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Politique

L'étau se resserre

Affaire libyenne : Sarkozy (enfin) mis en examen

Depuis 2013, les juges ont accumulé document et témoignages pour faire la lumière sur le probable financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. Ce dernier vient d'être mis en examen, après ses 48 heures de garde-à-vue écourtées et passées dans les locaux de l'office anti-corruption de Nanterre. Les preuves d'un financement illicite accumulées depuis des années ont donc été prises en compte par les services judiciaires.

De la tente dans les jardins de l’Élysée à la guerre en Libye : des relations ambiguës

On se souvient de la tente de Kadhafi plantée en décembre 2007, soit six mois après la victoire du candidat de l’UMP à la présidentielle, puis de l’appui de la France à la révolution libyenne en 2011 qui avait abouti à une intervention militaire directe et à la mort du dictateur, faisant suite à de nombreux scandales sur le financement de la campagne. On se souvient également des déclarations du fils de Kadhafi, Saïf Al-Islam : « Il faut que Sarkozy rende l’argent qu’il a accepté de la Libye pour financer sa campagne électorale. C’est nous qui avons financé sa campagne, et nous en avons la preuve  ».

Toutes ces événements pourraient trouver leur origine et leur explication dans le financement occulte de la campagne du candidat de la droite dure en 2007. De nombreux éléments sont à verser au compte de cette thèse que les juges du pôle financier Serge Tournaire et Aude Buresi compilent et analysent depuis 2013, date à laquelle une enquête pour financement illicite de campagne est ouverte, suite notamment à la publication par Mediapart de carnets de notes de Choukri Ghanem, ancien ministre du pétrole de Kadhafi, qui font état de 6,5 millions d’euros versés pour aider Sarkozy dans sa campagne. Dans la foulée, l’enquête se penche sur de nombreuses sources de financement.

Ziad Takieddine : un intermédiaire historique de la droite française

Parmi les potentiels intermédiaires entre le régime libyen et Nicolas Sarkozy, on trouve inévitablement Ziad Takieddine, un homme d’affaire franco-libanais très influent dans les réseau de droite français et qui mouille dans plusieurs affaires dont l’affaire Karachi. En 2004, il fait partie des personnalités qui ont préparé la visite de Sarkozy en libye alors que ce dernier, encore ministre de l’intérieur, était mandaté par Jacques Chirac pour renouer les relations commerciales entre les deux États. C’est lors de ce voyage que Sarkosy aurait fait la demande d’un financement de la part du régime de Kadhafi.

En 2011, Ziad Takieddine est arrêté au Bourget en détention d’une mallette contenant 1,5 millions d’euros en liquide. Immédiatement mis en examen par le juge Van Ruymbeke, il explique que son arrestation est une manœuvre de Claude Guéant, ancien directeur de campagne de Nicolas Sarkozy, et ministre de l’intérieur de ce dernier, pour intercepter des preuves du financement libyen de la campagne de 2007.

Ziad Takieddine explique alors comment il a participé au rapprochement de la France avec la Libye entre 2005 et 2007. Mais ce n’est qu’en novembre 2016 que l’homme d’affaire spécialisé dans la vente d’armes révèle à Mediapart qu’entre la fin 2006 et le début de l’année 2007 il aurait transporté au ministère de l’intérieur, qu’occupait alors Sarkozy, trois valises en provenance de la Libye contenant pour 5 millions d’euros. A la même période, entre le 21 mars et le 31 juillet 2007, Claude Géant loue un très grand coffre-fort à l’agence BNP Opéra où il entrepose des documents selon ses dires. Suite à ces révélations, Ziad Takieddine est mis en examen par la justice française pour complicité de corruption, trafic d’influence et détournement de fonds publics.

Alexandre Djouhri : un homme d’affaires au centre de nombreux montages

L’autre intermédiaire dans l’affaire libyenne n’est autre que Alexandre Djouhri, un homme d’affaires franco-algérien qui est en relation étroite avec Béchir Saleh, chef du cabinet de Kadhafi et président du fonds d’investissement Libyan African Investment Portfolio. Il se retrouve mêlé à deux affaires retentissantes : l’affaire des tableaux de Claude Géant et l’affaire de la villa de Mougins.

L’affaire des tableaux est un montage financier orchestré par le ministre de l’intérieur Claude Guéant. Le ministre a réalisé une vente surévaluée de deux tableaux flamand pour une valeur totale de 500 000 euros. Après enquête, il s’avère que le banquier qui a réalisé ce transfert est Wahib Nacer, un proche de Alexandre Djouhri et de Béchir Saleh. De forts soupçons pèsent sur un possible financement de la campagne de 2007 via la ventes de ces tableaux flamand.

L’autre affaire concerne la vente de la villa de Mougins appartenant à Alexandre Djouhri au Libyan African Investment Portfolio dirigé par Béchir Saleh pour une valeur de 10 millions d’euros alors qu’elle n’était évalué qu’à 4,4 millions sur le marché. Là encore, la justice soupçonne l’homme d’affaires libyen d’avoir participé au financement occulte de la campagne de 2007 par cette manœuvre financière.

Le système Sarkozy : vers la révélation d’un vaste système de corruption étatique ?

A tous ces éléments, on peut rajouter le témoignage de Moussa Koussa, qui a révélé en 2012 un document officiel libyen datant de 2006 qui affirmait que Sarkozy avait touché quelques 50 millions d’euros de la part du régime de Kadhafi. La même année, on retrouvait noyé Choukri Ghanem dans le Danube à Vienne, ce que les autorités policières considèrent comme « hautement suspect ».

Tous ces indices qui s’accumulent contre l’ancien président français ainsi que sur son premier cercle de collaborateurs ont conduit à la mise en garde à vue ce mardi 20 mars 2018 de Nicolas Sarkozy, puis à sa mise en examen le 21 mars. Il ne fait déjà plus de doute qu’un vaste réseaux d’hommes d’affaires, d’intermédiaires et de diplomates, à l’image de Boris Boillon, formait un système Sarkozy dont l’influence avait commencé dès 2002 et s’était prolongée bien au-delà de 2012. L’accélération de l’enquête sur l’affaire libyenne risque de nous révéler le véritable visage de la République des mallettes diplomatiques et nous montrer que Sarkozy est probablement un Fillon puissance 10.

crédit : ©FREDERICK FLORIN / AFP




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