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Jeunesse

Appel du 20 janvier

Plan Vidal : « Comme en 2006, nous devons gagner ! »

L'appel du 20 janvier, issu du travail commun de 300 enseignants, de personnels administratifs et étudiants des universités est le signe que quelque chose est bien en train de passer : face au Plan Vidal, la riposte se prépare.

De refus de faire remonter les attendus, au bras de fer avec les présidences d’université et le ministère

Depuis plusieurs semaines, des motions refusant de faire remonter les attendus et critères réclamés par le ministère ont été adoptées par les CFVU de nombreuses universités (Paris 1, Paris 3 Sorbonne Nouvelle, Lille, Nanterre, Bordeaux, Toulouse Le Mirail, etc.). Les enseignants-chercheurs et les personnels administratifs ont ainsi fermement manifesté leur refus de participer à la mise en place du plan Vidal qui instaure la sélection.

Mais tout est évidement loin d’être joué. Une fois que les conseils universitaires se sont clairement prononcés contre la remontée des attendus, un bras de fer s’engage avec la présidence et, derrière elle, le ministère. A Paris 1 par exemple, la présidence de l’université est passée en force en imposant l’inscription de la fac sur la nouvelle plateforme "Parcoursup" au motif que, le cas échéant, celle-ci serait en retard par rapport aux autres universités qui ont accepté la réforme et se verrait donc obligée d’accueillir le "tout venant" des étudiants. Un argument sous la forme de menace émanant du ministère, qui cherche à mettre la pression sur les personnels mobilisés et rend totalement caduque le vote des CFVU. Même rhétorique à Lille, à l’université Jean Jaurès à Toulouse ou encore à Paris 8.

« Nous sommes à la fois en1968 du point de vue des conditions d’accueil, en 1986 pour l’instauration de la sélection et en 2006 car nous devons gagner »

Dans ce contexte, la convergence de plus de 300 personnes à la Bourse du Travail ce samedi est un vrai succès. Appelée par l’ASES (Association des sociologues enseignant.es du supérieur), elle a regroupé divers intervenants : universitaires, membres de la fondation Copernic ou de l’association "Sauvons l’université", issue de la LRU, syndicalistes de l’enseignement supérieur. L’objectif est clair : mettre un coup d’arrêt à la réforme. Tous les intervenants ont fait valoir leurs arguments. Sur le terrain légal, par exemple : comme le font remarquer Pierre Ouzoulias, sénateur PCF des Hauts-de-Seine, ainsi qu’Anne-Cécile Douillet, professeur de sciences politiques à l’université de Lille, la loi n’a pas encore été votée au Sénat, et ne peut donc pas être appliquée. Pourtant, le ministère enjoint aux universités de faire remonter les attendus pour apparaitre sur Parcoursup avant ce 22 janvier. Ouzoulias met en garde : « Tous les actes qui seront votés par les universités dans le cadre d’une loi qui n’a pas été adoptés, nous les attaquerons en justice ». Une intervenante de l’université d’Aix-Marseille signale quant à elle que dorénavant, son établissement exige l’obtention d’un « baccalauréat général pour toute licence », alors que les baccalauréats professionnels et technologiques étaient suffisants auparavant : la remise en cause évidente, à travers une sélection « qui ne dit (presque) pas son nom », de l’université publique ouverte à tous et toutes les bacheliers. Julie Le Mazier, docteure en sciences politiques et syndiquée chez Sud Education, rappelle à son tour que la mise en place de la sélection est un projet de longue date des classes dominantes. Après le traumatisme du mouvement Devaquet qui avait fait reculer le gouvernement en 1986, elles ont du s’y prendre autrement et créer les conditions objectives pour faire sauter ce tabou. Des années d’austérité et de coupes budgétaires dans l’enseignement supérieur ont ainsi mené à une telle dégradation des conditions d’étude que la sélection apparait aux yeux du plus grand nombre comme socialement acceptable ; la LRU, ensuite, qui a permis de resserrer les liens entre les exigences du patronat et la formation des étudiants ; puis la légalisation du tirage au sort en 2017, pour aboutir enfin au Plan Vidal en 2018. Elle conclut : « nous sommes à la fois en 1968 du point de vue des conditions d’accueil, en 1986 pour l’instauration de la sélection et en 2006 car nous devons gagner ».

Les perspectives pour la suite : grève et mobilisation !

L’appel du 20 janvier est en ce sens très clair : il est impératif de se mobiliser. Enseignants universitaires certes, mais aussi personnels administratifs, étudiants, lycéens et enseignants du secondaire. Une journée nationale de grève est appelée le 1er février par les organisations syndicales du supérieur : pour construire massivement cette journée, des assemblées générales doivent être organisées dans le plus grand nombre d’universités et de lycées possible. Une coordination nationale de l’éducation se réunira ce samedi 27 janvier à l’université Paris 1 afin de mettre en commun les différentes expériences et de construire le rapport de force pour la suite : c’est ensemble, secondaire et supérieur, qu’il faut agir, et non sur des dates séparées comme semble l’envisager le SNES en annonçant des rassemblements contre la réforme le 7 février. La situation ne peut que se tendre d’ici les prochains mois, au cours desquels les lycéens seront amenés à formuler leur vœux et... à se voir refuser l’entrée dans la formation de leur choix. Il faut se préparer et, pour cela, construire la riposte dès maintenant, dans la convergence entre le secondaire et le supérieur.

Crédits photo : Michel Gangne AFP




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