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Notre classe

Caricatures, censure et souffrances

Airbus Nantes. Un travailleur licencié pour avoir dessiné son mal-être

Se faire renvoyer le lendemain de Noël pour quelques coups de crayon, c’est possible. C’est ce qui est arrivé à Greg, salarié d’Airbus à Nantes souffrant de problèmes de santé, qui a dessiné des caricatures de sa direction.

Cela faisait près de 15 ans qu’il travaillait à Airbus Nantes lorsque Greg, 39 ans, a reçu une lettre de licenciement, le 26 décembre 2017. Un cadeau de Noël empoisonné, pour cet ajusteur-monteur qui a pour seul tord d’avoir exprimé sa souffrance en dessins.

En effet, Gregory, syndiqué à la CGT, était « en cours de reconnaissance pour maladie professionnelle » explique le syndiquat, et il « vivait très mal le fait d’être changé de poste régulièrement ». L’une de ses caricatures est un autoportrait, dessiné en plongée – comme s’il était écrasé par un poids invisible – des larmes roulant sur ses joues. La légende « ouvrier sérieux, travailleur, innovant ; abimé physiquement mais toujours pertinent ; cherche poste désespérement » est on ne peut plus explicite quant à son ressenti.

« J’ai bénéficié d’un mi-temps thérapeutique puis d’un poste à temps plein moins fatiguant, sur une ligne de production » explique-t-il aux journalistes de Ouest-France. « Je demandais un autre poste aménagé. Au cours de la dernière entrevue, on m’a dit qu’il n’y avait plus rien pour moi. J’ai alors fait deux dessins. » Et c’est le deuxième dessin qui est particulièrement mis en cause.

On y voit un homme avec un sourire diabolique jetant à la poubelle des ouvriers souffrant de TMS (troubles musculo-squelettiques) dans une poubelle avec la mention « non recyclable ». Une caricature qui représente un responsable des ressources humaines, interlocuteur direct de Greg, qui lui a même confié les deux dessins pour lui exprimer son mal-être. « Deux jours plus tard, on me proposait un poste au service qualité, pour trois mois. Je me suis dit que mes dessins avaient servi, qu’on m’avait compris ». Mais par la suite, il est convoqué à un entretien préalable à son renvoi.

La direction d’Airbus a en effet totalement réécrit l’histoire en pretextant la défense du cadre caricaturé par Greg, tellement blessé par le dessin qu’il se serait mis en arrêt de travail. « Il ne peut être accepté que l’expression des salariés, qu’elle soit verbale ou qu’elle passe par le dessin, puisse avoir pour objet ou pour effet de placer les interlocuteurs dans une situation de mal-être et de trouble » justifie Airbus dans un communiqué. Un motif apparemment suffisant pour renvoyer un ouvrier qui travaille à Airbus depuis 15 ans. Mais la firme ne dit mot, en revanche, sur les cadences toujours plus féroces imposées à ses salariés, et découlant sur un mal-être tel que celui exprimé par Greg depuis des mois.

L’affaire devrait être portée aux prud’hommes, et en attendant, la colère contre la violence de ce licenciement s’organise. Une page Facebook de soutien à Greg a été créée et la CGT appelle à débrayer devant le site Airbus Nantes, ce jeudi 18 janvier en fin de matinée.




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