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Réarmement démographique

Tenez vos utérus prêts : Bergé promet un contrôle de fertilité à 25 ans

Après le discours particulièrement réactionnaire d’Emmanuel Macron sur le « réarmement démographique », Aurore Bergé, qui se présente comme féministe, est envoyée faire le service après-vente dans les médias. La première mesure du grand plan pour relancer l’usine à bébés : un test de fertilité à 25 ans pour les femmes et les hommes.

Sasha Yaropolskaya

22 janvier

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Tenez vos utérus prêts : Bergé promet un contrôle de fertilité à 25 ans

crédit photo : _-0-_, Creative commons

Après deux années consécutives de baisse historique de la natalité en France, Emmanuel Macron a appelé les femmes à se retrousser les manches pour répondre aux besoins économiques du patronat. Dans une France vieillissante et après le passage d’une loi Immigration xénophobe qui va augmenter le nombre d’expulsions de travailleurs immigrés, la Macronie a un nouvel impératif : relancer les naissances chez les femmes françaises considérées comme blanches. « Pour que la France reste la France », a martelé le chef de l’État, en empruntant un slogan à Eric Zemmour. Pour atteindre cet objectif, le gouvernement a déjà fait promesse d’un nouveau congé parental « mieux rémunéré » mais plus court que l’ancien, et hier, Aurore Bergé, ministre chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, a ajouté une nouvelle annonce : un bilan de fertilité à 25 ans remboursé à 100% par la Sécurité Sociale pour tout le monde.

Des bébés, des bébés et encore des bébés !

Pour Emmanuel Macron, la baisse de naissances serait due en partie à une question de « mœurs qui ont changé », poussant les femmes à poursuivre des carrières et à concevoir des enfants de plus en plus tard. « On a des femmes qui disent : "En fait, je vais attendre deux, cinq, dix ans"… Jusqu’à un moment où ce sera peut-être trop tard, car elles ne seront plus en capacité d’avoir des enfants », confirme Aurore Bergé, qui, caution féministe oblige, lie ce phénomène à l’impact de la maternité sur la carrière et les inégalités professionnelles que rencontrent les femmes. En effet, il est difficile de planifier une naissance quand on sombre dans la pauvreté et qu’un enfant risque d’être la goutte d’eau qui fait déborder la vase de la précarité. Alors, sûrement, pour ses objectifs ambitieux l’Elysée a prévu l’indexation des salaires sur l’inflation ? La réquisition des logements vides ? Non, un simple rappel à nos fonctions biologiques (voire à nos responsabilités civiques !) tant qu’on est encore jeunes et fertiles.

Quelques facteurs contribuant à l’infertilité auxquels le gouvernement ne touchera jamais

Si chacun doit avoir le droit de disposer de son corps comme il le souhaite et ne doit avoir aucune obligation à porter un enfant, la baisse de fertilité peut être vécue comme un drame par des familles désirant devenir parents. Or, le gouvernement de Macron ne va jamais s’attaquer aux facteurs qui y contribuent le plus : par exemple, l’utilisation de pesticides dans l’agriculture et notamment du glyphosate dont les études ont montré l’effet négatif sur la fertilité masculine et féminine. Après avoir fait de l’interdiction du glyphosate une promesse de campagne, Emmanuel Macron s’y est en effet finalement opposé. Ce serait sans doute aller trop loin contre les intérêts de l’agrobusiness. Un même refus d’agir sur le sujet des microplastiques, ces petites particules qui se diffusent suite à la dégradation des emballages des produits de consommation, et qu’on commence à retrouver aujourd’hui dans les organes et dans le sang humain. La présence de ces particules peut agir comme un perturbateur endocrinien et nuire à la fertilité des hommes et des femmes. C’est un désastre environnemental puisqu’on retrouve ces particules dans les lacs, rivières et océans, avec de nombreuses espèces animales se retrouvant contaminées, mais c’est aussi une véritable catastrophe sanitaire causée par le système capitaliste.

Nourriture industrielle, mode de vie sédentaire, pollution, précarité, manque d’accès aux soins, maladies endocriniennes et gynécologiques : voilà qu’une petite partie des raisons qui contribuent à la baisse de natalité et que le gouvernement ne combattra jamais en raison de ses politiques pro-patronales. Impossible, en effet, de réconcilier son projet nataliste avec la casse généralisée du système de soins qui fait que les urgences et les maternités ferment massivement au point que le nombre des femmes en âge de procréer résidant à plus de 45 minutes d’une maternité a augmenté de 68% entre 2000 et 2017.. De la même façon, les listes d’attente pour obtenir une PMA à l’hôpital restent interminables, ce qui participe au « tri » des demandes et aux difficultés des couples de femmes ou des femmes de plus de 35 ans à y accéder. Là encore, aucune annonce pour les services d’aide à la procréation dans les hôpitaux : les couples hétérosexuels n’ont qu’à avoir des enfants plus tôt, semble vouloir répondre le gouvernement.

Le témoignage de Sauvane, jeune travailleuse en crèche, illustre parfaitement les contradictions de la rhétorique démographique de l’Elysée : on peut tout à fait comprendre les personnes ne voulant pas d’enfants dans un pays où on ne peut même pas les accueillir en crèche ou à l’école dans des conditions dignes.

@painetroses image.pngimage.png UNE TRAVAILLEUSE EN CRÈCHE DENONCE L'HYPOCRISIE DE MACRON « Macron nous parle du réarmement démographique, pour lui les enfants c'est de la chair à canon » Sauvane, travailleuse en crèche, dénonce la situation catastrophique dans la petite enfance alors que Macron veut relancer la natalité au service du patronat. #macron #rearmement #avortement #sante #feminisme #patriarcat ♬ son original - Du Pain et Des Roses

Femmes en jeunes mères, hommes à la guerre : le projet patriarcal de Macron

On a compris, le gouvernement est mal à l’aise face à cette nouvelle génération de femmes pour lesquelles concevoir un enfant est, conjoncture économique oblige, forcément une décision prise à partir d’un certain âge et non plus au tout début de la vingtaine. On a compris aussi qu’il ne propose aucun autre projet alternatif au macronisme de ces sept dernières années : précariser et réprimer des pans toujours plus larges de la population, casser les services publics et détruire l’environnement. Dans ces conditions, une ou deux mesurettes sur la fertilité ne suffiront sûrement pas pour inverser la tendance à la baisse de natalité. C’est pour cela que la Macronie tente aussi une offensive idéologique en employant la rhétorique du réarmement démographique et civique.

Cela va commencer à l’école : Marseillaise en primaire, uniforme, SNU généralisé… En clair, la fin de la partition de Macron est un retour aux très vieilles recettes de la bourgeoisie : préparer les jeunes hommes à la guerre, préparer les jeunes femmes à être mères. Au service de la Nation, bien évidemment. Peut-être comme ça, en bons enfants de la Patrie, ils et elles auront un peu moins cette drôle d’idée de faire grève contre la réforme des retraites ou de se révolter contre les violences policières ? « Voilà une classe qui se tient sage », en projet pour toute une société.


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