Débats

Une semaine d’intenses débats internationalistes

10ème Conférence de la Fraction Trotskyste. Quelques conclusions

Publié le 23 août 2016

Du 10 au 17 août, à Buenos Aires, s’est déroulée la 10ème Conférence de la Fraction Trotskyste. Nous présentons ici quelques-unes de ses principales conclusions.

La 10ème Conférence de la Fraction Trotskyste - Quatrième Internationale (FT-QI) s’est terminée le mercredi 17 août. Plusieurs délégations y ont participé en représentation du Parti des Travailleurs Socialistes d’Argentine, du Mouvement Révolutionnaire des Travailleurs du Brésil, en passant par le Mouvement des Travailleurs Socialistes du Mexique, le Parti des Travailleurs Révolutionnaires au Chili, la Ligue Ouvrière Révolutionnaire de Bolivie, Classe contre Classe de l’Etat Espagnol, des camarades de la FT militant au sein du Courant Communiste Révolutionnaire en France, de l’Organisation Révolutionnaire Internationaliste d’Allemagne, des camarades de la LTS au Venezuela, de la FT en Uruguay et de Left Voice aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne.

Les délégations ont reflété différentes générations de dirigeants, une nouvelle couche de dirigeants, et spécialement de dirigeantes, aux côtés de camarades fondateurs de la FT-QI.

Ce fut une semaine d’intense débat au cours de laquelle les délégués ont pu discuter des points importants de la situation internationale, des nouveaux phénomènes et des tâches des révolutionnaires. Nous présentons ici, synthétiquement, quelques-unes de ces discussions.

1. Sur les changements de la situation internationale et le développement de la FT en Europe

Cette dixième Conférence a consacrée pour partie à l’analyse de la situation économique et politique mondiale, après huit ans de crise capitaliste dont une des principales conséquences a été le développement de nouveaux phénomènes politiques.

Aujourd’hui, plusieurs pays centraux (Etats-Unis et en Europe) sont traversés par des éléments de ce que Gramsci a pu appeler « crises organiques ».

Dans ce contexte, nous avons proposé plusieurs éléments sur les nouvelles caractéristiques qu’adopte le réformisme aujourd’hui, les différences entre le « néo-réformisme » et le réformisme ouvrier ainsi que par rapport aux stratégies de construction de partis révolutionnaires aujourd’hui.

La France, avec son fort mouvement de grève et de la jeunesse à partir de mars, est sans doute le point le plus avancé, du point de ce qui serait une « crise organique » et du point de vue du développement actuel de la lutte de classes dans les pays centraux.

Le nouveau scénario dans les pays centraux, et en Europe en particulier pour la première fois, s’exprime alors même que notre courant peut compter sur des groupes de militants en Europe et donc sur la possibilité d’intervenir directement dans le processus. La Conférence a donc décidé d’augmenter ses efforts pour renforcer l’intervention politique et la construction de la FT en Europe.

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2. Sur les journaux en ligne comme porte-voix sur la scène nationale et internationale

Il y a eu un développement important du réseau international de quotidiens en ligne. Actuellement, nos 11 journaux dans cinq langues (en plus d’une section en turc sur le site de RIO en Allemagne) font que nous représentons le seul courant au niveau international à avoir mis en place un tel projet. Le développement de ce réseau est mis au service de l’objectif de mettre en place une internationale de la révolution sociale, synonyme, pour nous, de refondation de la IVème Internationale sur des bases révolutionnaires.

La Xème Conférence a constaté que les quotidiens ont permis aux organisations de la FT-QI, à différents niveaux, de conquérir un espace sur la scène politique nationale de leur pays respectif, offrant la possibilité d’une agitation politique systématique. En même temps, ils constituent de précieux outils pour amplifier l’influence idéologico-politique des révolutionnaires.

Le cas du PTS, qui est l’organisation de la FT la plus développée, le quotidien en ligne La Izquierda Diario a permis de décupler les possibilités d’agitation de masses gagnées par le biais, notamment, de postes de députés emportés, de l’intervention dans les médias et des campagnes électorales avec le FIT.

Au Brésil, au Mexique, en Chili et en France, où les groupes de la FT comptent plusieurs centaines de militants, la mise en place de quotidiens a signifié un changement encore plus important que ce que cela a impliqué pour le PTS puisqu’elle leur a permis d’amplifier leur visibilité.

En France, Révolution Permanente est devenu l’un des relais des jeunes et des travailleurs qui sont descendus dans la rue contre la loi travail et le quotidien est reconnu en tant que tel par un large spectre d’intellectuels de gauche.

Au Brésil, Esquerda Diário est devenu la voix d’une position indépendante vis-à-vis du PT et du coup d’Etat institutionnel, exprimant symboliquement une sorte de « troisième parti » dans le cadre de profonde crise que traverse le pays. Esquerda Diário s’est différencié des autres partis d’extrême gauche qui, comme dans le cas du PSOL ou du PSTU, ont soit basculé du côté du gouvernement, soit du côté des putschistes.

Au Mexique, La Izquierda Diario a fait un saut lié à la présentation de candidatures indépendantes aux élections à l’Assemblée Constituante du DF comme seule alternative anticapitaliste et liée à la lutte des enseignants.C’est en effet la première fois depuis 25 ans que se présentent des candidats indépendants d’extrême gauche.

Au Chili, le développement de LID est lié aux processus au sein du mouvement étudiant et ouvrier, et actuellement au mouvement qui se développe contre l’AFP [mode de fonctionnement des retraites et pensions conçu par Pinochet], autant de processus qu’essayent de canaliser plusieurs courants néo-réformistes à l’instar de ceux dirigés par Jackson ou Boric, anciens dirigeants du mouvement étudiant de 2011.

A un autre niveau, IzquierdaDiario.es s’est transformé en un nouveau média de l’extrême gauche dans l’Etat Espagnol, parallèlement au développement, avec d’autres organisations, du front No Hay Tiempo Que Perder, pour une alternative anticapitaliste face au néoréformisme de Podemos.

En Allemagne, le quotidien Klasse Gegen Klasse s’est développé en lien avec des secteurs de la jeunesse qui luttent contre la xénophobie et se mobilisent pour les droits des réfugiés, et il est pourvu d’une section en turc, langue maternelle d’une partie importante de la classe ouvrière immigrée ou racisée.

Avec la mise en place de Left Voice, la FT a commencé à se faire entendre auprès du public anglophone, ce qui a signifié un saut dans la projection internationale de notre courant.
A ceci se rajoute le lancement cette année de trois nouveaux quotidiens : LID Bolivia, LID Uruguay et LID Venezuela.

3. Sur les journaux comme « organisateurs collectifs »

Sur la base de ces considérations, la Xème Conférence a choisi de radicaliser l’orientation des journaux comme « organisateurs collectifs » dans son sens léniniste.

« Le journal, disait Lénine, n’est pas seulement un propagandiste et un agitateur collectifs mais aussi un organisateur collectif. De ce point de vue, on peut le comparer aux échafaudages que l’on élève autour d’un bâtiment en construction, qui en marquent les contours, facilitent les communications entre les constructeurs, les aident à répartir la tâche entre eux et à se rendre compte des résultats d’ensemble, obtenus par le travail bien organisé. »

En ce sens, la Conférence a discuté de mettre les journaux en première ligne dans le développement des organisations de la FT, selon le degré de développement de chacune, l’intervention dans la lutte de classes, les différents phénomènes auxquels elles font face, les campagnes politiques, les luttes politiques de chaque organisation, les différentes tactiques d’organisation, etc.

L’objectif central est de développer des courants révolutionnaires dans le mouvement ouvrier, le mouvement étudiant, le mouvement féministe, chez les intellectuels, etc. Et, spécialement, renforcer notre implantation dans le mouvement ouvrier à travers la prolétarisation de nos organisations.

Il s’agit d’établir une étroite relation entre : d’un côté, le développement de « bastions », qui permettent de nous construire et nous renforcer dans certains endroits et, de l’autre, les journaux pour concentrer l’intervention politique quotidiennement, qui soit accessible à tout militant, sympathisant, au niveau national, cherchant à influencer le plus largement possible.

4. Sur l’activité de propagande et la formation de cadres

La Xème Conférence a discuté de l’importance de développer une activité de propagande et de formation de cadres correspondant au niveau de formation politique de chacune des organisations de la FT-QI.

Les différentes organisations de la FT se trouvent dans des étapes de développement très différentes, avec des particularités et des spécificités. Le PTS en Argentine organise actuellement autour de lui 7000 militant.e.s, si l’on compte ses militants, ceux qui militent dans les fronts d’interventions conduits par le PTS et ses sympathisants proches. Tout ceci pose le défi de la transition à un parti d’avant-garde, les succès politiques et la lutte de classes étant des éléments clef pour avancer dans ce sens.

Dans le cas d’organisations de la FT de plusieurs centaines de militants, en plus des fronts d’intervention et des cercles de militants, comme au Brésil, au Chili, au Mexique, et plus récemment en France, il s’agit, à différents degrés, de ligues de propagande et d’action.

A un troisième niveau, Clase contra Clase dans l’Etat Espagnol, Revolutionären Internationalistischen Organisation (RIO) en Allemagne, et la Liga Obrera Revolucionaria (LOR-CI) en Bolivie, sont des groupes de propagande avec des interventions qui sont reconnus et ont une certaine tradition dans l’avant-garde de leur pays.

A un quatrième niveau, on retrouve des groupes plus embryonnaires au Venezuela et Uruguay et, actuellement, le groupe d’ouverture Left Voice aux Etats Unis.

La nouveauté introduite par les quotidiens en ligne est qu’ils ont permis, à différents niveaux, une large projection politique aux organisations de la FT, au-delà du PTS.

Dans ce sens, les premiers niveaux de chaque organisation sont beaucoup moins propagandistes, ce qui donne beaucoup de poids pour avancer dans la construction, dans l’intervention politique (par exemple, le MRT contre le coup d’Etat institutionnel au Brésil) et dans la lutte de classes (par exemple, l’intervention en France contre la réforme du code du travail).

Pourtant, dans l’ensemble, l’étape d’accumulation de cadres, comme condition pour pouvoir se diriger de manière généralisée au mouvement de masses, est toujours d’actualité. Ceci implique de hiérarchiser la propagande, d’autant plus quand le développement des groupes est embryonnaire.

Mais la propagande en soi ne forme pas des cadres. D’où l’importance de définir la formation de cadres dans un sens plus littéral comme une tâche fondamentale, qui implique en plus de la formation théorico-politique plusieurs combats (dans la lutte de classes, dans la confrontation de stratégies et programmes, contre les « sens communs » de la société bourgeoise comme l’individualisme, etc.), autour desquels forger la conviction profonde de pousser à la construction de partis révolutionnaires (nationalement et internationalement). C’est en ce sens que les nouveaux camarades qui commencent à s’organiser avec nous deviennent des marxistes révolutionnaires, des politiciens révolutionnaires du prolétariat.

Le développement des quotidiens, la plus grande projection politique des groupes, permettent que la formation des cadres se fasse moins « à froid », de façon davantage liée à l’intervention politique et à la lutte de classes, au débat sur le programme et la stratégie, autour de campagnes politiques et la lutte de tendances, en lien direct au degré de développement du groupe.

5. Sur le renforcement et l’extension de Left Voice

Actuellement Left Voice est à la fois le site web du groupe en formation aux Etats-Unis et le portail anglophone des quotidiens de la FT. C’est-à-dire qu’il est à la fois un amplificateur du débat politique, stratégique et programmatique aux Etats-UNis, le diffuseur de nos positions devant les phénomènes politiques actuels (comme Black Lives Matter, ou le phénomène Sanders, etc.), et le relais de la politique de la FT dans le monde anglophone.

La Conférence a discuté de l’importance de renforcer Left Voice avec davantage de collaborations internationales, établissant une série de mesures pour cela, de même qu’une projection vers la Grande-Bretagne, à partir des militants de la FT dans ce pays.

6. Sur le développement du Réseau International de quotidiens en turc

Le Réseau International compte aujourd’hui des quotidiens en cinq langues, le turc figurant comme l’une des sections de Klasse gegen Klasse, le quotidien des militants de RIO en Allemagne.

La Conférence a décidé de renforcer cette section, tant en direction de l’Allemagne que de la Turquie. Le premier objectif est de présenter aux lecteurs turcophones les positions fondamentales de la FT-QI en tant que courant international autour des principaux phénomènes politiques et de la lutte de classes. De cette manière, avancer pour construire un relais de notre courant en turc.

7. Sur le développement international du collectif Pan y Rosas

La Conférence a débattu des phénomènes politiques de masse qui s’expriment dans différents pays, notamment en Amérique Latine et l’Etat Espagnol, face à la violence faite aux femmes, comme peuvent en témoigner les manifestations #NiUnaMenos, de même que vis-à-vis de la lutte pour le droit à l’avortement, revendication qu’aucun des gouvernements « post-néolibéraux » n’a satisfaite. Cette question continue donc à être d’actualité, avec pour conséquence des milliers de femmes mortes, emprisonnées ou criminalisées dans différents pays alors que, dans les pays centraux, cette conquête est remise en cause par les gouvernements droitiers.

Nous avons débattu aussi de deux visions hégémoniques qui, avec différentes caractéristiques, traversent le mouvement des femmes, collectifs féministes et la gauche dans le monde. D’un côté, celle qui place les femmes en une position de victime et propose que l’Etat assume et trouve, essentiellement par une augmentation de son pouvoir punitif, une solution à l’oppression patriarcale. De l’autre, une posture, plus présente dans les pays impérialistes et dans les grandes métropoles, qui considère que nous avons déjà acquis tous les droits, mettant au centre l’individu et la nécessité de « déconstruire » les discours disciplinaires du corps et du désir.

Face à ce double « état d’esprit », nous avons également réfléchi aux positions de la gauche qui soit s’adapte au féminisme réformiste, radical ou postféministe existant, soit soutient des positions antimarxistes qui nient la spécificité de l’oppression patriarcale, qui n’est pas réductible à l’exploitation capitaliste. Par ces deux voies on abandonne la lutte pour que la classe ouvrière défende un programme ouvrier, révolutionnaire et socialiste contre l’oppression et, la lutte pour imposer un gouvernement ouvrier, dans son sens anticapitaliste et révolutionnaire, qui établisse une alliance avec tous les secteurs opprimés.

Sur la base de ces débats la Conférence a décidé de :

a) Lancer un Manifeste International de Pan y Rosas, qui synthétise les principaux combats politiques et idéologiques de notre courant de femmes socialistes révolutionnaires, notre stratégie pour l’émancipation des femmes, les éléments centraux de notre programme et de notre pratique militante, orientée principalement vers l’organisation des femmes travailleuses.

b) Faire une campagne internationale pour le droit à l’avortement, fondamentalement en Amérique Latine, à partir du mois de septembre, dans le cadre de la journée pour la dépénalisation de l’avortement en Amérique Latine et dans la Caraïbe.

Trad. CS