncé par Florence Porcel. Le Parisien explique : « Dominique Ambiel est formel : il n’a assisté à aucune scène de viol dans le bureau de PPDA qu’il décrit comme entièrement vitré et donnant sur le sien. Le producteur apporte même une précision : ne se trouvant pas dans la partie visible de son bureau, il aurait pu apercevoir la scène – si celle-ci avait eu lieu – à travers un miroir situé au fond du jardin japonais longeant la pièce de PPDA. » Par ailleurs, le journal ajoute que des échanges entre Florence Porcel et une autre romancière aurait été fourni par la défense de Patrick Poivre d’Arvor et attesterait du consentement de l’écrivaine. Ce sont donc les preuves de la défense qui ont prévalues dans le jugement pour le parquet, et ce malgré que les victimes n’ont pas pu plaider. Florence Porcel n’était même pas présente pour la reconnaissance des lieux effectuée par la BPRP. Encore une fois, la prescription justifie donc de ne pas reconnaitre le droit à la justice de toutes ses femmes, pour qui les conséquences de ces agissements n’ont pourtant pas de frontières temporelles.

Une affaire classée sans suite comme 76% des viols

Les accusations contre PPDA sont donc comme 76% des plaintes pour viols classées sans suite, il n’y aura pas d’instruction. Encore une démonstration, s’il en fallait, que la justice est une institution centrale du fonctionnement patriarcal de la société. D’autant plus lorsqu’il s’agit de personnalités connues et protégées par leurs relations et leur renommée. Ainsi, en réaction, dans un thread twitter l’ancienne journaliste de TF1 Cécile Delarue, qui avait elle aussi témoigné écrit :« Et si on dit que tu mens, que c’est pour faire parler de toi, que tu n’es qu’une affabulatrice ? Nous sommes 23 à avoir parlé, 8 à avoir porté plainte. Je voudrais qu’aujourd’hui la nouvelle de ce classement sans suite ne vous fasse pas oublier cela. »

Elle conclut son thread ainsi : « J’espère que ce classement sans suite ne fera pas peur aux autres. Aux autres victimes du même homme ou juste du même genre de comportement. Il faut parler. Il faut porter plainte. Il faut que ça cesse. On a tous à y gagner. » En effet, seule la lutte collective contre les violences sexuelles et sexistes permettra d’en finir avec l’omerta sur les violences de genre, et d’obtenir justice pour toutes les victimes.




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