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Monde

18D

Argentine : Les images de la brutale répression que cachent le gouvernement et les grands médias.

Véhicules de police écrasant manifestants et d'autres policiers, agents de police qui jettent des pierres. Une forte campagne médiatique cherche à justifier la criminalisation de la riposte sociale et à cacher le grand rejet de la population envers la réforme prévisionnelle le gouvernement Argentin.

Traduit de LID

Les images qui accompagnent cet article montrent ce que les médias et le gouvernement d’Argentine veulent masquer. D’un côté, le brutal acharnement de la répression policière et des procédures illégales de leur part. De l’autre, la résistance de la part des milliers de manifestants.

Ces images -triés par La Izquierda Diario sur la base de ce qui a été vu dans les principales chaînes de télévision- sont systématiquement masquées par les grands médias, tout cela dans une campagne de diabolisation des militants de la gauche.

Cette campagne a pour objectif l’invisibilisation du mécontentement massif qui se fait sentir contre la réforme prévisionnelle, un rejet qui se faisait criant dans chaque enquête réalisée jusque-là (supérieur à 80%). Il faut ajouter à cela la mobilisation massive qui a ressemblé plus de 100.000 personnes. Le Gouvernement et la justice ne peuvent pas jeter en prison tant de personnes : pour cette raison, avec l’aide des médias, ils mettent en place une campagne d’acharnement envers quelques militants précis.

Les images du 18 décembre ont mises au jour la volonté de milliers de personnes de résister à la répression, de défendre le droit à manifester, et ce même contre des forces répressives qui ont attaqué brutalement. Cette défense du droit à manifester contre un véritable vol dans la poche de milliers des retraités, c’est cela qu’on a pu voir sur la Place des Deux Congrès.

Comme les images sélectionnées dans la vidéo montrent, les forces répressives ont écrasé les manifestants avec leurs véhicules. Ils ont même parfois écrasé leurs propres agents. On peut également voir des policiers jeter des pierres sur des manifestants, un acte qui viole leurs propres protocoles répressifs. Lors de ces manifestations, la police a de nouveau démontré ouvertement que sa raison d’être est la répression des travailleurs et des revendications populaires, la défense des politiques au service des grandes entreprises.

Persécution et criminalisation croissante

Dans la nuit de ce mercredi, selon le PSTU, la maison de l’un de ses militants à Rosario a été perquisitionnée : les forces de police accusent, de manière complètement improbable, le militant de « terrorisme », emportant avec eux des ordinateurs ainsi que d’autres effets personnels.

Également, mercredi, selon le PO, quatre militants de son parti ont été arrêtés à Mar del Plata pendant qu’ils peignaient. Ils ont été secrètement détenus pendant des heures, les laissant complètement à la merci de la police dans un lieu inconnu.

Ces deux faits montrent la criminalisation croissante de la riposte sociale et l’ampleur des attaques contre la gauche. S’ajoute à cela l’arrestation de César Arakaki et Dimas Ponce, qui sont en prison par ordre du juge Sergio Torres, et le mandat d’arrêt contre Sebastián Romero. Ils rejoignent les cinq personnes détenues depuis la journée de répression du 14 décembre, il y a un mois.

La campagne de persécution contre ces militants a atteint le point d’une violation complète de leur vie privée. Les profils Facebook des détenus ont été diffusés de manière complètement disproportionnée dans les médias les plus importants. Leurs vies privées ont été mises aux yeux du public dans un véritable bafouement de leurs droits les plus élémentaires.

Cette politique a pour but d’intimider les travailleurs dans leur ensemble et particulièrement les plus combatifs d’entre eux, et prépare le terrain pour une offensive de taille avec une réforme du travail qui représente un énorme recul pour les droits des travailleurs, que le gouvernement négocie actuellement avec les péronistes et la bureaucratie syndicale.

Un juge avec double-bâton

Les arrestations d’Arakaki et Ponce mettent en évidence l’arbitraire évident du juge Torres. Il ne souhaite par exemple par prendre en compte pour le procès les images qui accompagnent cet article.

Ce mercredi après-midi, presque malgré lui, Torres a été contraint d’ordonner de nouveau que Dante Barisone, le policier qui conduisait la moto qui a percuté Alejandro Rosado, soit arrêté.

Le juge l’avait relâché quelques jours auparavant, pour cause « d’impossibilité de l’identifier ». Une absurdité complète. Hier, c’était Alejandro Irarzábal, le policier qui était à l’arrière de la moto, qui a confirmé son identité. C’est seulement à ce moment-là que Torres a de nouveau demandé son arrestation.

L’action du juge est, à ce stade, manifestement arbitraire. Tout en ordonnant l’arrestation des militants de gauche, l’action répressive et qui plus est illégale de la police reste à ce jour impunie.

Le lundi 18 décembre seulement, quatre personnes ont été éborgnées par les balles de la police. Ce jour-là, des centaines, voire des milliers de personnes ont été gravement blessées, certains jusqu’à recevoir plusieurs fractures. Les retraités ont été violemment battus et gazés. Cependant, malgré tout ce qui est rapporté par les médias, il n’y a qu’un seul policier en prison.

La campagne brutale qui a été menée contre les militants de gauche n’a pas son homologue dans la police qui a agi lors de la répression. Aucun journaliste des médias officiels ne s’interroge sur les noms des agents qui ont lancé des pierres ou qui ont renversé des manifestants avec leurs véhicules. Aucune chaîne de télévision ne recherche les coordonnées des personnes responsables du gazage et de la baléarisation des retraités, des femmes, des travailleurs ou des jeunes. À ce jour, les responsables de la répression des 14 et 18 décembre ne sont pas connus. C’est ainsi qu’ils veulent créer l’impunité pour les actions répressives.

Impunité : une politique d’État

De même que les noms des policiers responsables de l’éborgnement de quatre manifestants ne sont pas connus, ceux des préfets qui ont participé au meurtre du jeune Rafael Nahuel en novembre dernier ne le sont pas non plus.

Ni eux ni les gendarmes qui ont pris part à la répression après laquelle Santiago Maldonado a disparu ne sont inquiétés par la justice. Au contraire, Emmanuel Echazú, le seul responsable de l’affaire, a été promu par la ministre Patricia Bullrich. Une provocation claire pour montrer la manière dont l’Etat national l’impunité pour la répression.

Le juge Torres, comme beaucoup d’autres membres de la caste judiciaire, prend part a cette mise en scène médiatique destinée à soutenir une politique de répression et d’impunité.

Répression envers ceux qui se battent et manifestent contre les attaques du gouvernement. Impunité pour les actions des différentes forces répressives. Impunité aussi pour les responsables du génocide des années 70 et 80 qui bénéficient de plus en plus des avantages de la détention à domicile.

Le jeudi 11, une mobilisation a été appelée depuis le Congrès National jusqu’à la Plaza de Mayo. La marche, appelée par la réunion Mémoire, Vérité et Justice, demandera la liberté de César Arakaki, Dimas Ponce et d’autres prisonniers politiques ; elle exigera la fin de la persécution et la criminalisation des manifestations sociales et dénoncera l’impunité persistante pour les actions répressives et le génocide.

Il est une obligation pour ceux qui luttent contre la répression du gouvernement national et des gouvernements provinciaux de se mobiliser aujourd’hui. Les discours contre la droite doivent être rendus effectifs. Les rues sont l’endroit à occuper pour donner ce combat.

Crédit photo : Página 12

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