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Anticolonialisme

Révolte des Papous : lutte pour l’indépendance et combat écologique

La vague de révolte qui traverse aujourd’hui la Papouasie réunit à la fois un sursaut contre la répression coloniale, un désir de dignité et d’indépendance, et une volonté de contrôle démocratique des ressources naturelles.

mercredi 28 août

Au cœur du mois d’août, en Papouasie, province annexée par l’Indonésie, de grandes révoltes populaires ont éclaté, à l’ouest de l’île, versant occidental de la Nouvelle-Guinée. En cause, l’arrestation policière et militaire de 43 étudiants papous dans un dortoir à Surabaya, sur l’île de Java, marquée par son caractère raciste. On a en effet pu entendre « des militaires traiter les étudiants de singes, de cochons et de chiens » rapporte Jean-Marc Fou pour France Info.

Les Papous, en lutte pour leur indépendance et durement réprimés depuis la colonisation « à marche forcée » par l’Indonésie depuis 1963, ont massivement manifesté leur colère suite à cet événement. Révélateur de l’attitude colonialiste et raciste de l’Etat Indonésien et de ses forces de l’ordre, les étudiants ont manifesté par centaines dans les rues, brandissaient des pancartes dénonçant : « Nous ne sommes pas des singes, nous sommes des humains ! Stop au racisme ! ». Face à ces révoltes, la répression n’a pas tardé à s’abattre de nouveau brutalement. Rapidement, Jakarta a dépêché sur place près de 1200 militaires et policiers en renfort des autorités locales.

Fait marquant de cette mobilisation populaire, qui résonne avec les grands mouvements de soulèvement qui ont surgi récemment (Gilets jaunes, mouvements en Algérie, à Hong Kong, au Soudan, etc.) et se cristallisent contre la répression et l’autoritarisme des Etats : l’utilisation massive des réseaux sociaux. A tel point, que le gouvernement Indonésien a procédé à la coupure du réseau internet sur cette partie de l’île.

La mouvement autant que la réaction de l’Indonésie constitue une nouvelle illustration du rapport colonial entre le pouvoir central et les Papous. En juillet 2018 déjà, Amnesty International publiait un rapport accablant : « la Papouasie est le trou noir de l’Indonésie en matière de droits de l’homme. C’est une région où les forces de sécurité ont été autorisées depuis des années à tuer des hommes, femmes et enfants, sans perspective de devoir être tenu pour responsables. »

Pour rappel, si ce versant ouest de l’île est tant convoité par l’Etat Indonésien, sourd aux revendications d’indépendance, c’est pour les précieuses ressources qu’il abrite : « La partie ouest, après le départ des Néerlandais, a été annexée par l’Indonésie, en partie parce qu’elle est riche en or, en cuivre, en bois » rappelle encore le journaliste Jean-Marc Fou.

Dans Le Monde Diplomatique, Damien Faure revenait en 2002 sur les crimes de guerre du général Soeharto, alors Président de l’Indonésie en 1977, contre les résistants papous : « l’armée n’hésita pas à bombarder au napalm des villages de la région des hauts plateaux de Baliem soupçonnés d’abriter des mouvements de résistance. » Depuis 2010, le rapport d’Amnesty International relevait aussi 39 morts liés « à des activités politiques pacifiques incluant des rassemblements au cours desquels le drapeau papou de l’indépendance - interdit - a été exhibé. Les 56 autres décès s’expliquent par l’usage excessif de la force par l’armée ou la police, lors d’événements n’ayant aucun lien avec l’indépendance. »

Par ailleurs, alors que les deux « poumons de la Terre » (les forêts d’Afrique et d’Amazonie) sont en proie aux flammes, et que les effets de la crise environnementale se multiplient partout à travers le monde, suscitant des réactions de l’opinion sur ces sujets, soulignons ici la catastrophe écologique dont est également victime la Papouasie. Exploitant ses précieuses ressources minières, des sociétés comme « l’entreprise américaine Freeport », « déversent depuis des décennies des tonnes de déchets chimiques et saccagent la nature, provoquant une catastrophe écologique de très grandes ampleurs et le déplacement d’une partie de la population de la région » note ainsi Le Monde Diplomatique.

La vague de révolte qui traverse aujourd’hui la Papouasie résume tout à la fois un sursaut contre une répression coloniale, un désir de dignité et d’indépendance. Mais aussi du respect et du contrôle démocratique des ressources naturelles : « Si vous me demandez pourquoi je me bats, je vous répondrai que mes montagnes saignent, que mes forêts sont saccagées et que mes rivières sont empoisonnées. » a ainsi expliqué M. Karoba, coordinateur de l’OPM en Europe, mouvement indépendantiste pour une Papouasie libre.

Crédits photo : SEVIANTO PAKIDING. AFP




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